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	<title>Dossier | Tricontinental: Institute for Social Research</title>
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	<description>international, movement-driven institution focused on stimulating intellectual debate that serves people’s aspirations.</description>
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		<title>Les Congolais se battent pour leurs propres richesses</title>
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		<dc:creator><![CDATA[ariana]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Jun 2024 08:00:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossier]]></category>
		<category><![CDATA[justice économique]]></category>
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		<category><![CDATA[République Démocratique du Congo]]></category>
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					<description><![CDATA[Les immenses richesses minières de la RDC contrastent avec la pauvreté extrême causée par l’exploitation et les conflits. Ce dossier met l’accent sur la souveraineté et la dignité, en écho aux visions de liberté portées par les activistes congolais.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="single-post--content--acknowledgments">
<p>Ce dossier a été réalisé en collaboration avec le Centre culturel Andrée Blouin, le Centre de Recherche sur le Congo-Kinshasa (CERECK), Likambo Ya Mabele (mouvement civico-écologique) et l’Institut Tricontinental de recherche sociale.</p>
<p>Nous sommes profondément reconnaissants au Dr Eyamba Bokamba, au Dr Georges Nzongola-Ntalaja, à Marie Claire Faray, à Muadi Mukenge, à Patricia Lokwa Servant, à Lubangi Muniania, à Kambale Musavuli, au professeur John Higginson et à d’autres personnes pour leur contribution indispensable.</p>
<p>Ce dossier est dédié aux millions de Congolais qui ont perdu leurs vies au fil des ans pour répondre aux exigences du capitalisme ; aux combattants de la liberté des soulèvements de Telema, dont la persévérance a influencé les élections présidentielles de 2018 ; et à Cédrick Nianza, Armand Tungulu, Floribert Chebeya, Thérèse Déchade Kapangala Mwanza, Rossy Tshimanga et Luc Nkulula qui ont sacrifié leurs vies pour la vision d’un Congo renouvelé.</p>
</div>
<p class="single-post--content--text-small" style="margin: 3rem 0;">Les œuvres d’art présentées dans ce dossier cherchent à mettre en lumière la lutte séculaire du peuple congolais contre le colonialisme et pour la souveraineté nationale. À l’exception de deux contributions des célèbres artistes congolais Barly Baruti et M Kadima, les œuvres d’art présentées ont été créées pour cette publication grâce à une collaboration entre le département artistique de Tricontinental : Institut de recherche sociale et le collectif d’artistes du Centre culturel Andrée Blouin à Kinshasa. Ces artistes dévoués et talentueux ont passé des semaines en studio à discuter du contenu du dossier et à créer ces œuvres d’art, dont certaines n’ont pas pu être incluses dans ce dossier. S’inspirant de photographies historiques et contemporaines qui ont fait l’objet de recherches collectives, ces images présentent le peuple congolais comme protagoniste, et non comme victime, de l’histoire.</p>
<div class="single-post--content--logos-block">
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-106129 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Andree-Blouin.png" alt="Andree Blouin logo" width="500" height="445" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Andree-Blouin.png 500w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Andree-Blouin-300x267.png 300w" sizes="(max-width: 500px) 100vw, 500px"></p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-106140 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Likambo-Ya-Mabele.png" alt="Likambo Ya Mabele logo" width="500" height="505" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Likambo-Ya-Mabele.png 500w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Likambo-Ya-Mabele-297x300.png 297w" sizes="(max-width: 500px) 100vw, 500px"></p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-106151 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/CERECK.png" alt="CERECK logo" width="500" height="500" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/CERECK.png 500w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/CERECK-300x300.png 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/CERECK-150x150.png 150w" sizes="(max-width: 500px) 100vw, 500px"></p>
<p class="wider-200"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-106162 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Tricontinental.png" alt="Tricontinental: Insitute for Social Research logo" width="600" height="104" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Tricontinental.png 600w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Tricontinental-300x52.png 300w" sizes="auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px"></p>
</div>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106072" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106072" class="size-full wp-image-106072 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/congo-1.jpg" alt="" width="533" height="780" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/congo-1.jpg 533w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/congo-1-205x300.jpg 205w" sizes="auto, (max-width: 533px) 100vw, 533px"><p id="caption-attachment-106072" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Barly Baruti (DRC), <em>Congo!</em>, 2024.</small></p></div>
</div>
<p>Le cobalt, le lithium et le coltan sont les minerais clés pour faire avancer la quatrième révolution industrielle. La République démocratique du Congo (RDC) représente environ 71 % de la production mondiale totale de cobalt et 35 % de celle du coltan.<a href="#_edn1" name="_ednref1"><sup>1</sup></a> Tant que ces minerais existeront au Congo, différentes forces chercheront à déstabiliser le pays. Mais ces minerais ne sont pas la source du problème : le véritable coupable, c’est le capitalisme. Quelle est la différence entre la Norvège, par exemple, qui est un pays riche en ressources naturelles et qui possède des réserves pétrolières lucratives, et la RDC ? La RDC a été placée au bas de la chaîne de production capitaliste, ses ressources sont exploitées et la violence se poursuit en toute impunité.</p>
<p>Si la RDC est l’un des pays les plus riches du monde en termes de ressources, sa population est l’une des plus pauvres. Le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) estime que la RDC possède des réserves de minerais inexploitées d’une valeur de 24 000 milliards de dollars, ainsi que la moitié des ressources en eau et la moitié de la couverture forestière de l’Afrique et 80 millions d’hectares de terres arables ayant la capacité de nourrir l’ensemble du continent.<a href="#_edn2" name="_ednref2"><sup>2</sup></a> En 2022, le cuivre et le cobalt ont été exportés pour un total combiné de 25 milliards de dollars, soit plus d’un tiers du PIB du Congo cette année-là.<a href="#_edn3" name="_ednref3"><sup>3</sup></a> Malgré cette énorme richesse en ressources naturelles, les habitants de la RDC luttent pour survivre. La même année, la Banque mondiale a constaté qu’environ 74,6 % de la population de la RDC vivait avec moins de 2,15 dollars par jour, et qu’un Congolais sur six vivait dans l’extrême pauvreté.<a href="#_edn4" name="_ednref4"><sup>4</sup></a> L’écart entre la richesse nationale du pays et l’extrême pauvreté que vit la majorité est stupéfiant.</p>
<p>La RDC est classée 180e sur 193 pays selon l’Indice de développement humain 2022.<a href="#_edn5" name="_ednref5"><sup>5</sup></a> Cela signifie que la population du Congo est également confrontée à la faim et à un accès insuffisant à des infrastructures de base décentes, des conditions qui sont liées à une longue histoire d’exploitation et à un manque de gouvernance efficace. Les femmes congolaises en particulier vivent des situations encore plus difficiles en raison d’un sexisme endémique, de l’utilisation de la violence basée sur le genre dans les conflits armés et de la pauvre qualité des services sociaux. Par exemple, le taux de mortalité maternelle y est près de trois fois supérieur à la moyenne mondiale.<a href="#_edn6" name="_ednref6"><sup>6</sup></a> Si les femmes participaient pleinement à la vie publique à l’époque précoloniale, elles ont été totalement exclues et opprimées au cours de la période post-coloniale.</p>
<p>Cette situation ne peut être imputée uniquement aux conflits en cours dans le pays, qui ont causé la mort de plus de six millions de personnes depuis 1996.<a href="#_edn7" name="_ednref7"><sup>7</sup></a> Ces conflits, qui impliquent toute une série d’acteurs, sont la conséquence d’une importante inégalité des richesses. Mais sous la violence et la faiblesse institutionnelle de l’appareil d’État se cache une force plus maligne, active dans la région depuis près de deux siècles que nous décrirons dans ce dossier. Cette force a conduit au pillage de la terre et de ses ressources à des fins de profit sans limite. La RDC d’aujourd’hui est hantée par la traite transatlantique des êtres humains (du 15e au 19e siècle), par la colonisation du roi Léopold II (1884-1908) et sa poursuite par l’État belge (1908-1960). Elle est hantée par le sabotage de la souveraineté du pays par l’assassinat de son premier dirigeant démocratiquement élu, Patrice Lumumba (1925-1961), et par la subordination de ses élites aux agendas des grandes sociétés minières multinationales. En d’autres termes, l’écart de richesse s’explique facilement, mais il est tout aussi facile de l’enfouir dans le marasme de siècles de propagande raciste et de décennies de mauvaise gestion des ressources.</p>
<p>Ce dossier démontre que le peuple congolais lutte contre le vol de ses richesses non seulement depuis la formation en 1958 du <i>Mouvement National Congolais</i> (MNC) – qui cherchait à s’affranchir de la Belgique et à contrôler les vastes ressources naturelles du Congo – mais même plus tôt, à travers la résistance de la classe ouvrière entre les années 1930 et 1950. Ce combat n’a pas été facile et n’a pas été couronné de succès. La RDC reste dominée par l’exploitation et l’oppression aux mains d’une puissante oligarchie congolaise et de sociétés multinationales qui opèrent sous l’égide de la première. En outre, le pays souffre, d’une part, des guerres d’agression menées par ses voisins, le Rwanda et l’Ouganda, aidés par des milices supplétives, et, d’autre part, de l’attitude des institutions multilatérales, telles que la Banque mondiale et le FMI, qui imposent des politiques néolibérales comme condition préalable à l’obtention de prêts.<a href="#_edn8" name="_ednref8"><sup>8</sup></a></p>
<p>Plusieurs des éléments les plus importants de l’infrastructure mondiale moderne dépendent des minerais et des métaux extraits en RDC, tels que le coltan, le cobalt, le cuivre, les diamants, l’or, le tungstène et l’uranium. Par exemple, les éléments constitutifs de l’économie mondiale numérisée sont extraits de pays comme la RDC à des coûts très bas. Les milices s’assurent la main-d’œuvre par la force, ce qui se traduit par des salaires faibles ou nuls pour les mineurs et les autres travailleurs dans les zones minières industrielles. En raison de ces conditions de travail, le taux d’exploitation des travailleurs qui produisent l’iPhone – symbole omniprésent du produit final du minerai – est vingt-cinq fois plus élevé que le taux d’exploitation des travailleurs du textile dans l’Angleterre du 19e siècle.<a href="#_edn9" name="_ednref9"><sup>9</sup></a></p>
<p>Le prix des produits numériques est d’autant plus bas que les recettes de l’État congolais sont faibles. Pour prendre l’exemple d’une multinationale qui joue un rôle clé dans l’extraction des ressources de la RDC, Glencore a affiché des bénéfices corrigés du marché de 3,5 milliards de dollars pour 2023 (avant intérêts et impôts).<a href="#_edn10" name="_ednref10"><sup>10</sup></a> C’est la « subvention » des salaires supprimés (en partie facilitée par le travail contraint et forcé) et la baisse des recettes de l’État qui permettent à cette entreprise de réaliser des bénéfices aussi élevés. Sans le sang, la sueur et la misère de la partie congolaise du « milliard d’en bas » et des matières premières qu’elle produit, les entreprises du Nord ne seraient pas en mesure d’engranger des profits aussi élevés.</p>
<hr class="single-post--content--separator-section">
<h2 style="margin:3em 0;">Les misères d’aujourd’hui trouvent leurs racines dans le colonialisme</h2>
<p>En septembre 1876, le roi Léopold II de Belgique a organisé la Conférence géographique de Bruxelles, censée discuter de la misérable traite transatlantique d’êtres humains provenant du continent africain. Le véritable objectif de la conférence était cependant de mettre en place ce qui allait devenir le syndicat financier <i>Comité d’études du Haut-Congo </i>(en 1878, puis <i>l’Association internationale du Congo</i> (AIC) en 1879. L’AIC a engagé le journaliste américain Henry Morton Stanley pour se rendre au Congo et obtenir « une part de ce magnifique gâteau africain » pour Léopold II, comme l’a dit le roi.<a href="#_edn11" name="_ednref11"><sup>11</sup></a> Puis, lors de la conférence de Berlin sur le partage de l’Afrique entre les puissances coloniales (1884-1885), Léopold II a créé <i>l’État indépendant du Congo</i> (EIC). Des siècles de préhistoire du Congo ont disparu lorsque l’EIC a traité les vastes terres arables, 80 fois plus grandes que la Belgique de Léopold, comme des <i>terra nullius</i> (« territoire sans maître ») et a mis en place une économie de plantation brutale.</p>
<p>Leur ancien mode de vie ayant été attaqué, des millions d’Africains du Congo appartenant à un large éventail de groupes ethniques ont enduré un état de violence soutenu, animé par la demande de l’EIC en matière de caoutchouc et d’autres produits de base nécessaires pour alimenter la révolution industrielle. Beaucoup ont eu les mains et les pieds coupés (1 308 mains coupées ont été apportées au commissaire colonial en une seule journée), beaucoup ont été tués par des armes plus avancées (comme la mitrailleuse Maxim) et ont subi des raids systématiques et des incendies de leur village.<a href="#_edn12" name="_ednref12"><sup>12</sup></a> Sous le règne de Léopold, de 1865 à 1909, la <i>Force Publique</i> du roi a créé un tourbillon d’argent, de meurtres et de désordre qui s’est déplacé de la région du Grand Bakongo ou Boko à l’ouest jusqu’au Katanga dans le sud-est. Les quatre grands groupes sociaux qui se trouvaient sur le chemin de ce tourbillon étaient les paysans Kongo et Kuba et les peuples apparentés du Bas-Congo, ainsi que les pasteurs Luba et Lunda et les paysans de subsistance du Congo oriental.<a href="#_edn13" name="_ednref13"><sup>13</sup></a> De 1876 à 1889, les Belges ont tenté de créer au Bas-Congo une colonie basée sur l’extraction de l’arachide et de l’huile de palme. De 1891 à 1895, l’ivoire et le caoutchouc se disputent la première place. De 1896 à 1908, l’extraction du caoutchouc a transformé le Bas-Congo et les parties de la colonie situées au nord et à l’est de Stanley Pool (aujourd’hui Malebo Pool) en un véritable charnier.<a href="#_edn14" name="_ednref14"><sup>14</sup></a> De 1906 aux années 1930, une colonie minière a été imposée aux régions du Kasaï, du Katanga et de l’Ituri. En octobre 1903, à l’apogée du règne violent de Léopold, Bellamy Storer (ambassadeur des États-Unis auprès de l’Empire austro-hongrois et admirateur du roi des Belges) demande au président étasunien Theodore Roosevelt : « Quand l’humanité a-t-elle “répandu l’influence civilisatrice d’une race supérieure” sans se montrer impitoyable ? »<a href="#_edn15" name="_ednref15"><sup>15</sup></a></p>
<p>Bien que le peuple congolais ait finalement été réprimé, il a néanmoins répondu aux incursions coloniales par une résistance collective généralisée. De 1900 à 1905, des groupes locaux ont lancé des attaques contre les stations et les plantations coloniales et se sont emparés de Luebo, la capitale de la région du Kasaï, riche en caoutchouc, aux mains des forces coloniales.<a href="#_edn16" name="_ednref16"><sup>16</sup></a> En 1915, un mouvement spirituel populaire dirigé par Maria N’koi a combiné la médecine traditionnelle et le soulèvement armé pour s’opposer à la taxation coloniale et refuser le travail forcé dans le sud du Congo.<a href="#_edn17" name="_ednref17"><sup>17</sup></a> Pour sa rébellion, N’koi a été capturée et exilée par les autorités belges. Les Africains de l’Est du Congo ont été contraints de s’enfoncer dans les montagnes et les forêts denses ou de traverser les lacs Albert et Edward (aujourd’hui connus localement sous les noms de Mwitanzige et Rutanzige) pour rejoindre l’Ouganda et le Rwanda.<a href="#_edn18" name="_ednref18"><sup>18</sup></a></p>
<p>Les efforts considérables déployés pour créer des sociétés minières et forcer les travailleurs africains à extraire les ressources souterraines convoitées telles que le charbon, le cobalt, les diamants, l’or, le fer, les opales, le manganèse, le platine, l’étain et l’uranium sont devenus un élément central de l’exploitation au Congo. Parmi ces efforts, ceux de <i>l’Union Minière du Haut-Katanga</i> (connue aujourd’hui sous le nom d’Umicore) ont été les plus importants et les plus lucratifs.<a href="#_edn19" name="_ednref19"><sup>19</sup></a> La compagnie minière a façonné la main-d’œuvre à partir d’une vaste réserve de recrues africaines potentielles, mais elle craignait fortement que celles-ci ne deviennent une classe ouvrière revendiquant des salaires décents et un pouvoir de décision sur le lieu de travail. Malgré cette crainte et le recours à des niveaux de violence quasi génocidaires pour empêcher les travailleurs de devenir une force politique, l’entreprise n’a pas réussi à endiguer la croissance d’une classe ouvrière africaine.<a href="#_edn20" name="_ednref20"><sup>20</sup></a></p>
<p>La violence a également été employée par différentes branches de l’État, telles que l’agence de recrutement parapublique <i>Bourse du Travail du Katanga</i> et l’armée coloniale <i>Force Publique</i>, ainsi que par des agences de recrutement privées. Ces institutions coloniales travaillaient avec les chefs locaux pour exercer leur pouvoir, et si les chefs résistaient, ils étaient renversés, même si cela n’était pas toujours facile.<a href="#_edn21" name="_ednref21"><sup>21</sup></a> Ce mécanisme de coercition a été renforcé par une idéologie de supériorité raciale, que les Belges ont utilisée pour justifier l’usage de la force et empêcher les Africains d’accéder aux institutions de l’État ou au pouvoir d’État proprement dit. Au début de la domination belge, presque tous les Européens croyaient sincèrement au mythe de la sauvagerie africaine et imposaient sans pitié leur version de l’ordre politique aux populations indigènes. Le racisme colonial est la genèse d’une illusion, mais qui a puissamment influencé le rythme de l’occupation coloniale.</p>
<h2 style="margin:3em 0;">La lutte du peuple congolais pour la souveraineté et la dignité</h2>
<p>L’occupation allemande de la Belgique (1940-1945) a fait voler en éclats l’idée que l’État colonial belge (communément appelé <i>Bula Matadi</i> ou « briseur de pierres ») était invincible. En 1941, les travailleurs africains des mines d’étain de Kikole (province du Katanga) se sont mis en grève et ont parlé de réquisitionner des Jeeps et de se joindre aux Africains d’autres parties du continent dans leur lutte. « Les Blancs ont été vaincus en Europe par les Noirs du Kenya et d’Amérique. Pourquoi ne pourrions-nous pas les vaincre ici aussi ? », a déclaré un leader de la grève. « Nous avons le droit de manger des œufs et de posséder des automobiles, tout comme les Blancs. Nous allons entrer dans ce magasin et nous répartir le stock. Il nous appartient de toute façon, puisque <i>l’Union Minière</i> a acheté ces biens avec notre travail.<a href="#_edn22" name="_ednref22"><sup>22</sup></a> » La grève s’est étendue à tout le Katanga (Haut-Katanga aujourd’hui), où l’exploitation minière était la plus concentrée, grâce à la proximité et au soutien total des familles paysannes des travailleurs. Cette vague de grèves s’est étendue aux soldats, qui se sont mutinés contre la <i>Force Publique</i> en 1944, puisant leurs racines dans les luttes ouvrières et paysannes, des usines d’Elisabethville et de Jadotville (aujourd’hui Lubumbashi et Likasi) au sud jusqu’aux mines d’étain au nord.<a href="#_edn23" name="_ednref23"><sup>23</sup></a></p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106083" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106083" class="size-full wp-image-106083 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Soulevement-Populaire.jpg" alt="" width="950" height="670" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Soulevement-Populaire.jpg 950w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Soulevement-Populaire-300x212.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Soulevement-Populaire-768x542.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px"><p id="caption-attachment-106083" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small><a href="https://www.facebook.com/jardy.ndombasi/?locale=zh_HK">Jardy Ndombasi</a> (DRC), <i>Soulèvement populaire et souveraineté</i>, 70x100cm, technique mixte, 2024.</small></p></div>
</div>
<p>Le gouvernement colonial a accéléré cette vague de résistance en imposant à la paysannerie des objectifs de productivité accrue pour répondre aux exigences de la guerre, tout simplement irréalisables dans ces circonstances. Les rapports gouvernementaux font état de pousses de riz pourrissant sur des terres inondées et de champs abandonnés dont le sol avait déjà été labouré en vue de la plantation.<a href="#_edn24" name="_ednref24"><sup>24</sup></a> L’insuffisance de la production de cultures commerciales a été encore aggravée par le fait que la main-d’œuvre dans les zones rurales a diminué d’au moins 20 %, la génération des années 1930 et 1940 ayant émigré à la recherche d’un emploi, davantage poussée par la nécessité économique et la survie pure et simple que par le désir de devenir des cultivateurs autosuffisants.<a href="#_edn25" name="_ednref25"><sup>25</sup></a> Tout cela a mis fin à l’agriculture paysanne indépendante, dont la disparition a été célébrée par les grandes entreprises, convaincues de pouvoir enfin assumer le coût de la reproduction de la main-d’œuvre industrielle.</p>
<p>Avec la destruction des communautés paysannes Luba, Lunda et Chokwe, des milliers de personnes ont été chassées des terres communales et dirigées vers les chantiers occidentaux de la compagnie minière. Des aristocrates lunda avides et des paysans luba et chokwe aisés, auxquels le gouvernement avait conféré des titres de chef, se sont emparés des terres abandonnées en revendiquant des liens avec les Lunda, les Chokwe ou d’autres ethnies des ouvriers qui travaillaient pour eux.<a href="#_edn26" name="_ednref26"><sup>26</sup></a> Les futurs politiciens congolais qui ont collaboré avec les impérialistes – comme Moïse Tshombé (chef de l’État sécessionniste du Katanga) et Godefroid Munongo (qui a participé au complot visant à assassiner et à supplanter Lumumba) – sont les descendants de ceux qui ont poussé les paysans à cultiver des produits de rente, tels que le coton et le sésame, qui sont devenus le signe avant-coureur de la dépossession et de la famine.</p>
<p>Même face à cette sombre réalité, les prolétariats agricoles et industriels n’ont pas été découragés par la répression de la vague de grèves et de mutineries. Au lieu de cela, la frustration liée à leurs demandes non satisfaites a alimenté un courant de mécontentement qui a gagné l’ensemble de la population congolaise au cours des dernières années de la Seconde Guerre mondiale. L’État colonial belge a perdu le contrôle des campagnes en 1957, et les soulèvements urbains massifs du 4 janvier 1959 ont souligné la perte d’influence de la Belgique sur la classe ouvrière urbaine.<a href="#_edn27" name="_ednref27"><sup>27</sup></a></p>
<p>En décembre 1958, le Premier ministre ghanéen Kwame Nkrumah a accueilli à Accra la Conférence panafricaine des peuples, réunissant les dirigeants et les principaux militants des mouvements nationalistes anticoloniaux de tout le continent pour discuter des stratégies visant à éjecter les puissances coloniales et à unifier l’Afrique. Parmi eux figuraient Amílcar Cabral, Frantz Fanon, Gamal Nasser, Sékou Touré et, représentant le Congo, Gaston Diomi, Patrice Lumumba et Joseph Ngalula. Les représentants congolais étaient des dirigeants du Mouvement national congolais (MNC), fondé la même année pour lutter pour l’indépendance vis-à-vis de la Belgique et pour un système de développement économique dirigé par l’État et fondé sur un engagement envers tous les peuples du Congo (et pas seulement un groupe ethnique). Pour le Congo, cette conférence a marqué le début de l’internationalisation de la lutte qui se développait dans les villages, les usines et les villes minières. Comme l’a déclaré Lumumba lors de la conférence :</p>
<blockquote><p>Notre mouvement a pour but fondamental la libération du peuple congolais du régime colonialiste et son accession à l’indépendance. […] nous avons la même conscience, la même âme qui baigne jour et nuit dans l’angoisse, les mêmes soucis de faire de ce continent africain un continent libre, heureux, dégagé de l’inquiétude, de la peur et de toute domination colonialiste.<a href="#_edn28" name="_ednref28"><sup>28</sup></a></p></blockquote>
<p>Ces réseaux panafricains sont devenus une source importante de solidarité et de collaboration. Par exemple, c’est grâce à ces liens qu’en 1960, le leader du Parti solidaire africain (PSA) Antoine Gizenga (premier vice-premier ministre sous Lumumba) a pu rencontrer Andrée Blouin, originaire de la République centrafricaine, leader panafricaine qui, aux côtés de Sékou Touré, a travaillé avec le Parti démocratique de Guinée et a joué un rôle clé dans l’organisation des femmes en Guinée. Gizenga et Lumumba ont envoyé Andrée Blouin en campagne pour mobiliser les femmes et, en l’espace d’un mois, elle a fait adhérer 45 000 membres au Mouvement Féminin de Solidarité Africaine des régions de l’ouest et du centre du Congo. Grâce à ces efforts, les femmes congolaises, qui avaient déjà commencé à s’auto-organiser dans des associations sociales et économiques urbaines au cours des années 1930, ont joué un rôle encore plus important dans le mouvement de décolonisation de la région et du MNC.<a href="#_edn29" name="_ednref29"><sup>29</sup></a></p>
<p>Lumumba et le MNC ont exprimé les aspirations des paysans du Pendé qui se sont soulevés en 1931, des mineurs du Katanga qui se sont mis en grève en 1941 et des dockers qui ont fait grève en 1945, ainsi que la frustration de la petite bourgeoisie à l’égard de l’État colonial. Les dirigeants <i>évolués</i> du MNC ont radicalisé leur propre politique en parlant d’émancipation et d’indépendance immédiate, faisant ainsi écho à d’autres mouvements de décolonisation en Afrique, en Asie et en Amérique latine.</p>
<h2 style="margin:3em 0;">La reconquête du Congo</h2>
<p>Le 30 juin 1960, le gouvernement belge est contraint de concéder l’indépendance au Congo. La province du Katanga, riche en minerais, est l’exception qui confirme la règle, dans la mesure où le pouvoir belge s’exprime à travers le sécessionniste Moïse Tshombé et son plus sinistre ministre de l’Intérieur Godefroid Munongo. Au Katanga, le véritable pouvoir économique et civil continue de résider dans <i>l’Union Minière du Haut-Katanga</i> et ses forces de sécurité, ces dernières faisant office de corps d’officiers pour les forces militaires de l’État indépendant du Katanga.<a href="#_edn30" name="_ednref30"><sup>30</sup></a> Lumumba a tenté de mettre fin à cette mascarade lors de son premier discours en tant que premier ministre, qu’il a commencé en énumérant les 80 années d’abus que le peuple congolais avait endurées sous la domination coloniale belge. La fin du discours de Lumumba, prononcé en présence du roi des Belges Baudouin Ier, a donné des frissons à la foule et aux Congolais qui l’écoutaient à la radio. « Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. […] Nous [le peuple congolais] allons établir, ensemble, la justice sociale, et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail », a déclaré Lumumba. « Nous ne sommes plus vos singes. »<a href="#_edn31" name="_ednref31"><sup>31</sup></a></p>
<p>Les gouvernements de Gaston Eyskens (Belgique) et de Dwight D. Eisenhower (États-Unis) se sont rejoints dans leur détermination à éliminer Lumumba avant qu’il ne puisse consolider un processus viable de recherche de la dignité et de la souveraineté pour le Congo.<a href="#_edn32" name="_ednref32"><sup>32</sup></a> Les deux pays dépendaient notamment des matières premières du Congo, comme l’uranium des mines de Shinkolobwe, que les États-Unis ont utilisé dans les bombes atomiques qu’ils ont lancées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 et qu’ils considéraient comme un atout stratégique.<a href="#_edn33" name="_ednref33"><sup>33</sup></a></p>
<p>Le 17 janvier 1961, moins de six mois après avoir été nommé premier ministre de la RDC, Lumumba est assassiné au Katanga et le processus politique qu’il dirigeait est démobilisé. Les puissances occidentales, en particulier les États-Unis, ont considéré que les quelque cent mille vies congolaises perdues dans les conflits qui ont suivi de 1961 à 1967 et la dictature sanguinaire du gouvernement fantoche de Mobutu Sese Seko de 1965 à 1997 n’étaient qu’un petit prix à payer dans le cadre de la guerre froide, où les matières premières stratégiques du Congo donnaient aux puissances de l’OTAN un avantage décisif sur l’Union soviétique.<a href="#_edn34" name="_ednref34"><sup>34</sup></a></p>
<p>Néanmoins, les personnes qui ont payé ce « prix » ont opposé une résistance généralisée, qui s’est traduite par de nouvelles effusions de sang. Par exemple, lors des soulèvements contre la dictature de Mobutu dans les années 1960, menés par Pierre Mulele, les rebelles se sont emparés de villes industrielles comme Kolwezi et ont ensuite invité les travailleurs à former des tribunaux et à identifier les responsables et les contremaîtres qui les avaient brutalisés. Parfois, des exécutions sommaires suivaient les décisions des tribunaux.<a href="#_edn35" name="_ednref35"><sup>35</sup></a> Lorsque les forces de Mobutu ont repris les villes industrielles, souvent avec l’aide de mercenaires blancs venus d’Europe et des États-Unis, les habitants et les travailleurs industriels qui s’étaient rangés du côté des rebelles ont été massacrés en masse, ainsi que leurs familles.<a href="#_edn36" name="_ednref36"><sup>36</sup></a> Seuls ceux qui avaient fui avant l’arrivée des hordes de Mobutu ont échappé au massacre.</p>
<p>Pendant la dernière décennie du règne de Mobutu, période au cours de laquelle la classe ouvrière industrielle mondiale s’est développée, l’intervention militaire et l’expansion politique des pays voisins, le Rwanda et l’Ouganda, ont plongé la région des Grands Lacs dans la guerre, favorisant le pillage des ressources par les sociétés transnationales. Le niveau de délabrement de l’État sous Mobutu et les migrations provoquées par le génocide rwandais de 1994 ont exacerbé le pillage effréné des richesses du Congo, ce qui a alimenté de violents conflits.<a href="#_edn37" name="_ednref37"><sup>37</sup></a></p>
<p>La tentative des Congolais d’établir la souveraineté de leur nouvel État et de lutter pour leur dignité en transformant la société coloniale qui a façonné leur vie a été contrecarrée par la reconquête de l’Occident. Cette structure néocoloniale est restée en place pendant la dictature de Mobutu Sese Seko (1965-1997), puis sous les gouvernements post-dictatoriaux – malgré leurs orientations politiques différentes – de Laurent-Désiré Kabila (1997-2001), Joseph Kabila (2001-2019) et Félix Tshisekedi (de 2019 à aujourd’hui). Malgré les noms des partis politiques des trois derniers présidents congolais – l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo/Zaïre, le Parti populaire pour la reconstruction et la démocratie et l’Union pour la démocratie et le progrès social – la RDC n’a pas connu de véritable démocratie, de reconstruction ou de progrès social.</p>
<h2 style="margin:3em 0;">Un véritable enfer</h2>
<p>En 2018, la RDC produisait 71 % du cobalt utilisé dans les téléphones portables, les ordinateurs et les voitures électriques du monde entier.<a href="#_edn38" name="_ednref38"><sup>38</sup></a> Il y a environ 6,5 g de cobalt dans chaque téléphone portable, 1,5 kilogramme dans chaque ordinateur et 13 kilogrammes dans chaque batterie de voiture électrique. Comme de plus en plus d’appareils mécaniques sont alimentés par des batteries électriques, des mixeurs de cuisine aux souffleuses à neige, le monde va devenir de plus en plus dépendant du cobalt et de la main-d’œuvre congolaise. Étant donné que les batteries électriques qui contiennent plus de cobalt que de lithium ont moins tendance à exploser ou à s’enflammer, et que les véhicules électriques à batterie sont commercialisés comme une alternative « verte », les multinationales du secteur considèrent de plus en plus le cobalt comme une ressource stratégique permettant d’accroître les bénéfices futurs.</p>
<p>Cependant, ce minerai – et l’alternative « verte » qu’il est souvent censé représenter – est teinté de la sueur et du sang de près d’un demi-million d’hommes, de femmes et d’enfants congolais qui l’extraient. Qu’ils soient employés directement par des entreprises ou des mineurs « artisanaux », ils travaillent dans des mines à ciel ouvert et des puits dangereux d’une profondeur d’au moins 20 mètres, très exposés aux éboulements, aux glissements de terrain et à la perte soudaine d’oxygène causée par le feu que les travailleurs utilisent pour chauffer le minerai. La plupart des employés directs sont pourvus de quelques équipements et machines de sécurité, bien qu’insuffisants, tandis que la plupart des mineurs artisanaux ne disposent que de la force de leurs mains pour extraire ce métal précieux.<a href="#_edn39" name="_ednref39"><sup>39</sup></a></p>
<p>Bien que le travail des mineurs artisanaux fasse partie intégrante de la production des multinationales, ces dernières les dédommagent à peine pour leur contribution. Pour prendre un exemple parmi tant d’autres, au cours de la dernière décennie, Glencore les a encouragés à travailler sur ses concessions louées afin d’augmenter sa production de cobalt. Au cours de cette période, le prix payé aux mineurs s’est effondré, passant de 40 dollars à 13,50 dollars la livre.<a href="#_edn40" name="_ednref40"><sup>40</sup></a> Le salaire réel de tous les mineurs de cobalt, qu’ils travaillent de manière indépendante ou qu’ils soient salariés d’une entreprise, n’est pas beaucoup plus élevé que le salaire du milliard des travailleurs les plus mal payés, qui est de 1 ou 2 dollars par jour.</p>
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<div id="attachment_106094" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106094" class="size-full wp-image-106094 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Aurore-Africain.jpg" alt="" width="851" height="780" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Aurore-Africain.jpg 851w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Aurore-Africain-300x275.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Aurore-Africain-768x704.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 851px) 100vw, 851px"><p id="caption-attachment-106094" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small><a href="https://www.instagram.com/Richard.nzaaba">Monsembula Nzaaba Richard</a> or ‘Monzari’ (DRC), <em>Aurore Africaine</em>, 2024.</small></p></div>
</div>
<p>Selon les estimations de l’UNICEF pour 2014, 40 000 de ces mineurs artisanaux sont des enfants âgés de huit ans à peine, bien que les chiffres du gouvernement congolais et des sociétés minières suggèrent que ce nombre ne reflète pas du tout la réalité.<a href="#_edn41" name="_ednref41"><sup>41</sup></a> Ces enfants n’ont guère d’autre choix que de travailler, car leurs parents n’ont pas d’emploi formel et n’ont souvent pas les moyens d’acheter de la nourriture ou de payer les frais de scolarité.<a href="#_edn42" name="_ednref42"><sup>42</sup></a> Avec les femmes mineuses, ils constituent le segment le plus vulnérable de la main-d’œuvre et courent un plus grand risque d’être mutilés ou tués. En outre, de nombreux enfants qui travaillent dans les mines boivent et fument beaucoup et ne sont payés que pour de la nourriture et un endroit où dormir. Yanick Kalumbu Tshiwengu, qui a commencé à travailler dans les mines à l’âge de 11 ans, raconte : « C’était un véritable enfer. Nous avons vu des choses qu’aucun enfant ne devrait voir. Il y avait une culture du viol et de la violence. Les filles étaient souvent victimes de viols, et nous autres, enfants, ne pouvions rien faire pour l’empêcher. Des vies ont parfois été perdues pour quelques francs. »<a href="#_edn43" name="_ednref43"><sup>43</sup></a></p>
<p>Une fois que les mineurs artisanaux ont ramené le cobalt à la surface, le minerai extrait doit être lavé, concassé, trié et mis en sacs de 25 ou 50 kilogrammes, un processus connu sous le nom de <i>droumage</i>, qui est généralement effectué par les femmes et les enfants. Le plus souvent, ils travaillent debout dans l’eau sale du lac Malo, près de Kolwezi, qui leur arrive à la taille. Les femmes enceintes qui pratiquent le <i>droumage</i> absorbent souvent des toxines qui provoquent chez leurs enfants des handicaps ou des malformations à la naissance.<a href="#_edn44" name="_ednref44"><sup>44</sup></a> En outre, une exposition continue à la poussière de cobalt peut entraîner une maladie pulmonaire due aux métaux durs, potentiellement mortelle, et l’inhalation de particules de cobalt pendant plusieurs heures par jour peut provoquer un essoufflement, une diminution de la fonction pulmonaire, de l’asthme et une dermatite chronique.</p>
<h2 style="margin:3em 0;">Entre le pillage des multinationales et les investissements chinois</h2>
<p>Moins d’une décennie après la nationalisation par le gouvernement congolais de tous les droits miniers et minéraux (en 1966), puis par l’Union Minière (en 1967), les pays du Sud ont subi la pression de la finance internationale pour privatiser leurs secteurs miniers nationalisés, à mesure que le néolibéralisme se répandait dans le monde entier au cours des années 1970. En RDC, si les pressions du FMI et de la Banque mondiale ont conduit à un début de privatisation dans les années 1980, ce n’est que plus tard, avec le code minier de 2002, que cette tendance a commencé à dévaster l’économie, en grande partie à cause des troubles politiques et de la période de guerre qui ont marqué le pays de 1996 à 2003. La faiblesse de l’État due à cette guerre, l’insensibilité des nouveaux dirigeants politiques à Kinshasa et les conseils de la Banque mondiale ont poussé la RDC à proposer des accords avantageux pour les multinationales minières au détriment de la population.</p>
<p>En 2002, un nouveau code minier en RDC a permis aux entreprises étrangères – toutes originaires des États-Unis et d’Europe – de bénéficier d’une fiscalité favorable, d’incitations à l’exploration, d’une porte ouverte aux profits des expatriés et du droit de contourner les réglementations en matière de travail et d’environnement. Le code interdisait toute modification pendant 10 ans et contenait une clause selon laquelle toute modification du régime fiscal ne pourrait pas entrer en vigueur avant 2022. La commission Lutundula de 2005 a ensuite révélé que le président de l’époque, Joseph Kabila, et d’autres fonctionnaires s’étaient secrètement entendus avec des entreprises pour obtenir de petits gains personnels, dérisoires face aux avantages massifs accordés aux entreprises étrangères.<a href="#_edn45" name="_ednref45"><sup>45</sup></a></p>
<p>Lors d’une réunion de la Banque africaine de développement en décembre 2008, président du Botswana de l’époque, Festus Mogae, a déclaré que les exonérations d’impôts et de redevances accordées aux multinationales minières empêchaient les États africains de conserver une part équitable des bénéfices tirés de l’extraction des ressources, raison pour laquelle, a-t-il poursuivi, « il est nécessaire de renégocier certaines d’entre elles ».<a href="#_edn46" name="_ednref46"><sup>46</sup></a> En 2011, la RDC a tenté de réviser le code minier, mais cette tentative n’a apporté que des avantages supplémentaires aux entreprises étrangères.</p>
<p>L’entrée de l’État chinois et des entreprises privées chinoises en Afrique au cours des deux dernières décennies a créé une concurrence avec les pays du Nord et leurs sociétés minières. C’était la première fois que ces multinationales étaient confrontées à une concurrence directe, ce qui a permis au gouvernement congolais de modifier le code minier en 2018 dans des conditions plus avantageuses. Ce nouveau code a supprimé la « clause de stabilité » qui garantissait aux sociétés minières une protection de 10 ans, a augmenté les taux de redevance de l’État congolais pour les métaux non ferreux et les métaux de base (tels que le cobalt et le cuivre) de 2 % à 3,5 %, et a permis d’augmenter les taux de redevance à 10 % pour les « substances stratégiques » telles que le coltan et le lithium.<a href="#_edn47" name="_ednref47"><sup>47</sup></a> En outre, l’État chinois est entré sur le marché africain avec un programme de développement très différent des campagnes de pression menées par les gouvernements du Nord, comme nous le verrons.</p>
<p>Les entreprises chinoises, aidées par les lignes de crédit des banques chinoises, ont commencé à acheter d’importantes exploitations de cobalt, prenant finalement le contrôle de 15 des 17 complexes miniers de la RDC. Dans le débat sur l’extractivisme, le Nord, soucieux de faire avancer son propre agenda, a fait une fixation sur le rôle de la Chine dans la région en tant que premier consommateur mondial de cobalt, qu’elle utilise à près de 80 % dans son industrie des batteries rechargeables.<a href="#_edn48" name="_ednref48"><sup>48</sup></a> Ce que l’on oublie souvent de dire, c’est qu’en tant que plus grand pays manufacturier du monde, la Chine utilise les minerais et les métaux congolais pour produire des biens qui sont consommés dans le monde entier, y compris en RDC et dans les pays du Nord.</p>
<p>L’intérêt de la Chine est donc de maintenir la transformation des minerais et des métaux en RDC et de construire une base industrielle pour le pays. Il s’agit d’une politique qui s’écarte de l’agenda du FMI pour la RDC. Furieux de l’approfondissement des liens entre la RDC et la Chine, le gouvernement étasunien a usé de son influence sur le FMI pour saboter la tentative de la RDC de renégocier un accord avec la Sicomines, une coentreprise dont les principaux actionnaires sont China Railway Group et Power Construction Corporation of China, ou PowerChina, ainsi que Zhejiang Huayou Cobalt (avec une participation de 1 %) et la société minière nationale de la RDC, la Gécamines (avec une participation de 32 %).<a href="#_edn49" name="_ednref49"><sup>49</sup></a></p>
<p>Peu après son entrée en fonction en janvier 2019, le président de la RDC, Félix Tshisekedi, a indiqué la nécessité de renégocier un accord entre la RDC et la Chine datant de 2008, qui prévoyait l’affectation de 6 milliards de dollars provenant de la Sicomines au financement de projets d’infrastructure locaux. Pourquoi Félix Tshisekedi tenterait-il de mettre en péril un financement d’infrastructure de 6 milliards de dollars ? Parce que les bailleurs de fonds occidentaux et le gouvernement étasunien s’en servaient pour renforcer leur sabotage de l’économie de la RDC et punir le pays pour sa proximité croissante avec la Chine. Juste après la signature de l’accord de 2008, les bailleurs de fonds occidentaux, qui détenaient la part du lion de la dette extérieure de la RDC, ont retenu 11 milliards de dollars au titre de l’allègement de la dette de la RDC.<a href="#_edn50" name="_ednref50"><sup>50</sup></a> L’ambassadeur de Chine en RDC de l’époque, Wu Zexian, a critiqué cet appel à la renégociation en le qualifiant de « chantage ».<a href="#_edn51" name="_ednref51"><sup>51</sup></a> Lorsque la RDC a refusé d’accepter la demande des bailleurs de fonds, le FMI – soutenant ceux-ci – a déclaré que l’accord avec la Sicomines devait être renégocié avant de pouvoir discuter d’un nouvel allègement de la dette. La secrétaire d’État américaine de l’époque, Hillary Clinton, s’est rendue à Kinshasa pour discuter de la situation avec le gouvernement du président Joseph Kabila et, peu après, l’accord a été modifié pour n’accepter que la moitié du financement de la Sicomines.<a href="#_edn52" name="_ednref52"><sup>52</sup></a> La banque chinoise Exim, principal bailleur de fonds de l’opération, s’est retirée en raison de désaccords avec les conditions imposées par le FMI, ce qui a privé la Sicomines d’un accord de financement stable à un moment où aucune opération minière n’avait commencé et où, par conséquent, aucun revenu n’était généré. C’est en partie pour cette raison que les projets ont été bloqués. Depuis l’amendement, moins d’un tiers de l’allocation révisée de 3 milliards de dollars pour les infrastructures, influencée par l’accord du FMI de 2009, a été versé.</p>
<p>Sachant que l’accord restait sur la table, le président Tshisekedi a rouvert le dialogue avec la Chine en 2019. Le 20 janvier 2024, la RDC a finalisé la renégociation de son contrat de minerais contre infrastructures avec la Chine, qui a fourni un financement de 7 milliards de dollars. L’accord est issu d’une coentreprise d’exploitation de cuivre et de cobalt entre la Gécamines (société minière publique de la RDC) et la Sicomines. Selon <i>Bloomberg</i>, dans le cadre de l’accord, la Gécamines recevra une redevance de 1,2 % sur les recettes de la Sicomines et le droit de commercialiser 32 % de sa production.<a href="#_edn53" name="_ednref53"><sup>53</sup></a> En outre, l’accord renégocié en 2024 a mis à jour le financement afin de mettre l’accent principalement sur la construction de routes nationales. Cela est essentiel non seulement pour le fonctionnement du secteur minier, mais aussi pour le bien-être de la population congolaise, car la RDC a moins de routes pavées praticables que tout autre pays de sa taille en Afrique (à titre de comparaison, l’Arabie saoudite, dont la superficie est à peu près la même mais qui est habitée par moins de la moitié de la population de la RDC, a vingt fois plus de routes pavées). L’accord garantit également à la RDC une participation de 40 % dans la centrale hydroélectrique de Busanga, un projet conjoint entre les deux pays qui a été construit par des entreprises chinoises.<a href="#_edn54" name="_ednref54"><sup>54</sup></a></p>
<p>Menacé par les renégociations, le gouvernement étasunien est intervenu pour les compromettre. Selon <i>Africa Intelligence</i>, les États-Unis ont lancé un programme qui viserait à soutenir les efforts de lutte contre la corruption et à réformer le droit minier en RDC en déployant une équipe d’experts au bureau du président de la RDC et dans les ministères concernés au début de l’année 2020.<a href="#_edn55" name="_ednref55"><sup>55</sup></a> En outre, dans le cadre d’un effort plus large visant à garantir l’accès à l’allègement de la dette auprès des donateurs occidentaux en « améliorant » la gouvernance, l’administration Tshisekedi a passé un contrat avec le cabinet d’avocats américain Baker McKenzie fin 2019 et a prévu d’engager des experts juridiques américains pour réaliser des audits anticorruption, qui seraient soutenus financièrement par les départements d’État et du Trésor américains (cela n’a pas été déclaré de manière transparente, la seule déclaration publique étant que ces audits seraient financés par des « tierces parties »).<a href="#_edn56" name="_ednref56"><sup>56</sup></a> Les consultants se sont concentrés sur la Sicomines et ont ignoré les problèmes plus généraux de l’industrie minière.</p>
<p>Lorsque la renégociation de la RDC a été annoncée pour 2024, les États-Unis, mécontents du résultat, ont accéléré les discussions autour du projet du corridor de Lobito, une initiative d’infrastructure menée par les États-Unis et l’Union européenne qui s’étend sur la RDC, l’Angola et la Zambie et qui vise à faciliter le transport des minerais de la région vers les marchés commerciaux mondiaux via le port angolais de Lobito.<a href="#_edn57" name="_ednref57"><sup>57</sup></a> Ce projet, lui aussi, n’est pas conçu pour bénéficier à la population de la RDC, mais pour contester le rôle du capital chinois en RDC et assurer la longévité des entreprises du Nord dans le secteur minier du pays. Aucune des récentes « préoccupations » du Nord concernant le bien-être du peuple congolais n’a abordé son propre rôle dans l’alimentation de la violence pour les ressources dans la région des Grands Lacs africains. Comme l’a dit Amos Hochstein, conseiller principal de Joe Biden pour l’énergie et l’investissement, « un véhicule électrique, c’est avant tout une batterie, et ce qu’il y a dans la batterie, c’est l’Afrique. Il n’y a pas de temps à perdre. Nous avons été absents de la scène pendant trop longtemps ».<a href="#_edn58" name="_ednref58"><sup>58</sup></a> En d’autres termes, le corridor, ainsi que d’autres projets tels que le Partenariat pour l’infrastructure et l’investissement mondiaux initié par les États-Unis (une tentative de contester l’initiative de la Nouvelle route de la soie menée par la Chine), font partie de la stratégie géopolitique américaine visant à contrer la Chine. Avec l’abandon des combustibles fossiles au profit de l’énergie éolienne, solaire et électrique, le Congo va continuer à être au centre des discussions.</p>
<p>Il est intéressant de noter que c’est au moment où les entreprises chinoises ont commencé à supplanter les industries minières du Nord et où les investissements chinois ont commencé à construire de nouvelles infrastructures qu’une vague d’intérêt s’est développée dans le Nord au sujet de l’exploitation des travailleurs de la RDC. Un intérêt qui ignore les graves violations commises par les entreprises du Nord et qui feint de se préoccuper du bien-être du peuple congolais afin de servir des intérêts géopolitiques. Lorsque la société privée chinoise CMOC (China Molybdenum Company Limited), qui produit des minerais essentiels aux technologies vertes, a racheté la mine de Tenke Fungurume à la société minière étasunienne Freeport-McMoRan en 2016, l’appareil d’État étasunien a craint que les Chinois ne contrôlent tous les éléments clés des « technologies vertes ».<a href="#_edn59" name="_ednref59"><sup>59</sup></a></p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106105" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106105" class="size-full wp-image-106105 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Le-peuple-a-gagne_edited.jpg" alt="" width="780" height="780" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Le-peuple-a-gagne_edited.jpg 780w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Le-peuple-a-gagne_edited-300x300.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Le-peuple-a-gagne_edited-150x150.jpg 150w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/Le-peuple-a-gagne_edited-768x768.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 780px) 100vw, 780px"><p id="caption-attachment-106105" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small><a href="https://www.instagram.com/Richard.nzaaba">Monsembula Nzaaba Richard</a> or ‘Monzari’ (DRC), <em>Le peuple a gagné</em>, 2024.<br>Photo de référence (au dos) : Patrice Lumumba reçoit un vote de confiance de la Chambre des représentants congolaise le 24 juin 1960, devenant ainsi le premier Premier ministre du pays.<br>Source : Congopresse via Wikimedia.</small></p></div>
</div>
<p>Face à leur impuissance à contester l’achat de la Chine, les États-Unis ont agi dans deux directions : délégitimer les interventions de la Chine en Afrique en se plaignant de l’exploitation chinoise du travail des enfants et exercer une pression politique sur les gouvernements africains pour qu’ils rompent leurs liens avec la Chine.<a href="#_edn60" name="_ednref60"><sup>60</sup></a> Cela montre que les États-Unis et leurs alliés s’attachent à garantir leurs intérêts économiques et géopolitiques en ravivant les tactiques de la guerre froide.</p>
<p>L’intervention des États-Unis sur le continent africain pour faire avancer leur propre projet et maintenir leur hégémonie est également illustrée par la teneur du sommet des dirigeants américano-africains de décembre 2022, au cours duquel les gouvernements de la RDC et de la Zambie ont signé un accord avec les États-Unis pour développer une chaîne de valeur de véhicules électriques dans leurs pays, de l’exploitation minière à la chaîne d’assemblage.<a href="#_edn61" name="_ednref61"><sup>61</sup></a> Toutefois, il convient de noter que les deux pays africains ont déjà signé un accord entre eux pour établir une chaîne de valeur pour la fabrication de batteries électriques en avril 2022.<a href="#_edn62" name="_ednref62"><sup>62</sup></a> Ainsi, le nouvel accord, annoncé en grande pompe, concernait moins la coordination entre la RDC et la Zambie ou les besoins des populations africaines que la tentative de bloquer la Chine hors du continent africain et de garantir le flux de ressources sous le contrôle des firmes du Nord.</p>
<h2 style="margin:3em 0;">Le Congo n’est pas à vendre</h2>
<p>En juin 2005, la Commission Lutundula, dirigée par le parlementaire congolais Christophe Lutundula, a rendu compte de son enquête sur les contrats miniers et commerciaux signés en RDC entre 1996 et 2003, une période marquée par un conflit intense découlant de la deuxième guerre du Congo (1998-2003).<a href="#_edn63" name="_ednref63"><sup>63</sup></a> La commission a constaté que de nombreux contrats étaient illégaux ou ne favorisaient pas le développement du pays et a demandé instamment la résiliation ou la renégociation de 16 d’entre eux ainsi que des enquêtes complémentaires sur 28 entreprises et 17 personnes pour des violations de la loi. Des personnalités politiques de haut rang et des dirigeants d’entreprise ont été mis en cause dans les conclusions de l’enquête. Bien que le rapport propose un moratoire immédiat sur les nouveaux contrats et demande des pouvoirs d’enquête étendus, l’État a signé de nouveaux accords miniers avec un contrôle minimal.</p>
<p>En 2017, la RDC a mis en place l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) afin de respecter les dispositions du code minier de 2002. L’émergence de l’ARSP est un signe de la tentative de la RDC de prendre le contrôle des minéraux et des métaux dans le pays et de mettre un terme au pillage de ses richesses qui dure depuis longtemps. En 2023, l’ARSP (qui suit désormais le code minier de 2018) a sanctionné plusieurs entreprises, dont Bolloré, Deloitte, G4S, Havas et Huawei, et a ouvert des enquêtes sur Eurasian Resources Group, Glencore, Ivanhoe, Kibali (Barrick Gold) et Primera pour avoir enfreint les lois sur la sous-traitance.<a href="#_edn64" name="_ednref64"><sup>64</sup></a> Le 22 février 2024, l’ARSP a poursuivi trois sous-traitants chinois (CRSN, Synohydro et Bangde Construction) pour avoir transféré des paiements à l’étranger, ce qui les rend inéligibles pour opérer en RDC (même s’ils continueront à travailler jusqu’à ce que des entreprises locales puissent les remplacer).<a href="#_edn65" name="_ednref65"><sup>65</sup></a></p>
<p>Le directeur général de l’ARSP, Miguel Kashal Katemb, un homme d’affaires chevronné qui a travaillé dans plusieurs pays africains, a fait valoir que ces entreprises sanctionnées ne remplissaient pas les critères d’éligibilité et ne contribuaient pas de manière adéquate aux recettes fiscales du pays.<a href="#_edn66" name="_ednref66"><sup>66</sup></a> Ces entreprises devraient être remplacées par des entreprises congolaises, qui conserveraient les bénéfices sur place, créeraient de nouvelles possibilités d’emploi et pourraient même entamer un processus d’établissement de la souveraineté nationale en matière de ressources. Ces politiques constitueraient un progrès, même si les élites de la RDC en seraient les plus grands bénéficiaires compte tenu des hiérarchies sociales dans le pays.<a href="#_edn67" name="_ednref67"><sup>67</sup></a></p>
<p>Ce type de politique de classe, où certaines actions semblent bénéfiques pour le pays mais enrichissent principalement un réseau sophistiqué de proches du président, est très répandu en RDC. Par exemple, bien que le pays ait signé un accord en 2022 avec le milliardaire israélien sanctionné et ancien magnat de l’exploitation minière Dan Gertler pour récupérer des actifs miniers et pétroliers congolais d’une valeur de plus de 2 milliards de dollars qui appartenaient à sa société, le groupe Ventura, le manque de transparence sur les détails de l’accord a suscité des inquiétudes quant à l’éventualité d’un nouveau cycle de corruption.<a href="#_edn68" name="_ednref68"><sup>68</sup></a> Les réseaux familiaux de l’élite politique de la RDC continuent d’agir comme des complices des entreprises multinationales, poursuivant des activités transactionnelles qui les favorisent au lieu de renforcer les capacités productives du pays en vue de sa modernisation.<a href="#_edn69" name="_ednref69"><sup>69</sup></a> Un exemple notable de cette dynamique se déroule à la Sicomines, où le fils du président, Anthony Tshisekedi, a été nommé au conseil d’administration de la société, bien qu’il n’ait pas d’expérience dans le domaine minier.<a href="#_edn70" name="_ednref70"><sup>70</sup></a></p>
<h2 style="margin:3em 0;">Ce que veut le peuple congolais</h2>
<p>Aujourd’hui, la lutte du peuple congolais est centrée sur l’établissement de la souveraineté sur son territoire et la garantie de la dignité humaine. Cette lutte pour la libération ne peut être menée uniquement au niveau national, étant donné que les forces qui maintiennent les Congolais en esclavage opèrent au niveau mondial. À l’ère du panafricanisme renouvelé qui transforme l’Afrique de l’Ouest, le rappel de Frantz Fanon dans <i>Pour la révolution africaine</i>, selon lequel « le sort de chacun d’entre nous est en jeu au Congo », résonne profondément.<a href="#_edn71" name="_ednref71"><sup>71</sup></a> Notre dossier s’achève sur les paroles de jeunes activistes congolais qui ont identifié huit catégories clés pour construire leur chemin vers la liberté.</p>
<p><b>La terre</b> Les terres congolaises doivent être protégées et utilisées dans l’intérêt supérieur du peuple congolais. La garantie des moyens de subsistance, de la souveraineté alimentaire et de la sécurité humaine des Congolais doit être une priorité plus importante que l’extractivisme. La démilitarisation des terres est essentielle pour mettre fin à la violence généralisée et aux déplacements de populations. Pour ce faire, la vision capitaliste de la terre en tant que marchandise à vendre doit d’abord être déconstruite et remplacée par l’accent mis sur la valeur ancestrale de la terre, qui est au centre du bien-être de tous ses habitants.</p>
<p><b>Développer l’autonomie économique</b> Les ressources congolaises doivent être contrôlées par le peuple congolais dans le but de renforcer la société et de résister à la pression des institutions financières internationales. Les bénéfices tirés des richesses naturelles du pays doivent être réinvestis pour développer les industries manufacturières locales et encourager l’autonomie nationale et l’autosuffisance dans des domaines tels que l’agro-industrie et la technologie. Nous devons planifier avec audace des projets économiques à plus long terme et de plus grande envergure, susceptibles d’entraîner une transformation à grande échelle au profit du pays<b>.</b></p>
<p><b>La société</b> Commençons à réinventer les relations sociales en proposant des solutions pour reconstruire le contrat social qui nous lie. Nous devons réintroduire une culture de respect des droits de l’homme en défendant les principes traditionnels d’égalité de <i>l’ubuntu</i>.</p>
<p><b>La justice d’État</b> La gouvernance équitable doit être promue au sein des institutions nationales telles que la présidence, l’assemblée nationale et les tribunaux. Les dirigeants doivent appliquer la loi de manière équitable, conformément à la constitution et aux attentes légitimes de la population.</p>
<p><b>La dignité</b> Nous devons nous réapproprier et guérir nos cœurs et nos esprits, nous organiser de manière responsable et faire preuve d’abnégation pour faire avancer les objectifs de la communauté. Notre mouvement doit améliorer notre confiance en notre capacité, en tant que peuple congolais – en particulier la jeunesse congolaise – à changer la RDC dans le bon sens.</p>
<p><b>La pensée critique</b> Il est important de développer notre intelligence collective afin de répondre aux défis auxquels nous sommes confrontés avec des idées claires. Notre système éducatif doit enseigner des systèmes de connaissances complets fondés sur la pensée scientifique, qui incluent les contributions précieuses des sociétés africaines d’hier et d’aujourd’hui.</p>
<p><b>La production et la diffusion de la culture patriotique congolaise</b>. Nous devons illustrer la vision du Congo et du monde dans lequel nous voulons vivre à travers les arts, la culture, le sport et toutes les activités dans lesquelles nous nous engageons, qui doivent être disponibles dans nos langues locales. Grâce à un leadership collectif, nous devons développer des valeurs communes basées sur une prise de décision inclusive afin de réformer notre culture.</p>
<p><b>Organiser des collectifs de citoyens</b> Le code de conduite que nous créons doit être mis en œuvre au Congo et dans les communautés de la diaspora par le biais de collectifs de citoyens. Où que nous soyons, nous devons créer des lieux de rencontre, de débat et de collaboration.</p>
<hr class="single-post--content--separator-section single-post--content--separator-section-end">
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106117" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106117" class="size-full wp-image-106117 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/rdc-femme-est-guerre-copie.jpg" alt="" width="613" height="780" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/rdc-femme-est-guerre-copie.jpg 613w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/06/rdc-femme-est-guerre-copie-236x300.jpg 236w" sizes="auto, (max-width: 613px) 100vw, 613px"><p id="caption-attachment-106117" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small><a href="https://www.facebook.com/MKadArt/">M Kadima</a> (DRC), <em>Le Congo n’est pas à vendre</em>, 2024.<br>Photo de référence <a href="https://www.instagram.com/johnbehets/?hl=en">John Behets</a>.</small></p></div>
</div>
<h3 class="single-post--content--citations-title" style="margin:2em 0;">Notes</h3>
<div class="single-post--content--citations-block">
<p><a href="#_ednref1" name="_edn1"><sup>1</sup></a>Eyamba G. Bokamba et Eyamba D. Bokamba, <i>2022 Mining Data Study</i> (Kinshasa : Centre de recherche sur le Congo-Kinshasa (CERECK), 2024).</p>
<p><a href="#_ednref2" name="_edn2"><sup>2</sup></a>Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), La République démocratique du Congo. Post-Conflict Environmental Assessment. Programme des Nations unies pour l’environnement – Synthèse à l’attention des décideurs politiques (Nairobi : PNUE, 2011), 22.</p>
<p><a href="#_ednref3" name="_edn3"><sup>3</sup></a>« Democratic Republic of the Congo (COD) Exports, Imports, and Trade Partners », The Observatory of Economic Complexity, <a href="https://oec.world/en/profile/country/cod">https://oec.world/en/profile/country/cod</a>.</p>
<p><a href="#_ednref4" name="_edn4"><sup>4</sup></a>Banque mondiale, « République démocratique du Congo – Vue d’ensemble », <a href="https://www.worldbank.org/en/country/drc/overview">https://www.banquemondiale.org/fr/country/drc/overview</a>.</p>
<p><a href="#_ednref5" name="_edn5"><sup>5</sup></a> « Country Insights – Human Development Index Reports », Nations Unies, <a href="https://hdr.undp.org/data-center/country-insights">https://hdr.undp.org/data-center/country-insights</a>.</p>
<p><a href="#_ednref6" name="_edn6"><sup>6</sup></a>Organisation mondiale de la santé, « Taux de mortalité maternelle (pour 100 000 naissances vivantes) », données de l’Organisation mondiale de la santé, <a href="https://data.who.int/indicators/i/AC597B1">https://data.who.int/fr/indicators/i/C071DCB/AC597B1</a>.</p>
<p><a href="#_ednref7" name="_edn7"><sup>7</sup></a>Nations Unies, « Far from the Headlines: The Democratic Republic of Congo », Nations unies Europe occidentale, 11 mars 2024, <a href="https://unric.org/en/far-from-the-headlines-the-democratic-republic-of-congo/">https://unric.org/en/far-from-the-headlines-the-democratic-republic-of-congo/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref8" name="_edn8"><sup>8</sup></a>Institut Tricontinental de recherche sociale,<i> Life or Debt: The Stranglehold of Neocolonialism and Africa’s Search for Alternatives</i>, dossier n° 63, 11 avril 2023, <a href="https://dev.thetricontinental.org/dossier-63-african-debt-crisis/">https://dev.thetricontinental.org/dossier-63-african-debt-crisis/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref9" name="_edn9"><sup>9</sup></a>Institut Tricontinental de recherche sociale, <i>The Rate of Exploitation (The Case of the iPhone)</i>, cahier n° 2, 22 septembre 2019, <a href="https://dev.thetricontinental.org/fr/le-taux-dexplotation-le-cas-de-liphone/">https://dev.thetricontinental.org/the-rate-of-exploitation-the-case-of-the-iphone/</a>, 17 et Sungur Savran et E. Ahmet Tonak, <i>In the Tracks of Marx’s Capital: Debates in Marxian Political Economy and Lessons for 21</i><i>st</i><i> Century Capitalism</i>, Londres : Palgrave, 2024.</p>
<p><a href="#_ednref10" name="_edn10"><sup>10</sup></a>Anthony G. Goriainoff and Christian Moess Laursen, « Glencore 2023 Production Volumes in Line with Guidance », <i>Wall Street Journal</i>, 1er février 2024, <a href="https://www.wsj.com/finance/commodities-futures/glencore-2023-production-volumes-in-line-with-guidance-1d29a3ab">https://www.wsj.com/finance/commodities-futures/glencore-2023-production-volumes-in-line-with-guidance-1d29a3ab</a>.</p>
<p><a href="#_ednref11" name="_edn11"><sup>11</sup></a>Georges Nzongola-Ntalaja, <i>The Congo. From Leopold to Kabila. A People’s History</i> (Londres : Zed Books, 2007), 15-16.</p>
<p><a href="#_ednref12" name="_edn12"><sup>12</sup></a>Adam Hochschild, <i>King Leopold’s Ghost: A Story of Greed, Terror, and Heroism in Colonial Africa </i>(Boston et New York : Houghton Mifflin, 1998).</p>
<p><a href="#_ednref13" name="_edn13"><sup>13</sup></a>Jan Vansina, <i>Kingdoms of the Savannah</i> (Madison, Wisconsin : University of Wisconsin Press, 1966) et Jan Vansina, <i>Being Colonised: The Kuba Experience in Rural Congo, 1880–1960</i> (Madison, Wisconsin : University of Wisconsin Press, 2010).</p>
<p><a href="#_ednref14" name="_edn14"><sup>14</sup></a>Nzongola-Ntalaja, <i>The Congo</i>, 26–41.</p>
<p><a href="#_ednref15" name="_edn15"><sup>15</sup></a>Jerome Sternstein, « King Léopold II, Nelson W. Aldrich and the Strange Beginnings of American Economic Penetration of the Congo », <i>African Historical Studies</i> 2, n° 2 (1969) : 191.</p>
<p><a href="#_ednref16" name="_edn16"><sup>16</sup></a>Calvin C. Kolar, <i>Resistance in the Congo Free State: 1885-1908</i>, Honours thesis, paper 399, Southern Illinois University, 2015, 15-19.</p>
<p><a href="#_ednref17" name="_edn17"><sup>17</sup></a>Amandine Lauro, « Women in the Democratic Republic of Congo », dans <i>Oxford Research Encyclopedia of African History</i>, (Oxford University Press, 2020).</p>
<p><a href="#_ednref18" name="_edn18"><sup>18</sup></a>Maurice Martin de Ryck Congo papers (MSS 70), Box 5, Folder 15, Stephen O. Murray and Keelung Hong Special Collections, Michigan State University, East Lansing, Michigan ; Te Mobusa Ngbwapkwa, « L’Exploitation du caoutchouc par l’Etat indépendant du Congo dans le territoire de Banzyville, district de l’Ubangi (1900-1908) », <i>Civilisations</i> 41, n° 1-2 (1993) : 291-306.</p>
<p><a href="#_ednref19" name="_edn19"><sup>19</sup></a>John Higginson, <i>A Working Class in the Making: </i><i>Belgian Colonial Labor Policy, Private Enterprise, and the African Mineworker, 1907–1951</i> (Madison, Wisconsin : University of Wisconsin Press, 1989) ; Georges Nzongola-Ntalaja, « Class Struggle and National Liberation in Zaire », <i>Contemporary Marxism</i>, n° 6 (Printemps 1983) : 57<i>–</i>94.</p>
<p><a href="#_ednref20" name="_edn20"><sup>20</sup></a>Dean Pavlakis, « The Crime of the Congo: A Question of Genocide in the Congo Free State, 1885-1908 », dans <i>The Cambridge World History of Genocide: Volume 2: Genocide in the Indigenous, Early Modern and Imperial Worlds, from c.1535 to World War One</i>, rédac. chef Ben Kiernan (Cambridge : Cambridge University Press, 2023), 585-608.</p>
<p><a href="#_ednref21" name="_edn21"><sup>21</sup></a>Higginson, <i>A Working Class in the Making</i>, 8-10 et 20-24.</p>
<p><a href="#_ednref22" name="_edn22"><sup>22</sup></a>Higginson, <i>A Working Class in the Making</i>, 175-176.</p>
<p><a href="#_ednref23" name="_edn23"><sup>23</sup></a>Higginson, <i>A Working Class in the Making</i> ; John Higginson, « Steam Without a Piston Box: Strikes and Popular Unrest in Katanga, 1943-1945 », <i>International Journal of African Historical Studies</i> 21, n° 1 (1988) : 97-118 ; John Higginson, « Bringing the Workers Back In: Worker Protest and Popular Intervention in Katanga, 1931-1941 », <i>Canadian Journal of African</i>, n° 2 (janvier 1988) : 199-223.</p>
<p><a href="#_ednref24" name="_edn24"><sup>24</sup></a>En six pages brillantes, Robert Poupart aborde ce problème sous le titre « L’Impulsion Brousse-Ville », dans <i>Facteurs de productivité de la main-d’œuvre autochtone à Elisabethville</i> (Bruxelles : CEPSI, 1961), 17-23 ; voir aussi Higginson, « Steam Without a Piston Box », 103 et Bogumil Jewsiewicki, « La contestation sociale et la naissance du prolétariat au Zaïre au cours de la première moitié du XXe siècle »,<i> Revue canadienne des études africaines</i> 10, n° 1 (1976) : 47-70.</p>
<p><a href="#_ednref25" name="_edn25"><sup>25</sup></a>Higginson, « Steam Without a Piston Box », 103 ; Gerald Dupriez, <i>La Formation du salaire en Afrique</i> (Louvain : Drukkerij Frankie, 1973), 346-347 ; Higginson, « Steam Without a Piston Box », 103.</p>
<p><a href="#_ednref26" name="_edn26"><sup>26</sup></a>Edouard Bustin, <i>The Lunda Under Belgian Rule</i>:<i> The Politics of Ethnicity</i> (Harvard University Press, 1975), 134 ; Jean-Luc Vellut, « Rural Poverty in Western Shaba, c. 1890-1930 », dans <i>The Roots of Rural Poverty in Central and Southern Africa</i>, rédac. chef Robin Palmer et Neil Parsons (Los Angeles : University of California Press, 1977), 306-309.</p>
<p><a href="#_ednref27" name="_edn27"><sup>27</sup></a>Jean Sohier, « Présentation de “la mémoire d’un policier belgo-congolais” »<i>, Académie royale des sciences d’outre-mer (Bulletin des Séances)</i>, 3 (1973) : 485-486 ; Sa’eed Husaini, « Why They Killed Patrice Lumumba: An Interview with Georges Nzongola-Ntalaja », <i>Jacobin</i>, 17 janvier 2020, <a href="https://jacobin.com/2020/01/patrice-lumumba-assassination-anniversary-congo">https://jacobin.com/2020/01/patrice-lumumba-assassination-anniversary-congo</a>.</p>
<p><a href="#_ednref28" name="_edn28"><sup>28</sup></a>Patrice Lumumba, <i>Lumumba Speaks. The Speeches and Writings of Patrice Lumumba, 1958-1961</i>, rédac. chef Jean Van Lierde (Boston : Little, Brown, 1972), 58.</p>
<p><a href="#_ednref29" name="_edn29"><sup>29</sup></a>Karen Bouwer, <i>Gender and Decolonisation in the Congo: The Legacy of Patrice Lumumba</i> (New York : Palgrave Macmillan, 2010), 91.</p>
<p><a href="#_ednref30" name="_edn30"><sup>30</sup></a>Moïse Tshombe, <i>Quinze mois de gouvernement du Congo</i> (Paris : La Table Ronde, 1967) ; Conor Cruise O’Brien,<i> To Katanga and Back: A UN Case History</i> (Londres et New York : Faber and Faber, 1967).</p>
<p><a href="#_ednref31" name="_edn31"><sup>31</sup></a>Patrice Lumumba, <i>Patrice Lumumba: The Truth about a Monstrous Crime of the Colonialists</i> (Moscou : Foreign Languages Publishing House, 1961) : 45-46 ; Bruce Bueno de Mesquita, « Leopold II and the Selectorate: An Account in Contrast to a Racial Explanation », <i>Historical Social Research / Historische Sozialforschung</i> 32, n° 4 (122) (2007) : 216 ; Martin Meredith, <i>The State of Africa: A History of the Continent since Independence</i> (Londres, New York, Sydney, Toronto et New Delhi : Simon &amp; Schuster, 2021) : 102.</p>
<p><a href="#_ednref32" name="_edn32"><sup>32</sup></a>Stephen Kinzer, <i>The Brothers: John Foster Dulles, Allen Dulles, and Their Secret World War</i> (New York : Henry Holt, 2013), 247-283.</p>
<p><a href="#_ednref33" name="_edn33"><sup>33</sup></a>George Padmore, « Africa Holds Key to Atomic Future; World’s Uranium Supply », <i>The Chicago Defender</i>, 8 septembre 1945, 5 ; Susan Williams, <i>White Malice: The CIA and the Covert Recolonisation of Africa</i> (New York : Public Affairs, 2021), p. 375.</p>
<p><a href="#_ednref34" name="_edn34"><sup>34</sup></a>« North Katanga City Is Seized by Rebels, Congo Report; Europeans Flee Albertville Crossing Lake Tanganyika to Nearby Burundi », <i>New York Times</i>, 20 juin 1964, <a href="https://www.nytimes.com/1964/06/20/archives/north-katanga-city-is-seized-by-rebels-the-congo-report-europeans.html">https://www.nytimes.com/1964/06/20/archives/north-katanga-city-is-seized-by-rebels-the-congo-report-europeans.html</a> ; « Egypt Plans to Send Its Pilots to Zaire », <i>New York Times, 2 </i>mai 1977, <a href="https://www.nytimes.com/1977/05/02/archives/egypt-plans-to-send-its-pilots-to-zaire.html">https://www.nytimes.com/1977/05/02/archives/egypt-plans-to-send-its-pilots-to-zaire.html</a>.</p>
<p><a href="#_ednref35" name="_edn35"><sup>35</sup></a>Benoît Verhaegen, <i>Rébellions au Congo</i>, vol. 1 (Bruxelles : Centre de recherche et d’information socio-politiques, 1966), 104-116 et 415-481.</p>
<p><a href="#_ednref36" name="_edn36"><sup>36</sup></a>« Key Copper-Mining Centre in Zaire Reported Taken by Rebel Invaders », <i>New York Times</i>, 18 mars 1977, <a href="https://www.nytimes.com/1977/03/18/archives/key-coppermining-center-in-zaire-reported-taken-by-rebel-invaders.html">https://www.nytimes.com/1977/03/18/archives/key-coppermining-center-in-zaire-reported-taken-by-rebel-invaders.html</a> ; Benoît Verhaegen, <i>Rébellions au Congo</i> 2 (Bruxelles : Centre de recherche et d’information socio-politiques, 1971), 499-589.</p>
<p><a href="#_ednref37" name="_edn37"><sup>37</sup></a>Nzongola-Ntalaja, <i>The Congo</i>; Howard French, « As Rebels Gain in Zaire, Army Morale is Declining », <i>New York Times</i>, 8 février 1997, <a href="https://www.nytimes.com/1997/02/08/world/as-rebels-gain-in-zaire-army-morale-is-declining.html">https://www.nytimes.com/1997/02/08/world/as-rebels-gain-in-zaire-army-morale-is-declining.html</a> ; David van Reybrouck, <i>Congo: The Epic History of A People</i> (New York : Harper Collins, 2015), 426-462.</p>
<p><a href="#_ednref38" name="_edn38"><sup>38</sup></a>Bokamba et Bokamba, <i>2022 Mining Data Study</i>.</p>
<p><a href="#_ednref39" name="_edn39"><sup>39</sup></a>Henry Sanderson, « Congo, Child Labour and Your Electric Car », <i>Financial Times</i>, 7 juillet 2019, <a href="https://www.ft.com/content/c6909812-9ce4-11e9-9c06-a4640c9feebb">https://www.ft.com/content/c6909812-9ce4-11e9-9c06-a4640c9feebb</a>.</p>
<p><a href="#_ednref40" name="_edn40"><sup>40</sup></a>Ben Moshinsky, « The Four-Decade Story of Glencore’s Explosive Rise and Fall », <i>Business Insider</i>, 7 octobre 2015, <a href="https://www.businessinsider.com/glencores-history-and-what-happened-to-the-company-2015-10?r=US&amp;IR=T">https://www.businessinsider.com/glencores-history-and-what-happened-to-the-company-2015-10?r=US&amp;IR=T</a> ; Sarah Katz-Lavigne, « Framing Spaces as (IL)Legitimate: “Dirty” Cobalt and the (Mis)Uses of Artisanal and Small-Scale Mining Sites in South-Eastern Democratic Republic of Congo », <i>Canadian Journal of African Studies</i> 58, n° 1, 2024. Avec ses 80 000 employés officiels et plus de 60 000 « contractants », dont certains sont des mineurs de cobalt congolais indépendants, Glencore est un exemple classique de ce que Bastian Obermeyer et Frederik Obermaier appellent la « machine à piller » dans <i>The Panama Papers: Breaking the Story of How the Rich and Powerful Hide Their Money</i> (Londres : Oneworld Publications, 2016), 193-208. Henry Sanderson, « Congo, Child » ; Walton Pantland, « Special Report: Glencore, the Commodities Giant with No Soul », <i>IndustriAll Global Union</i>, 25 avril 2018, <a href="https://www.industriall-union.org/special-report-glencore-the-commodities-giant-with-no-soul">https://www.industriall-union.org/special-report-glencore-the-commodities-giant-with-no-soul</a>.</p>
<p><a href="#_ednref41" name="_edn41"><sup>41</sup></a>Amnesty International, <i>This Is What We Die For: Human Rights Abuses in the Democratic Republic of the Congo Power the Global Trade in Cobalt</i> (Londres : Amnesty International, 2016), 28. « Congo State Miner Sells Copper Concession to Chinese Investors », <i>Reuters</i>, 13 juillet 2015, <a href="https://www.reuters.com/article/congodemocratic-mining-idUKL5N0ZT26D20150713/">https://www.reuters.com/article/congodemocratic-mining-idUKL5N0ZT26D20150713/</a> ; Amnesty International, <i>This Is What We Die For</i> ; John Sweeney, « Mining Giant Glencore Accused in Child Labour and Acid Dumping Row », <i>The Guardian</i>, 14 avril 2012, <a href="https://www.theguardian.com/business/2012/apr/14/glencore-child-labour-acid-dumping-row">https://www.theguardian.com/business/2012/apr/14/glencore-child-labour-acid-dumping-row</a> ; Ben Doherty, « Everything You Need to Know About Glencore, Dan Gertler and Their Interest in the DRC », <i>The Guardian</i>, 5 novembre 2017, <a href="https://www.theguardian.com/business/2017/nov/05/what-is-glencore-who-is-dan-gertler-drc-mining">https://www.theguardian.com/business/2017/nov/05/what-is-glencore-who-is-dan-gertler-drc-mining</a>.</p>
<p><a href="#_ednref42" name="_edn42"><sup>42</sup></a>Amnesty International, <i>This Is What We Die For</i>, 1-88.</p>
<p><a href="#_ednref43" name="_edn43"><sup>43</sup></a>James Gordon, « Cobalt: the dark side of a clean future », <i>Raconteur</i>, 4 juin 2019.</p>
<p><a href="#_ednref44" name="_edn44"><sup>44</sup></a>Women’s International League for Peace and Freedom (WILPF)<i>, Life at the Bottom of the Chain: Women in Artisanal Mines in DRC</i> (Genève : WILPF, août 2016), <a href="https://wilpf.org/wp-content/uploads/2016/10/WomenInArtisanalMinesInDRC_web.pdf">https://wilpf.org/wp-content/uploads/2016/10/WomenInArtisanalMinesInDRC_web.pdf</a>.</p>
<p><a href="#_ednref45" name="_edn45"><sup>45</sup></a> <i>Assemblée nationale Commission spéciale chargée de l’examen de la validité des conventions à caractère économique et financier</i> (Kinshasa : gouvernement de la RDC, 2006).</p>
<p><a href="#_ednref46" name="_edn46"><sup>46</sup></a>African Development Bank, « Interview with Mr. Festus Mogae, Former President of Botswana », African Development Bank Group, 6 mars 2019, <a href="https://www.afdb.org/en/news-and-events/interview-with-mr-festus-mogae-former-president-of-botswana-3235">https://www.afdb.org/en/news-and-events/interview-with-mr-festus-mogae-former-president-of-botswana-3235</a>.</p>
<p><a href="#_ednref47" name="_edn47"><sup>47</sup></a>« The Democratic Republic of Congo’s Revised Mining Code », Herbert Smith Freehills, 25 avril 2018, <a href="https://www.herbertsmithfreehills.com/insights/2018-04/the-democratic-republic-of-congos-revised-mining-code">https://www.herbertsmithfreehills.com/insights/2018-04/the-democratic-republic-of-congos-revised-mining-code</a> ; Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, « Congo, Democratic Republic of the – Adoption of a Mining Code, UNCTAD Investment Policy Hub », <a href="https://investmentpolicy.unctad.org/investment-policy-monitor/measures/3227/adoption-of-a-mining-code">https://investmentpolicy.unctad.org/investment-policy-monitor/measures/3227/adoption-of-a-mining-code</a>.</p>
<p><a href="#_ednref48" name="_edn48"><sup>48</sup></a>Zhenyang Chen, Lingen Zhang, and Zhenming Xu, « Analysis of Cobalt Flows in Mainland China: Exploring the Potential Opportunities for Improving Resource Efficiency and Supply Security », <i>Journal of Cleaner Production</i> 275 (1er décembre 2020) : 122841.</p>
<p><a href="#_ednref49" name="_edn49"><sup>49</sup></a>Michael J. Kavanagh, « DRC Strikes New $7 Billion Mine Road-Financing Deal With China », <i>Bloomberg</i>, 27 janvier 2024, <a href="https://origin.www.bloomberg.com/news/articles/2024-01-27/drc-strikes-new-7-billion-mine-road-financing-deal-with-china">https://origin.www.bloomberg.com/news/articles/2024-01-27/drc-strikes-new-7-billion-mine-road-financing-deal-with-china</a>.</p>
<p><a href="#_ednref50" name="_edn50"><sup>50</sup></a>Barney Jopson, « Donors Press Congo over $9bn China Deal », 9 février 2009, <a href="https://www.ft.com/content/f4d34d3a-f6d9-11dd-8a1f-0000779fd2ac">https://www.ft.com/content/f4d34d3a-f6d9-11dd-8a1f-0000779fd2ac</a>.</p>
<p><a href="#_ednref51" name="_edn51"><sup>51</sup></a>Jopson, « Donors Press Congo ».</p>
<p><a href="#_ednref52" name="_edn52"><sup>52</sup></a>« Chinese Mineral Deal Blocking Congo’s IMF Debt Relief », <i>Voice of America</i>, 2 novembre 2009, <a href="https://www.voanews.com/a/a-13-2009-05-26-voa26-68802437/412187.html">https://www.voanews.com/a/a-13-2009-05-26-voa26-68802437/412187.html</a> ; Hillary Rodham Clinton, interview par Jaldeep Katwala (Radio Okapi), Département d’État américain, 10 août 2009, <a href="https://2009-2017.state.gov/secretary/20092013clinton/rm/2009a/08/127104.htm">https://2009-2017.state.gov/secretary/20092013clinton/rm/2009a/08/127104.htm</a>.</p>
<p><a href="#_ednref53" name="_edn53"><sup>53</sup></a>Kavanagh, « DRC Strikes New $7 Billion Mine Road-Financing Deal with China ».</p>
<p><a href="#_ednref54" name="_edn54"><sup>54</sup></a>Kavanagh, « DRC Strikes New $7 Billion Mine Road-Financing Deal with China ».</p>
<p><a href="#_ednref55" name="_edn55"><sup>55</sup></a>Olivier Liffran, « China, DRC, United States: How Washington Pushed Tshisekedi to Renegotiate Kabila’s China Contracts », <i>Africa Intelligence</i>, 25 juin 2021, <a href="https://www.africaintelligence.com/central-africa/2021/06/25/how-washington-pushed-tshisekedi-to-renegotiate-kabila-s-china-contracts,109675670-art">https://www.africaintelligence.com/central-africa/2021/06/25/how-washington-pushed-tshisekedi-to-renegotiate-kabila-s-china-contracts,109675670-art</a>.</p>
<p><a href="#_ednref56" name="_edn56"><sup>56</sup></a>Liffran, « China, DRC, United States: How Washington Pushed Tshisekedi ».</p>
<p><a href="#_ednref57" name="_edn57"><sup>57</sup></a>Emmet Livingstone, « Uncertainties Remain With Renegotiated Chinese Mining Deal in DRC », <i>Voice of America</i>, 26 janvier 2024, <a href="https://www.voanews.com/a/uncertainties-remain-with-renegotiated-chinese-mining-deal-in-drc-/7458908.html">https://www.voanews.com/a/uncertainties-remain-with-renegotiated-chinese-mining-deal-in-drc-/7458908.html</a> ; « Angola/DRC/Zambia: US Reluctant to Finance Angola-Zambia Extension of Lobito Corridor Railways », <i>Africa Intelligence</i>, 4 mars 2024, <a href="https://www.africaintelligence.com/southern-africa-and-islands/2024/03/04/us-reluctant-to-finance-angola-zambia-extension-of-lobito-corridor-railways,110186992-art">https://www.africaintelligence.com/southern-africa-and-islands/2024/03/04/us-reluctant-to-finance-angola-zambia-extension-of-lobito-corridor-railways,110186992-art</a>.</p>
<p><a href="#_ednref58" name="_edn58"><sup>58</sup></a>Matthew Hill, « US Bets on $2.3 Billion African Railway to Help Deliver EV Revolution », <i>Bloomberg</i>, 21 février 2024, <a href="https://www.bloomberg.com/features/2024-lobito-corridor-rail-ev-mining/?embedded-checkout=true">https://www.bloomberg.com/features/2024-lobito-corridor-rail-ev-mining/?embedded-checkout=true</a>.</p>
<p><a href="#_ednref59" name="_edn59"><sup>59</sup></a>Andrew L. Gulley, Erin A. McCullough, and Kim B. Shedd, « China’s Domestic and Foreign Influence in the Global Cobalt Supply Chain », <i>Resources Policy</i> 62 (1 août 2019) : 317-23.</p>
<p><a href="#_ednref60" name="_edn60"><sup>60</sup></a>Sur le premier point, voir la Commission exécutive du Congrès sur la Chine, <i>From Cobalt to Cars: How China Exploits Child and Forced Labour in the Congo</i>, audience, 215 Dirksen Senate Office Building, 14 novembre 2023.</p>
<p><a href="#_ednref61" name="_edn61"><sup>61</sup></a>« Memorandum of Understanding Among the United States of America, the Democratic Republic of the Congo, and the Republic of Zambia Concerning Support for the Development of a Value Chain in the Electric Vehicle Battery Sector », 18 janvier 2023 <a href="https://www.state.gov/wp-content/uploads/2023/01/2023.01.13-E-4-Release-MOU-USA-DRC-ZAMBIA-Tripartite-Agreement-Tab-1-MOU-for-U.S.-Assistance-to-Support-DRC-Zambia-EV-Value-Chain-Cooperation-Instrument.pdf">https://www.state.gov/wp-content/uploads/2023/01/2023.01.13-E-4-Release-MOU-USA-DRC-ZAMBIA-Tripartite-Agreement-Tab-1-MOU-for-U.S.-Assistance-to-Support-DRC-Zambia-EV-Value-Chain-Cooperation-Instrument.pdf</a>. Pour en savoir plus sur le sommet, voir <a href="https://dev.thetricontinental.org/newsletterissue/us-africa-leaders-summit/">https://dev.thetricontinental.org/newsletterissue/us-africa-leaders-summit/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref62" name="_edn62"><sup>62</sup></a>« Ministerial Statement by the Minister of Commerce, Trade and Industry (Mr Chipoka Mulenga), on the Zambia-Democratic Republic of Congo Joint Initiative to Establish a Value Chain in the Electric Battery and Clean Energy Sector », 24 avril 2022, <a href="https://www.parliament.gov.zm/sites/default/files/images/publication_docs/Ministerial%20Statement%20-%20On%20Zambia-.Congo%20DR%20Joint%20Initiative%20on%20Electric%20Battery.pdf">https://www.parliament.gov.zm/sites/default/files/images/publication_docs/Ministerial%20Statement%20-%20On%20Zambia-.Congo%20DR%20Joint%20Initiative%20on%20Electric%20Battery.pdf</a>.</p>
<p><a href="#_ednref63" name="_edn63"><sup>63</sup></a>Government of the Democratic Republic of the Congo. <i>République Démocratique du Congo, Assemblée Nationale, Commission spéciale chargée de l’examen de la validité des conventions à caractère économique et financier, Rapport Lutundula</i> (janvier 2006), <a href="https://congomines.org/reports/210-rapport-lutundula-version-finale">https://congomines.org/reports/210-rapport-lutundula-version-finale</a>.</p>
<p><a href="#_ednref64" name="_edn64"><sup>64</sup></a>Pour en savoir plus sur les détails financiers et les violations commises par des entreprises canadiennes, voir Institut Tricontinental de recherche sociale<i>, Ten Canadian Mining Companies: Financial Details and Violations</i>, Studies in Contemporary Dilemmas, 29 avril 2019, <a href="https://dev.thetricontinental.org/ten-canadian-mining-companies-financial-details-and-violations/">https://dev.thetricontinental.org/ten-canadian-mining-companies-financial-details-and-violations/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref65" name="_edn65"><sup>65</sup></a>« ARSP Cancels Three Subcontracting Contracts Worth Estimated $1 Billion for Law Violation », <i>Copperbelt Katanga Mining</i>, 23 février 2024, <a href="https://copperbeltkatangamining.com/arsp-cancels-three-subcontracting-contracts-worth-estimated-1-billion-for-law-violation/">https://copperbeltkatangamining.com/arsp-cancels-three-subcontracting-contracts-worth-estimated-1-billion-for-law-violation/</a> ; « DR Congo: Companies Delisted by the Subcontracting Regulation Authority include CFAO, Castel, CMA CGM, Bolloré, Havas, G4S, Huawei and Deloitte », <i>Africa Business Plus</i>, 26 septembre 2024, <a href="https://www.africabusinessplus.com/en/816988/rd-congo-companies-delisted-by-the-subcontracting-regulation-authority-include-cfao-castel-cma-cgm-bollore-havas-g4s-huawei-and-deloitte-2/">https://www.africabusinessplus.com/en/816988/rd-congo-companies-delisted-by-the-subcontracting-regulation-authority-include-cfao-castel-cma-cgm-bollore-havas-g4s-huawei-and-deloitte-2/</a> ; « Subcontracting in the DRC: Audits Pending for Ivanhoe, Kibali, Glencore, ERG, Sicomines, Primera and CMOC », <i>Africa Business Plus</i>, 2 octobre 2023, <a href="https://www.africabusinessplus.com/en/817052/subcontracting-in-the-drc-audits-pending-for-ivanhoe-kibali-glencore-erg-sicomines-primera-and-cmoc/">https://www.africabusinessplus.com/en/817052/subcontracting-in-the-drc-audits-pending-for-ivanhoe-kibali-glencore-erg-sicomines-primera-and-cmoc/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref66" name="_edn66"><sup>66</sup></a>« Hon. Miguel Kashal Katemb », <i>Mining Indaba</i>, <a href="https://miningindaba.com/speaker-list/hon-miguel-katemb-kashal">https://miningindaba.com/speaker-list/hon-miguel-katemb-kashal</a>.</p>
<p><a href="#_ednref67" name="_edn67"><sup>67</sup></a>« Félix Tshisekedi Salutes the Prowess of Miguel Kashal of the ARSP », <i>Copperbelt Katanga Mining</i>, 4 novembre 2023, <a href="https://copperbeltkatangamining.com/felix-tshisekedi-salutes-the-prowess-of-miguel-kashal-of-the-arsp/">https://copperbeltkatangamining.com/felix-tshisekedi-salutes-the-prowess-of-miguel-kashal-of-the-arsp/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref68" name="_edn68"><sup>68</sup></a>Peter Fabricius, « Tshisekedi Does a Dodgy Deal with Gertler », <i>ISS Africa</i>, 2 avril 2022, <a href="https://issafrica.org/iss-today/tshisekedi-does-a-dodgy-deal-with-gertler#:~:text=Gertler%20was%20former%20Democratic%20Republic,%242%20billion%2C%20the%20DRC%20said">https://issafrica.org/iss-today/tshisekedi-does-a-dodgy-deal-with-gertler#:~:text=Gertler%20était%20l’ancienne%20République%20démocratique,%242%20milliards%2C%20la%20RDC%20said</a> ; « Le Congo n’est pas à vendre exige la publication intégrale du protocole d’accord signé avec le groupe de Dan Gertler », Coalition Congo n’est pas à vendre (CNPAV), <a href="https://www.corruptiontue.org/posts/lecnpav-exige">https://www.corruptiontue.org/posts/lecnpav-exige</a>.</p>
<p><a href="#_ednref69" name="_edn69"><sup>69</sup></a>« DRC: Tshisekedi Clan Involved in Former Katanga Province’s Mining Wild West – 05/02/2024 », <i>Africa Intelligence,</i> 5 février 2024, <a href="https://www.africaintelligence.com/central-africa/2024/02/05/tshisekedi-clan-involved-in-former-katanga-province-s-mining-wild-west,110155456-ge0">https://www.africaintelligence.com/central-africa/2024/02/05/tshisekedi-clan-involved-in-former-katanga-province-s-mining-wild-west,110155456-ge0</a>.</p>
<p><a href="#_ednref70" name="_edn70"><sup>70</sup></a>Liffran Oliver, « DRC: Tshisekedi Clan Involved in Former Katanga Province’s Mining Wild West », <i>Africa Intelligence</i>, 5 février 2024, <a href="https://www.africaintelligence.com/central-africa/2024/02/05/tshisekedi-clan-involved-in-former-katanga-province-s-mining-wild-west,110155456-ge0">https://www.africaintelligence.com/central-africa/2024/02/05/tshisekedi-clan-involved-in-former-katanga-province-s-mining-wild-west,110155456-ge0</a>.</p>
<p><a href="#_ednref71" name="_edn71"><sup>71</sup></a>Frantz Fanon, <i>Toward the African Revolution</i> (New York : Grove Press, 1964), 197.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’organisation politique du MST</title>
		<link>https://dev.thetricontinental.org/fr/lorganisation-politique-du-mst/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[ariana]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Apr 2024 08:00:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossier]]></category>
		<category><![CDATA[Land]]></category>
		<category><![CDATA[MST]]></category>
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					<description><![CDATA[Les immenses richesses minières de la RDC contrastent avec la pauvreté extrême causée par l’exploitation et les conflits. Ce dossier met l’accent sur la souveraineté et la dignité, en écho aux visions de liberté portées par les activistes congolais.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="single-post--content--acknowledgments">
<p>Les œuvres de ce dossier ont été réalisées suite à l’appel à création <i>Quarante ans de MST</i>, lancé par le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), l’Institut Tricontinental de recherche sociale, les mouvements sociaux ALBA et l’Assemblée Internationale des Peuples.</p>
<p>Nous sommes profondément reconnaissants aux plus de 150 artistes qui, par leur contribution et leur solidarité dans ce projet, enrichissent et embellissent la lutte de la classe ouvrière, en particulier la lutte des paysans, tout en proposant des réflexions sur les défis à venir.</p>
</div>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_108605" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-108605" class="size-full wp-image-108605 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/02_Juliana-1.jpg" alt="" width="552" height="780" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/02_Juliana-1.jpg 552w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/02_Juliana-1-212x300.jpg 212w" sizes="auto, (max-width: 552px) 100vw, 552px"><p id="caption-attachment-108605" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Œuvre de <a href="https://www.instagram.com/judyduartetattoo/">Judy Duarte</a></small></p></div>
</div>
<h2 style="margin:3em 0;"><span style="color: #ba2025;">Introduction</span></h2>
<p>Après 18 ans de répression de la lutte paysanne par la dictature militaro-entrepreneuriale qui a dirigé le pays durant 21 ans (1964-1985), se sont réunis à Goiânia, région centrale du Brésil, 30 travailleurs ruraux et 21 agents pastoraux, tous des représentants des premières actions paysannes ayant eu lieu dans le pays. La rencontre était organisée par la Commission Pastorale de la Terre (CPT), une branche de l´église catholique inspirée par la Théologie de la Libération.</p>
<p>La situation était porteuse d’espoir. La dictature chancelait, confrontée à l’échec économique et à la reprise des luttes sociales de masse dans tout le pays et particulièrement à l´émergence d´un nouveau mouvement syndical qui engendrerait de nouveaux leaders et déboucherait sur la fondation du Parti des Travailleurs (PT) et de la Centrale Unique des Travailleurs (CUT), une vigoureuse centrale syndicale sans précédent dans l’histoire du Brésil. Des contextes similaires pouvaient être observés dans tout le continent américain et caribéen, lorsque d´autres dictatures militaires, également alignées sur les États-Unis, agonisaient tandis que les luttes au Nicaragua et à Salvador éveillaient les mêmes inspirations que la Révolution cubaine les années précédentes.</p>
<p>Les paysans étaient alors une force dispersée qui réalisait des actions locales dans un pays à dimensions continentales et affrontaient non seulement la répression politique, mais aussi les conséquences de la modernisation à marche forcée de l’agriculture, fondée sur une grande mécanisation, l’utilisation intensive de pesticides et les subventions accordées aux grandes exploitations agricoles, précipitant l´exode rural. Néanmoins, des occupations de grandes propriétés foncières se produisirent dès 1979, dans quelques États, de manière isolée. La CPT contribua et participa à bon nombre d’entre elles. La réunion de Goiânia discutait de l’avenir de ces actions et finit par mettre en évidence la nécessité de créer un mouvement national et autonome de paysans afin de lutter pour la réforme agraire. Deux années de préparation furent encore nécessaires pour aboutir à la fondation, en 1984, du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil (MST), lors d’une première assemblée où 92 dirigeants étaient présents.</p>
<p>Douze ans plus tard, en 1996, le MST était présent et structuré dans toutes les régions du pays et il avait conquis des terres pour installer des milliers de familles. Ces <em>installations</em> connues comme <em>assentamentos</em><a href="#_ftn1" name="_ftnref1"><sup>1</sup></a> de réforme agraire recevaient l´appui et la solidarité de diverses organisations de la gauche brésilienne et internationale. Le MST était cependant peu connu de la majeure partie de la population urbaine du pays et ne comptait pas encore en tant que composante importante de la lutte politique.</p>
<p>Cette même année de 1996, dans l’État du Pará, en Amazonie, fut organisée une marche de milliers de paysans vers Belém pour obtenir une audience avec le gouverneur de ce même État. La marche fut stoppée, le 17 avril, à la commune d’Eldorado dos Carajás<a href="#_ftn2" name="_ftnref2"><sup>2</sup></a> et encerclée par les forces de police et des tueurs à gages recrutés par de grandes entreprises de la région. En tête du cortège se trouvait Oziel Alves, un jeune homme de 19 ans dont la tâche était d’animer le groupe en diffusant des mots d’ordre et de motivation. Ayant été identifié par la police comme l´un des leaders, Oziel fut séparé du groupe. Avant d’être exécuté, à genoux, les policiers lui demandèrent, face aux armes, de répéter ce qu’il disait au micro quelques minutes auparavant. Oziel ne trembla pas, ses dernières paroles furent : « Vive le MST ! ».</p>
<p>Oziel est l’un des 19 morts de ce qui fut depuis lors connu sous le nom de « Massacre d’Eldorado dos Carajás ». Dans les jours qui suivirent, le photographe de renommée internationale, Sebastião Salgado prit une série de photos des personnes assassinées, donnant à celles-ci une répercussion mondiale. Les photos, jointes à beaucoup d’autres, composèrent l’exposition <em>Terra</em> qui, avec la musique du chanteur compositeur Chico Buarque de Holanda et les paroles de l’écrivain José Saramago, ont circulé dans le monde entier.</p>
<p>Ce n’est cependant pas cette tragédie qui révéla le poids politique du MST mais la réponse qu’il apporta à la répression dont il avait été l’objet. L’année suivante, face à l’impunité dont bénéficiaient les coupables et à la paralysie de la réforme agraire, le MST décida en février de lancer une marche vers la Capitale Fédérale. Partant de trois points différents du pays, 1 300 personnes devaient arriver à Brasilia le 17 avril, un an exactement après le Massacre d’Eldorado dos Carajás. Le ministre du Développement Agraire de l´époque prédisait que la marche n’arriverait jamais à Brasilia. Toutefois, le jour prévu, les Sans Terre entrèrent dans la Capitale, accompagnés de 100 000 personnes. Ce fut la plus importante manifestation politique contre le gouvernement néolibéral du Président Fernando Henrique Cardoso (FHC). Cette démonstration de force et de capacité d’organisation éleva dès lors le MST au rang des principaux protagonistes de la lutte politique au Brésil<a href="#_ftn3" name="_ftnref3"><sup>3</sup></a>.</p>
<p>En 2005, le MST organisa une nouvelle marche nationale. Le Président de la République était alors Luiz Inácio Lula da Silva, allié de longue date et partisan de la réforme agraire. L’objectif était de sensibiliser le gouvernement aux changements provoqués par la financiarisation de l’agriculture et de réclamer un nouveau Plan National de Réforme Agraire<a href="#_ftn4" name="_ftnref4"><sup>4</sup></a>. Il s´agissait cette fois-ci de 15 000 marcheurs qui, chaque jour, montaient leurs tentes dans un nouvel endroit, avec cuisines, sanitaires, espaces pour les enfants qui accompagnaient leurs parents et programme d´études après la journée de marche. Une petite ville itinérante s’était ainsi formée. Pour coordonner l’organisation de la marche, une radio itinérante émettait vers les 15.000 postes de radio portés par les paysans. Après cette marche, l’armée brésilienne avait invité le MST à donner une conférence à l’École Supérieure de Guerre pour expliquer comment un mouvement populaire maîtrisait une telle capacité d’organisation<a href="#_ftn5" name="_ftnref5"><sup>5</sup></a>.</p>
<p>Tout au long de ses quatre décennies d´existence, le MST a obtenu des victoires significatives : 450 000 familles ont conquis une terre et se sont installées dans des <em>installations</em> de réforme agraire. Elles y travaillent individuellement ou au sein d’une des 185 coopératives de production, de commercialisation et de prestation de services. Par ailleurs, 1 900 associations paysannes ont été créées depuis. Une partie de la production des <em>installations</em> est mise en valeur dans 120 industries agroalimentaires. Cependant, 65 000 familles rassemblées en divers <em>campements</em> provisoires nommés <em>acampamentos</em> <a href="#_ftn6" name="_ftnref6"><sup>6</sup></a> luttent encore pour obtenir une terre<a href="#_ftn7" name="_ftnref7"><sup>7</sup></a>.</p>
<p>La longévité du MST est riche en significations. Au cours de l’histoire du Brésil aucun mouvement social paysan n’a pu survivre plus d’une décennie face au pouvoir politique, économique et militaire des grands propriétaires fonciers.</p>
<p>Il y a de nombreux éléments qui participent à la résilience du MST, notamment la solidarité nationale et internationale. Il y a aussi les éléments engendrés dans la lutte et qui méritent d’être approfondis, comme la proposition pédagogique d’Éducation dans le Mouvement, la Formation Politique, l’Organisation des Femmes, la Production Agroécologique et l’organisation de Coopératives.</p>
<p>Parmi tous ces éléments, l’Institut Tricontinental de Recherche Sociale a choisi « Les formes d’organisation et de lutte du MST » comme thème de ce dossier.</p>
<p>En effet, la force d’un mouvement populaire découle du nombre de personnes qu’il organise et de sa méthode d’organisation. L´une des raisons majeures de la résistance et de l´ascension du MST face à un rapport de forces aussi inégal réside là.</p>
<p>Comprise dans le contexte de la lutte brésilienne et sans prétendre fournir des recettes prêtes, cette expérience peut contribuer à la réflexion et à l’organisation d’autres mouvements populaires et paysans ailleurs dans le monde.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_108615" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-108615" class="size-full wp-image-108615 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/03_Duda-Oliva-1.jpg" alt="" width="552" height="780" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/03_Duda-Oliva-1.jpg 552w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/03_Duda-Oliva-1-212x300.jpg 212w" sizes="auto, (max-width: 552px) 100vw, 552px"><p id="caption-attachment-108615" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small><a href="https://www.instagram.com/dudaoliva.art/">Œuvre de </a><a href="https://www.instagram.com/dudaoliva.art/">Duda Oliva</a></small></p></div>
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<h2 style="margin:3em 0;"><span style="color: #ba2025;">La question agraire au Brésil</span></h2>
<p>Dès l’arrivée des Portugais au XVI<sup>ème</sup> siècle, le Brésil a été fondé et organisé comme un modèle de production capitaliste reposant sur de grandes propriétés terriennes, l’esclavage et la monoculture d’exportation. L’installation de ce modèle colonial portugais a provoqué, par le biais du fusil et de la croix, une violente rupture avec le mode de vie des sociétés indigènes, introduisant un concept qui n’avait aucun sens pour elles : la propriété privée des biens communs de la nature.<a href="#_ftn8" name="_ftnref8"><sup>8</sup></a></p>
<p>En 1850, face à la fin imminente de l’esclavage portée par les mouvements abolitionnistes et les rébellions des populations asservies, l’empire brésilien promulgue la première Loi sur les Terres afin d’empêcher les affranchis d’accéder à la propriété foncière, principale richesse du pays. Grâce à cette loi, la terre devient ainsi une marchandise. Le modèle dit de « plantation » – vaste propriété foncière alliée à une monoculture d’exportation basée sur la surexploitation du travail – sera l’unique constante tout au long de l’histoire du Brésil, indépendamment de son degré de souveraineté (colonie portugaise ou nation indépendante), de son régime (Monarchie ou République), ou de son système de gouvernement (parlementaire ou présidentiel).</p>
<p>Face à cette contradiction, il n’est donc pas surprenant que la question agraire ait été au centre des rébellions, des révoltes et des mouvements populaires de l’histoire du pays : depuis la résistance indigène, les rébellions des esclaves et des communautés quilombolas<a href="#_ftn9" name="_ftnref9"><sup>9</sup></a>,  jusqu’aux premiers mouvements paysans et syndicaux. Par ailleurs, l’engagement de l’État dans la défense permanente des intérêts des propriétaires fonciers et la répression des pauvres en est aussi une illustration saisissante. A titre d´exemple, alors que les populations indiennes ou réduites à esclavage étaient persécutées et combattues par des milices privées, l’armée brésilienne ne s´est pas privée d´attaquer et d´anéantir en 1897 la communauté de Canudos où 25 mille personnes vivaient en autogestion, puis, en 1916, celle du Contestado où des agriculteurs prirent les armes pour empêcher que leurs terres ne soient accaparées par une compagnie ferroviaire américaine. En 1964, un coup d’État où étaient impliqués le secteur entrepreneurial et l’armée mit un terme aux actions des Ligues Paysannes qui luttaient pour la réforme agraire.</p>
<p>Par conséquent, ainsi qu´à l´image du XX<sup>ème</sup> siècle, le Brésil du XXI<sup>ème</sup> siècle s´affiche toujours en deuxième place parmi les pays où la concentration des terres est la plus grande : 42,5% des propriétés sont sous le contrôle de 1% des propriétaires (DIEESE, 2011), alors que 4,5 millions de paysans sont considérés comme <em>sans-terres</em>.<a href="#_ftn10" name="_ftnref10"><sup>10</sup></a></p>
<p>Les ennemis de classe des sans-terres sont les grands propriétaires fonciers et les entreprises transnationales qui s´accaparent des terres pour la production de <em>commodities</em>. Cependant, une partie de la pression du mouvement populaire devait aussi se tourner vers l’État. En effet, la présente Constitution élaborée en 1988 après la période de dictature entrepreneuriale et militaire, moment où les luttes des masses populaires étaient en pleine ascension, a incorporé de nombreuses dispositions progressistes y compris à propos de la Réforme Agraire. Dans son article 184, elle stipule que les propriétés agricoles doivent remplir aussi une fonction sociale, à savoir, être productives et respecter les droits du travail et environnementaux. Si elles ne répondent pas à ces exigences, elles peuvent être expropriées à des fins de réforme agraire par l’État qui doit indemniser le propriétaire y installer des familles sans terre. Ces terres deviennent alors des propriétés publiques.</p>
<p>Au cours des dernières décennies la nature du <em>latifundium</em> s’est vue beaucoup transformée, migrant vers le modèle agricole nommé <em>Agrobusiness</em>. La grande propriété foncière improductive et archaïque, utilisée comme mécanisme de spéculation, a été absorbée par de gros investissements du capital financier international qui contrôle l’ensemble de la chaîne rurale de production, depuis les semences jusqu’à la commercialisation de produits agricoles transformés industriellement. En 2016, vingt groupes étrangers contrôlaient 2,7 millions d’hectares au Brésil (MARTINS, 2020). Ce contrôle est venu intensifier le développement de la monoculture exportatrice, maintenant transformée en production de <em>commodities – </em>denrées primaires commercialisées à grande échelle, selon un unique standard mondial – utilisées comme actifs financiers spéculatifs cotés en bourse. En 2021 cinq cultures (soja, maïs, coton, canne à sucre et élevage bovin) occupaient 86% de toute la surface agricole au Brésil et représentaient 94% en volume et 86% en valeur de la production agricole totale<a href="#_ftn11" name="_ftnref11"><sup>11</sup></a>.  Par ailleurs, l’<em>agrobusiness</em> se vaut de l´utilisation massive de pesticides, ce qui a fait du Brésil le plus gros consommateur de pesticides au monde, avec une consommation record de 130 mille tonnes en 2023<a href="#_ftn12" name="_ftnref12"><sup>12</sup></a>.</p>
<p>Ce pouvoir économique de l’<em>agrobusiness</em> s’invite aussi au sein du pouvoir politique où ses représentants ont occupé des postes ministériels dans tous les gouvernements au cours des trois dernières décennies. Au Congrès National, le Groupe Parlementaire Ruraliste rassemble, au-delà des partis, des parlementaires défendant les intérêts du secteur : 324 députés (61 % de la Chambre) et 50 sénateurs (35 % du Sénat)<a href="#_ftn13" name="_ftnref13"><sup>13</sup></a>.</p>
<p>Ce pouvoir est suffisamment puissant pour imposer des lois de déréglementation environnementale et territoriale et pour mobiliser en deux décennies quatre Commissions Parlementaires d’Enquête (CPI) visant le MST. Aucune autre organisation populaire dans l’histoire du Brésil n’a fait l’objet d’autant de tentatives de criminalisation de la part du Parlement. La première Commission a été créée pendant le premier gouvernement du Président Lula pour empêcher le Pouvoir Exécutif d’affecter des financements publics à la réforme agraire et l’obliger à restreindre ses relations avec le Mouvement, tout en criminalisant la lutte pour la terre. La dernière, en 2023, avait des objectifs similaires – faire pression à nouveau sur le récent gouvernement formé par Lula – mais a eu un effet inverse. Les parlementaires qui dirigeaient la commission faisaient partie du noyau le plus radical du gouvernement de l’ancien Président Jair Bolsonaro. Le MST, de son côté, avait renforcé sa notoriété par les actions de solidarité qu’il avait conduites durant la pandémie de Covid-19. De sorte que non seulement la CPI n’a pas obtenu le soutien politique et médiatique escompté, ne réussissant pas à adopter un rapport final, mais la solidarité avec le MST s’est trouvée renforcée.</p>
<p>Enfin, l’emprise de l’<em>agrobusiness</em> sur la société brésilienne combine, d’une part, les méthodes sophistiquées d´une puissante industrie culturelle allant de la télévision, à la musique, avec, d’autre part, des méthodes archaïques de violence et de répression. L’enquête annuelle de la CPT sur les Violences en Milieu Rural de 2022 a enregistré 2 018 conflits sociaux en milieu rural et 47 meurtres liés à des questions foncières ou environnementales.</p>
<p>En 1995, lors de son Troisième Congrès National, le MST approuvait son premier Programme de Réforme Agraire dans lequel il présentait sa vision de la lutte des classes au sein du milieu rural brésilien et un ensemble de propositions pour transformer la structure foncière et les conditions de vie à la campagne. En 2015, ce programme a été mis à jour avec l’introduction d’un important changement théorique et structurel. Alors que les partis politiques et les milieux académiques appréhendaient de façon équivoque la véritable nature de l’<em>agrobusiness</em> au Brésil – au point de saluer son impact, l´approche construite collectivement par les militants du MST dévoila l´<em>agrobusiness</em> comme le reflet du capital financier transnational dans le monde agricole visant la production de<em> commodities</em>. Le MST allait même plus loin en soulignant que la présence de l’<em>agrobusiness</em> – et ses liens avec l’État – entravaient une réforme agraire classique, dans les jalons du capitalisme, permettant la distribution ou la démocratisation de l’accès à la terre.</p>
<p>Dans ce contexte, le MST fut amené à redéfinir sa stratégie et son programme, ce qui se traduisit par l’élaboration d´un nouveau concept : la Réforme Agraire Populaire. A la distribution de la terre aux paysans, la Réforme Agraire Populaire ajoute la nécessité de produire des aliments sains pour toute la population et donc d’orienter le modèle technologique vers l’agroécologie et la préservation des biens communs de la nature. Ce changement implique une plus grande alliance avec les travailleurs urbains qui sont les premiers bénéficiaires de l’accès à une alimentation saine et bon marché. En effet, la Réforme Agraire va au-delà des intérêts des paysans et doit être présentée comme une politique au bénéfice de toute la société, du fait qu´elle travaille en faveur de la souveraineté alimentaire, qu´elle offre la possibilité de créer des emplois, d´engendrer des revenus et participe à la lutte contre la catastrophe environnementale.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_108625" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-108625" class="size-full wp-image-108625 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/04_Vienno-1.jpg" alt="" width="552" height="780" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/04_Vienno-1.jpg 552w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/04_Vienno-1-212x300.jpg 212w" sizes="auto, (max-width: 552px) 100vw, 552px"><p id="caption-attachment-108625" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small><a href="https://www.instagram.com/fabriciorgl/">Œuvre de </a><a href="https://www.instagram.com/vienno_/">Vienno</a></small></p></div>
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<h2 style="margin:3em 0;"><span style="color: #ba2025;">Formes de lutte et formation de la conscience</span></h2>
<p>Le MST est né avec trois objectifs : Lutter pour l’accès à la Terre, c’est-à-dire pour que les familles organisées dans le Mouvement obtiennent suffisamment de terres pour vivre dignement de leur travail ; Lutter pour la Réforme Agraire, c’est-à-dire pour la réorganisation de la propriété et de l’usage de la terre et enfin Lutter pour la Transformation Sociale.</p>
<p>Pour atteindre ses objectifs, il s’est défini et organisé dès le début comme « un Mouvement des Masses Populaires, à caractère Syndical, Populaire et Politique ». Mouvement des <em>masses </em>parce qu’il savait que le rapport des forces ne pouvait être modifié en sa faveur qu’avec un grand nombre de personnes organisées ; <em>populaires</em> parce qu’il était ouvert à toute personne décidée à se battre pour avoir une terre et la travailler ; <em>syndical,</em> parce que la lutte pour la réforme agraire a aussi une dimension économique, en faveur des conquêtes concrètes et immédiates ; mais aussi <em>politique</em> parce qu’il sait que la réforme agraire ne pourra être obtenue qu’avec une transformation structurelle de la société.</p>
<p>De plus, le MST est un mouvement national en ce sens qu’il est implanté dans 24 des 26 États du Brésil ce qui le différencie des mouvements antérieurs. Ceux-ci, ne pouvant monter que des actions locales ou régionales, étaient isolés et faciles à réprimer. Présent sur la majeure partie du territoire, le MST est en mesure de répercuter les luttes locales au niveau national, d’apporter un soutien à celles qui sont plus fragiles et d’amplifier leur impact.</p>
<p>C’est ainsi que la consolidation et la force du MST est due au nombre de personnes organisées dans le mouvement.</p>
<p>Ainsi, même s’il dispose de beaucoup de formes d’organisation, selon chaque réalité et chaque localité, ce qui est fondamental dans sa méthode d’organisation est de mettre les personnes en mouvement, dans la lutte. C´est par ailleurs par la lutte, qu´il ira développer leur conscience politique et sociale.</p>
<p>La première forme de lutte du Mouvement, est l’occupation de terres. Préalablement ou pendant l’occupation, le MST organise des <em>campements</em> de familles sans terre. Leur regroupement se fait en fonction des territoires sur lesquels elles vivent, en organisant des réunions suite aux visites faites par les militants du travail de base. Dès ce moment, les familles participent à l’organisation du futur <em>campement</em> : chercher des bâches pour les cabanes, des moyens pour transporter les familles sur le lieu de l’occupation, etc. En somme, créer les conditions d’installation de la future occupation.</p>
<p>Les <em>campements</em> remplissent le même rôle que les usines pour la constitution des luttes ouvrières aux XIX<sup>ème</sup> et XX<sup>ème</sup> siècles. La réunion d’un nombre important de paysans dans un lieu où ils surmontent l’isolement géographique, offre la possibilité de tissage de relations de coopération et de sociabilité.</p>
<p>A leur entrée dans le <em>campement</em>, les familles sont organisées en noyaux de base de 10 à 20 personnes. C’est un petit nombre afin que les membres puissent se connaître et éviter l’infiltration par des inconnus. De plus, quand on est en petits groupes, plus de personnes peuvent débattre et donner leur avis sur les questions d’organisation politique du <em>campement</em>. Dans un noyau de base, tout le monde a droit à la parole, y compris les enfants. Dans le <em>campement</em>, les tâches doivent être organisées et distribuées collectivement : chercher l’eau et du bois, organiser la distribution de dons de nourriture, monter les cabanes, mettre en place la sécurité du camp, assurer l’éducation des enfants etc. Ces tâches font l’objet d’une organisation en secteurs, les noyaux de base fournissant les équipes des secteurs. C’est à dire que chaque noyau de base envoie un participant dans chaque équipe de travail de chaque secteur. De cette manière, tous et toutes participent à la vie politique, aux débats, à la vie organisationnelle, aux tâches. Toujours collectivement.</p>
<p>Quel que soit le nombre de personnes concernées, les réunions des noyaux et des secteurs d’activité sont toujours organisées préalablement. L’ordre du jour est défini, la coordination est assurée par un homme et une femme. Un rapporteur est désigné pour consigner les décisions afin qu’elles puissent être entérinées par les membres du noyau.</p>
<p>Lorsque les débats portent sur des décisions concernant l’ensemble du <em>campement</em>, les avis des noyaux sont portés par ses coordinateurs à l’espace de coordination du campement. S’il n’y a pas de consensus, les discussions reviennent au niveau des noyaux de base, avec des apports nouveaux et des questions, pour tenter d’élaborer une synthèse et de prendre les décisions collectivement.</p>
<p>Dans ces <em>campements</em> et dans les occupations de terres, il est fréquent d’organiser des assemblées générales pour prendre des décisions collectives, comme occuper ou non un latifundium, reculer ou non dans une lutte. Mais cette pratique n’est efficace que lorsque tous les participants ont une bonne compréhension des enjeux et que les options à départager sont limitées, par exemple lancer ou non une occupation, résister ou non dans une situation d’expulsion. Elles ne sont donc ni la principale ni la plus commune des formes de participation dans le Mouvement.</p>
<p>Quand la terre est conquise, l’occupation prend le nom <em>d’assentamento</em> ou d´<em>installation</em> de réforme agraire et les familles continuent d’être organisées par le Mouvement. Cela a été un des premiers défis du MST : comment maintenir organisées les familles qui avaient atteint une partie de leurs objectifs avec la conquête de la terre ?  Une partie de la sociabilité et de la coopération qui existaient dans <em>le campement</em> se perdent au cours de cette transition. C’est pourquoi des initiatives sont prises pour maintenir les <em>assentados</em> ou <em>installés</em> en mouvement<em>.</em></p>
<p>Premièrement, les années de vie et de lutte dans les <em>campements</em> produisent une identité.  Les travailleurs organisés par le MST s’identifient eux-mêmes comme Sans Terre (en majuscules).  Cette identité perdure même après la conquête de la terre. Cette identité signifie partager des histoires de luttes, s’identifier avec les familles encore <em>campées</em> et partager des valeurs comme l’internationalisme ou la solidarité qui sont cultivées dans les luttes.</p>
<p>L’organisation du territoire conquis fait apparaître de nouvelles demandes et des luttes pour le crédit rural, l’éducation, la santé, la culture, la communication, etc. Pour obtenir ces nouvelles revendications, le MST maintient sa forme d’organisation. L’organisation de l’<em>installation</em> est identique à celle du <em>campement</em> : noyaux de base de 10 à 20 familles, regroupées par voisinage, avec la participation de toutes les familles. Ces noyaux sont organisés de nouveau avec un homme et une femme à la coordination, la préparation des réunions, l’enregistrement des décisions, avec un mouvement ascendant et descendant des discussions et débats des noyaux vers la coordination et vice-versa. À chaque niveau organisationnel – <em>campement</em>, <em>installation</em>, région, État et national – une instance de direction collective est mise en place.</p>
<p>Le MST n’a pas et n’a jamais eu de Président ni de poste équivalent sur lequel se concentreraient les décisions politiques et qui aurait un autre statut que celui de simple militant. Toutes les instances du Mouvement, de la base à la Direction Nationale, fonctionnent collectivement et avec des mandats de deux ans afin d’éviter le centralisme et le personnalisme. Cette règle vise à faciliter la division des tâches : chacun doit avoir, à un degré plus ou moins élevé, des responsabilités au sein de l’organisation pour prévenir une centralisation excessive et une surcharge des militants.</p>
<p>Comme dans les <em>campements</em>, il y a des équipes pour les tâches du quotidien dans l’<em>installation</em>. Les nouvelles demandes sont distribuées entre les équipes : éducation, santé, organisation économique, etc. Plus la réalité est complexe, plus les équipes s’étoffent et montent en compétence. Elles se regroupent par secteurs d’activité au niveau des États et au niveau national pour planifier et exécuter des tâches diverses et spécialisées : Production, Front de masse, Education, Formation, etc. Dans le domaine de l’éducation par exemple, tous les éducateurs et les personnes impliquées dans l’éducation d’un regroupement de communes forment un Secteur d’éducation qui élabore des propositions pédagogiques et intervient dans la vie scolaire des territoires.  De la même façon, dans le domaine de la production, les militants organisent la vie économique, les coopératives, ainsi que les techniques de culture agroécologique. Et ainsi de suite.</p>
<p>Dans ces collectifs, la nature et les façons d’être et de vivre des personnes présentes – LGBT, jeunes, par exemple – sont reconnus et pris en considération, ce qui n’a probablement pas d’équivalent dans d’autres organisations paysannes. Un autre exemple de participation est fourni par les activités et les rencontres avec les « Sem Terrinhas », les « Petits Sans Terre », les enfants des territoires de réforme agraire. En juillet 2018, la première Rencontre Nationale des « Sem Terrinhas » a réuni plus de mille enfants dans un <em>campement </em>d’étude, de jeux et de lutte dans la capitale fédérale, Brasília.</p>
<p>De nouveau, l’essentiel est de réunir les gens, de créer des espaces de discussion collective et de les mettre en mouvement par la lutte et la coopération.</p>
<p>Bien que les occupations de terres aient fait la réputation du MST, d’autres façons de lutter sont utilisées en fonction des besoins et des circonstances : marches – parfois nationales comme en 1997 et 2005, occupations de bâtiments publics, barrages routiers, grèves de la faim, etc.</p>
<p>C’est l’action concrète et la lutte qui permettent que la conscience politique dans les <em>campements</em> et <em>installations</em> ne s’assoupisse pas. Par exemple, la solidarité est, pour le MST, une des valeurs humaines et socialistes majeures et en ce sens elle ne doit pas s’exprimer seulement par la rhétorique ou le discours. Pendant la pandémie de Covid-19 par exemple, le Mouvement a fait don plusieurs tonnes de nourriture dans tout le pays par l’intermédiaire de l’organisation des Cuisines, Jardins et Communautés Solidaires. En décembre 2023, le MST a envoyé 13 tonnes de nourriture aux victimes des attaques israéliennes dans la bande de Gaza. L’organisation de ces actions exige des discussions avec les familles, une planification de la production, l’organisation de la logistique, etc. Dans ce processus, les familles découvrent concrètement d’autres réalités, en particulier urbaines, collaborent pour atteindre leurs objectifs et font l’expérience, par la pratique, du sens de ces valeurs.</p>
<p>Il y a d’autres mises en application des valeurs du MST : ce sont les coopératives, où la coopération se fait dans le travail et la répartition des bénéfices, mais aussi l’organisation d’<em>agrovilas</em><a href="#_ftn14" name="_ftnref14"><sup>14</sup></a>, qui réunissent les personnes en noyaux d’habitats groupés, au lieu de l’isolement rural, et la mise en commun de tâches domestiques : cuisines collectives, crèches pour les enfants.</p>
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<div id="attachment_108635" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-108635" class="size-full wp-image-108635 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/05_Nicolas-1.jpg" alt="" width="552" height="780" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/05_Nicolas-1.jpg 552w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/05_Nicolas-1-212x300.jpg 212w" sizes="auto, (max-width: 552px) 100vw, 552px"><p id="caption-attachment-108635" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Œuvre de <a href="https://twitter.com/U_NicoAntunez">Nicolas Antunez</a></small></p></div>
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<h2 style="margin:3em 0;"><span style="color: #ba2025;">Principes organisationnels du MST</span></h2>
<p>En tant que mouvement national de masses, le MST adopte l’autonomie au niveau des États, régions et territoires où il se trouve. Ainsi, chaque groupe de familles organisées, en <em>installation </em>ou en <em>campement</em>, dispose d’autorité pour prendre les décisions adéquates à sa réalité. Toutefois l’<strong>Unité</strong> est indispensable pour que ce mécanisme fonctionne avec autonomie et uniformité dans ses formes d’organisation. Cela n’est possible que parce que, depuis sa fondation en 1984, le Mouvement Sans Terre a établi quelques caractéristiques d’organisation qui déterminent l’identité du Mouvement</p>
<p>Ces principes organisationnels sont les valeurs, le mode d’organisation et les objectifs pour lesquels un mouvement populaire est prêt à lutter. Ils définissent l’identité et l’unité d’une organisation dans la mesure où la disparition d´un de ces principes serait capable de la dénaturer. Au cours de ces quatre décennies d´existence, ces caractéristiques n’ont pas changé dans leur essence, mais elles ont pu se radicaliser pour augmenter la participation et élever le niveau de conscience du mouvement de masse.</p>
<p>L’un de ces principes est l’autonomie par rapport aux Partis Politiques, aux Églises, aux Gouvernements et à tout autre institution. Le MST est autonome par rapport aux autres organisations et c´est ce qui lui permet d´établir librement son agenda politique. Cela ne signifie pas que le MST ne travaille pas avec des partis politiques ou des organisations religieuses, évidemment, mais il s’agit dans ce cas de relations fraternelles entre partenaires égaux, sans subordination. C´est ainsi que le MST peut se forger une lecture de la réalité, de la lutte pour la terre et établir des tactiques à partir de sa propre perception et des demandes des familles organisées.</p>
<p>Comme on l’a vu précédemment, pour que le Mouvement soit populaire et de masse, il est nécessaire qu’il ait comme principe organisationnel la <em>Participation</em>. C’est d’ailleurs un bon exemple de comment le principe peut être amplifié, radicalisé dans sa nature, tout en préservant son essence. À l’origine, les hommes occupaient la plupart des instances de coordination. Progressivement les femmes – qui ont toujours été présentes dans les luttes – se sont organisées, en particulier au sein du Collectif des Femmes. Elles ont organisé des <em>campements de formation politique</em>, entrepris des actions directes contre des firmes transnationales, créé des lieux d’étude au sujet des relations de genre et le capitalisme, etc. Ces actions ont provoqué un élargissement du principe de participation quand, à la fin des années 1990, le Mouvement a décidé que toutes les fonctions de direction et de représentation devraient être occupées par un homme et une femme. Le nombre de femmes dans les instances de coordination a pratiquement doublé, reflétant le poids qu’elles ont de fait dans le mouvement. Ce mécanisme a renforcé un autre principe, celui de la Direction Collective.</p>
<p>Afin que les principes de Participation et Direction Collective fonctionnent, la discipline est nécessaire. Pour le MST, discipline signifie respecter les décisions collectives, les lignes politiques et les appliquer. Il y a rarement de vote au MST, le plus souvent, on arrive à construire un consensus dans les décisions. Lorsqu’il y a une difficulté pour trouver un consensus sur un sujet, le débat revient aux noyaux de base et aux coordinations jusqu’à ce que les décisions soient mûres et alors, après définition de la ligne d’action, tous les membres du mouvement la suivent et la mettre en œuvre. La discipline est l’application des décisions collectives.</p>
<p>Une caractéristique commune aux mouvements sociaux est la construction de leurs stratégies et tactiques à partir de leur propre pratique. Sans action et pratique, il n’y a pas de mouvement populaire. Pour autant, pour avoir une lecture permanente de la réalité, la pratique seule ne suffit pas. C’est pour cela que le MST considère l´accès au savoir et les études comme un autre principe organisationnel.</p>
<p>En matière de scolarisation il incite et organise les familles <em>campées</em> ou <em>installées</em> à se battre pour que des écoles soient créées sur leurs lieux de vie. Plus de 2000 écoles publiques ont ainsi été créées dans les zones de réforme agraire suite aux pressions sur les autorités locales. Plus de 50 000 personnes, jeunes et adultes, ont appris à lire et à écrire grâce aux initiatives du MST ou en partenariat avec les pouvoirs publics locaux.</p>
<p>Une autre dimension de l’étude est celle de la formation politique, par différents moyens : publication de livres et de brochures, formations dans les noyaux familiaux de base, cours, etc., et qui sont, d’une certaine manière, synthétisés dans l’expérience de l’Ecole Nationale Florestan Fernandes, l’école de formation politique du MST. C’est une des écoles de formation de l’Assemblée Internationale des Peuples, réseau qui regroupe des organisations populaires, des mouvements sociaux, des partis politiques et des syndicats dans le monde entier.</p>
<p>L’ENFF a été inaugurée le 23 janvier 2005 et elle rend hommage au sociologue et homme politique brésilien Florestan Fernandes dont elle porte le nom. Elle est devenue une référence internationale par le fait que la pratique et la théorie politique y sont intimement liées. Des militants, des dirigeants et des cadres d’organisations populaires de divers pays, engagés dans la lutte pour transformer la société, viennent approfondir leurs connaissances des classiques de la théorie politique nationale et internationale. Les cours peuvent durer d’une semaine à trois mois et sont dispensés par des enseignants et des intellectuels bénévoles. L’ENFF propose également des formations ciblées sur divers sujets : question agraire, marxisme et féminisme/diversité. Les professeurs et les élèves viennent de divers pays, essentiellement d’Amérique latine, la « Florestan Fernandes » comme on l’appelle, favorise les échanges culturels et politiques entre les mouvements populaires, ainsi qu’une formation sur le panorama économique et social mondial, vu sous l’angle de la classe des travailleurs.</p>
<p>Cette école a été, au sens propre, construite par les travailleurs sans terre de tout le pays, organisés en brigades bénévoles. Les financements ont été collectés par des comités de soutien nationaux et internationaux et par le don des droits d’auteur de Sebastião Salgado, Chico Buarque et José Saramago sur l’exposition Terra.</p>
<p>D’autres écoles ont été créées par le MST : l’Institut d’Éducation Josué de Castro, spécialisé dans la formation de jeunes gestionnaires de coopératives, l’École Latino-Américaine d’Agroécologie (ELAA) et l’Institut Educar, dans la région sud du pays ; l’École Populaire d’Agroécologie et Agroforesterie Egidio Brunetto, dans le Nordeste ; et l’Institut d’Agroécologie Latino-Américaine (IALA, en espagnol et portugais) en région amazonienne.</p>
<p>Un des résultats des efforts pour démocratiser l’accès à la connaissance a été la mise en œuvre du Programme National d’Education pour la Réforme Agraire (PRORENA), une politique publique du gouvernement fédéral conquise après la Marche nationale de 1997.</p>
<p>La création de formations adaptées aux travailleurs sans terre, y compris de premiers et seconds cycles universitaires a été encouragée. Plus de 100 conventions ont été conclues avec des universités publiques qui ont permis à des étudiants d’origine paysanne d’accéder à des cours d’agronomie, de vétérinaire, de soins infirmiers, à des formations d’éducateurs, entre autres. C’est une façon de faire entrer des membres du MST dans un espace généralement élitiste qui leur est traditionnellement inaccessible, tout en obligeant l’université à ouvrir ses portes à des militants porteurs d’expériences et de connaissances issues de leur fort engagement dans des luttes sociales.</p>
<p>Une des principales valeurs portées par le MST est l’Internationalisme, entendu comme valeur et comme stratégie. Le capitalisme, en tant que système mondial, a adopté l’ensemble du globe comme champ de bataille et par conséquent, la résistance qu’on lui oppose doit également être mondiale.</p>
<p>Le MST fait partie de mouvements paysans comme la Via Campesina et la Coordination Latino-américaine des Organisations rurales (CLOC) et il participe à d’autres dynamiques plus englobantes comme l’Alba Movimientos et l’Assemblée Internationale des peuples.</p>
<p>Cependant, l’internationalisme ne se limite pas à des espaces de rencontres et des réunions internationales. Comme principe d’organisation, il doit aussi se matérialiser en actions, depuis les simples manifestations de solidarité de la part des familles <em>campées</em> et <em>installées</em> en faveur des peuples en lutte, jusqu’à la création de Brigades Internationalistes, composée de militants du mouvement. Celles-ci interviennent sur des missions d’échanges dans les domaines de l’agroécologie, la production, l’éducation ou la formation. Elles existent depuis 2006 et concernent ou ont concerné les pays suivants : Venezuela, Haïti, Cuba, Honduras, le Salvador, Bolivie, Paraguay, Guatemala, Timor Oriental, Chine, Mozambique, Afrique du Sud et Zambie.</p>
<p>La plus ancienne d’entre elles, la Brigade Apolônio de Carvalho – en hommage à un militant communiste brésilien qui a combattu dans la Guerre civile espagnole et la Résistance française – est active au Venezuela dans le domaine de la formation politique et de l’agroécologie. La Brigade Jean-Jacques Dessalines intervient de la même manière en Haïti où elle était présente avant l’année 2010, date du tremblement de terre qui a détruit le pays. En Zambie, la Brigade Samora Machel est active dans les domaines de l’agroécologie et de l’alphabétisation des paysans. En Palestine, tous les deux ans, la Brigade Ghassan Kanafani participe à la récolte des olives dans les territoires menacés par les colons israéliens.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_108646" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-108646" class="size-full wp-image-108646 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/06_Fabricio-1.jpg" alt="" width="559" height="780" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/06_Fabricio-1.jpg 559w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/06_Fabricio-1-215x300.jpg 215w" sizes="auto, (max-width: 559px) 100vw, 559px"><p id="caption-attachment-108646" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Œuvre de <a href="https://www.instagram.com/fabriciorgl/">Fabrício Range</a></small></p></div>
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<h2 style="margin:3em 0;"><span style="color: #ba2025;">L’avenir de la lutte pour la terre au Brésil</span></h2>
<p>Le nouveau Programme Agraire du MST, élaboré en tenant compte des contradictions et des impératifs des luttes en milieu rural, fournit l’orientation de la lutte pour la terre, non seulement au Brésil, mais dans tout le Sud Global. Quelques-uns de ses principaux aspects sont développés ci-dessous.</p>
<p><strong><em>La lutte pour la terre est de plus en plus internationale</em></strong><em>.</em> L´énorme concentration des revenus et des terres engendrée par le capital financier est telle que 87 sociétés basées dans 30 pays contrôlent à elles seules l’ensemble de la chaîne de production agricole<a href="#_ftn15" name="_ftnref15"><sup>15</sup></a>.Ces sociétés transnationales menacent les biodiversités et les traditions [alimentaires] locales du fait de la standardisation des aliments qu’elles imposent. De plus, elles déterminent les prix à l’échelle mondiale et interviennent dans les législations et les droits nationaux. C´est la raison pour laquelle la résistance paysanne doit être elle aussi articulée au niveau international au moyen de programmes, d’actions conjointes, de pressions sur les organismes multilatéraux et surtout de par son opposition permanente à ces transnationales, sur tous les territoires.</p>
<p><strong><em>La lutte pour la terre est une lutte technologique</em></strong>. L’<em>agrobusiness</em> se caractérise aussi par la diffusion à grande échelle d’OGMs et par l’utilisation intensive de pesticides. Il s’agit de pratiques « technologiques » inhérentes au modèle de l’agrobusiness qui, sans elles, serait incapable de gérer des monocultures à l’échelle mondiale. Il en résulte qu´un modèle d’<em>agrobusiness</em> “vert” ou “durable” n´est rien de plus qu´une pub marketing du secteur. Le dépassement de ce modèle exige le renforcement et la massification de l’agroécologie, la restauration des sols et de la biodiversité, l’appropriation et la diffusion de nouvelles techniques et technologies de production et de préservation de l’environnement, la production de machines, équipements et outils agricoles adaptés aux besoins de l’agriculture paysanne.</p>
<p>La technologie n´est pas seulement présente dans la production agricole. Les fusions et acquisitions et la concentration financière, caractéristiques des mouvements de capitaux financiers, ont rapproché le monde de la finance des entreprises de technologie, les entreprises financières et les entreprises de l’<em>agrobusiness</em> (voir le Dossier n° 46 – Big Techs et lutte des classes <a href="#_ftn16" name="_ftnref16"><sup>16</sup></a> ), leur permettant de fixer le standard technologique des équipements agricoles, de s’approprier et de conserver des milliers de données de la nature qui restent « prisonnières » dans l’infrastructure <em>cloud</em> contrôlée par le Nord global.</p>
<p><strong><em>La lutte pour la terre est une lutte pour l’Alimentation.</em></strong> La pandémie de Covid-19 a montré comment les sociétés transnationales ont profité de la crise mondiale pour augmenter superficiellement les prix des aliments et s’enrichir par la spéculation. Soumettre les aliments à la loi du marché a aussi pour conséquence de réduire les cultures traditionnelles ou locales au profit des <em>commodities</em> mieux acceptées sur le marché. Des cultures comme le soja, destinées à la fabrication de carburant ou d’aliments pour animaux <a href="#_ftn17" name="_ftnref17"><sup>17</sup></a> ont transformé d’anciens secteurs de cultures alimentaires en déserts de monoculture. Sans compter que la vente anticipée des récoltes en bourse entraine le risque de générer des crises alimentaires. Non seulement le modèle d’<em>agrobusiness</em> ne recule pas et complique l’accès à la nourriture, mais il produit des aliments de mauvaise qualité contenant des résidus de pesticides.</p>
<p><strong><em>La lutte pour la terre est une lutte pour l’environnement</em></strong>. Du fait de la déforestation à grande échelle qu´il provoque, le modèle de l’<em>agrobusiness</em> est l’un des grands responsables de la catastrophe climatique et environnementale en cours, à la place des forêts viennent s´installer, soit de grandes cultures de <em>commodities,</em> soit la pratique de l’élevage extensif, elle-même à l´origine de l´émission de grandes quantités de carbone. Entre autres impacts environnementaux négatifs immédiats, il est aussi un gros consommateur d’eau, souvent peu soucieux de la réglementation, entamant la biodiversité des sols et provoquant la disparition de certaines variétés de plantes et de semences traditionnelles.</p>
<p>L´association de la lutte pour la terre avec la lutte pour l’environnement exige de dénoncer les fausses solutions du capitalisme vert, à l´image du marché du crédit carbone. Dans ce contexte, une des initiatives avec un effet pratique et immédiat et une dimension nationale est l’objectif de planter 100 millions d’arbres dans les années à venir. Au cours des quatre dernières années, 25 millions d’arbres ont déjà été plantés par le Mouvement.</p>
<p>Un bon exemple de la façon dont le MST combine les luttes environnementales, technologiques et alimentaires est fourni par l´organisation d´un groupe de familles <em>installées</em> dans la région métropolitaine de Porto Alegre, dans le sud du pays. Il s’agit de la plus importante production de riz agroécologique d’Amérique latine. Ce sont plus de mille familles qui produisent, individuellement ou dans des coopératives locales, mais qui sont toutes regroupées dans une coopérative centrale. Celle-ci fournit l’assistance technique, se charge de la transformation agroindustrielle et de la commercialisation du produit. Les familles participent aussi bien à la gestion technique, en tant que responsables de la supervision et certification agroécologique, qu’à la gestion économique et politique. Cette production de riz bio est devenue le symbole de la capacité de l’agroécologie à produire à grande échelle et signe l’engagement du MST en faveur d’une alimentation saine et solidaire ; le Mouvement faisant don d’importantes quantités de grains, soit à des cuisines communautaires urbaines de la région, soit à d´autres pays.</p>
<p><strong><em>La lutte pour la terre est un combat culturel.</em></strong> La consolidation du modèle hégémonique de l´<em>agrobusiness </em>ne repose pas uniquement sur le contrôle économique et technologique, la diffusion des valeurs néolibérales et la défense du « mode de vie » de l’<em>agrobusiness</em> y contribuent aussi. L’industrie culturelle et ses innombrables rouages s’y prête volontiers : publicité à la télévision, parrainage et financement de médias, organisation de spectacles, rémunération d’artistes qui glorifient les latifundiums et la monoculture. La construction d’un modèle contre-hégémonique d’agriculture, où l’agroécologie, la coopération et l´accès au savoir viendraient remplacer la monoculture, l’individualisme et l’ignorance, implique des transformations dans le mode de production agricole et dans les relations sociales du monde rural.</p>
<p>D´autre part, l’agroécologie est devenue une alliée dans la défense d´un modèle agricole alternatif qui prenne en compte l’environnement, la santé, le savoir populaire scientifique et la diversité de la culture populaire. Le Collectif de Culture du MST est un exemple de comment ceci peut se matérialiser. Grâce à des groupes de travail en littérature, théâtre et arts plastiques, ce Collectif s´efforce de produire et renforcer une culture propre, et accomplit un travail important dans sa relation avec la société, en organisant des Festivals de la Réforme Agraire dans les États. Ces Festivals mêlent des foires alimentaires et des activités culturelles, auxquelles participent des musiciens du MST et des artistes qui soutiennent la lutte. Ils reproduisent localement l’expérience réussie des Foires Nationales de la Réforme Agraire organisées à São Paulo dont l´édition plus récente en 2023 a vu passer plus de 320 000 visiteurs.</p>
<p>Enfin, <strong>la lutte pour la terre fait partie et dépend de l´ensemble de la lutte des travailleurs</strong>. Seuls, les paysans ne sont pas assez forts pour affronter les grandes entreprises transnationales qui contrôlent l’agriculture. Pour les vaincre, un puissant mouvement de masse s´impose ; de plus, les défaites de ces grandes entreprises et du capital financier ouvriraient des fenêtres d’opportunités pour un projet socialiste. En d’autres termes, vu que le stade actuel du capitalisme est arrivé à son potentiel maximum, chaque défaite infligée à ce modèle peut et doit nécessairement être anticapitaliste et donc contribuer, depuis le monde rural ou en alliance avec les travailleurs urbains, à la construction d’un projet d’émancipation humaine.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_108656" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-108656" class="size-full wp-image-108656 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/07_Natalia-1.jpg" alt="" width="552" height="780" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/07_Natalia-1.jpg 552w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/04/07_Natalia-1-212x300.jpg 212w" sizes="auto, (max-width: 552px) 100vw, 552px"><p id="caption-attachment-108656" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Œuvre de <a href="https://www.instagram.com/nataliagregorini/">Natália Gregorini</a></small></p></div>
</div>
<hr class="single-post--content--separator-section single-post--content--separator-section-end">
<h3 class="single-post--content--citations-title" style="margin:2em 0;"><span style="color: #ba2025;">Notas</span></h3>
<div class="single-post--content--citations-block">
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1"><sup>1</sup></a><em>Assentamento</em> : territoire organisé par un groupe de familles paysannes dans le cadre de la Réforme Agraire, après attribution de la terre par l’Etat. Dans la suite du texte, nous utiliserons le terme <em>installation</em> en français.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2"><sup>2</sup></a>580 km au sud de Belém.</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3"><sup>3</sup></a> <a href="https://mst.org.br/nossa-hist%C3%B3ria/97-99.%20">https://mst.org.br/nossa-história/97-99. </a></p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4"><sup>4</sup></a> Le premier Plan National de Réforme Agraire a été annoncé par le premier gouvernement civil après la dictature militaro-entrepreneuriale en 1985 et n´a jamais été exécuté.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5"><sup>5</sup></a> <a href="https://mst.org.br/2006/07/19/stedile-faz-palestra-na-escola-superior-de-guerra">https://mst.org.br/2006/07/19/stedile-faz-palestra-na-escola-superior-de-guerra</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6"><sup>6</sup></a><em>Acampamento</em> : territoire occupé par un groupe de familles qui y installent un campement pour obtenir l’accès à la terre. Dans la suite du texte, nous utiliserons le terme <em>campement.</em></p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7"><sup>7</sup></a> <a href="https://mst.org.br/nossa-producao">https://mst.org.br/nossa-producao</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref8" name="_ftn8"><sup>8</sup></a>Avant l’arrivée des Portugais, vivaient au Brésil 5 millions de personnes divisées en communautés villageoises, utilisant collectivement un territoire pour la chasse, la pêche, la collecte et l’horticulture. Voir MAESTRI (2005).</p>
<p><a href="#_ftnref9" name="_ftn9"><sup>9</sup></a> Quilombo : communauté clandestine d’esclaves fugitifs.</p>
<p><a href="#_ftnref10" name="_ftn10"><sup>10</sup></a>Pour une analyse plus détaillée de la question agraire au Brésil, voir notre Dossier n.º 27: <a href="https://dev.thetricontinental.org/pt-pt/dossie-27-terra/">https://dev.thetricontinental.org/pt-pt/dossie-27-terra/</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref11" name="_ftn11"><sup>11</sup></a> MST. Programme de Réforme Agraire Populaire.2024</p>
<p><a href="#_ftnref12" name="_ftn12"><sup>12</sup></a> <a href="https://www.embrapa.br/agencia-de-informacao-tecnologica/tematicas/agricultura-e-meio-ambiente/qualidade/dinamica/agrotoxicos-no-brasil#:~:text=Expresso%20em%20quantidade%20de%20ingrediente,agr%C3%ADcola%20aumentou%2078%25%20nesse%20per%C3%ADodo">https://www.embrapa.br/agencia-de-informacao-tecnologica/tematicas/agricultura-e-meio-ambiente/qualidade/dinamica/agrotoxicos-no-brasil#:~:text=Expresso%20em%20quantidade%20de%20ingrediente,agr%C3%ADcola%20aumentou%2078%25%20nesse%20per%C3%ADodo</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref13" name="_ftn13"><sup>13</sup></a> <a href="https://fpagropecuaria.org.br/todos-os-membros/">https://fpagropecuaria.org.br/todos-os-membros/</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref14" name="_ftn14"><sup>14</sup></a>Agrovila : dans une <em>installation</em>, les habitations sont regroupées dans un hameau un peu en marge de la partie agricole.</p>
<p><a href="#_ftnref15" name="_ftn15"><sup>15</sup></a> <a href="https://www.brasildefato.com.br/2018/09/04/so-87-empresas-controlam-a-cadeia-produtiva-do-agronegocio/">https://www.brasildefato.com.br/2018/09/04/so-87-empresas-controlam-a-cadeia-produtiva-do-agronegocio/</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref16" name="_ftn16"><sup>16</sup></a> <a href="https://dev.thetricontinental.org/pt-pt/dossier-46-big-tech/">https://dev.thetricontinental.org/pt-pt/dossier-46-big-tech/</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref17" name="_ftn17"><sup>17</sup></a> <a href="https://dev.thetricontinental.org/pt-pt/brasil/complexo-da-soja-analise-dos-dados-nacionais-e-internacionais/">https://dev.thetricontinental.org/pt-pt/brasil/complexo-da-soja-analise-dos-dados-nacionais-e-internacionais/</a>.</p>
</div>
<h3 class="single-post--content--citations-title" style="margin:2em 0;">Références bibliographiques</h3>
<div class="single-post--content--citations-block">
<p>Commission Pastorale de la Terre. Conflitos no campo Brasil 2022. Goiânia, CPT Nacional, 2023.</p>
<p>DIEESE. Estatísticas do meio rural 2010-2011. 4.ed. / Departamento Intersindical de Estatística e Estudos Socioeconômicos; Núcleo de Estudos Agrários e Desenvolvimento Rural; Ministério do Desenvolvimento Agrário. — São Paulo: DIEESE; NEAD; MDA, 2011.</p>
<p>INSTITUT TRICONTINENTAL DE RECHERCHE SOCIALE. Dossier nº 54. Gramsci dans le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST). Interview de Neuri Rossetto. Juillet 2022.</p>
<p>______. Dossier n.46. Big Techs et les défis actuels du combat des classes. Novembre 2021.</p>
<p>MAESTRI, Mario. A Aldeia ausente: índios, caboclos, cativos, moradores e imigrante na formação da classe camponesa brasileira. In: STEDILE, João Pedro. A questão agrária no Brasil, volume 2 – O debate na esquerda 1960-1980. São Paulo, Expressão Popular, 2005. p. 217-276.</p>
<p>MARTINS, Adalberto. A Questão Agrária no Brasil: da colônia ao governo Bolsonaro. São Paulo, Expressão Popular, 2020.</p>
<p>______.A produção ecológica de arroz e a reforma agrária popular. São Paulo, Expressão Popular, 2019.</p>
<p>MST. Programa de Reforma Agrária Popular. 2024.</p>
<p>______.Normas gerais e Princípios Organizativos<strong>. </strong>2016.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’agitation de l’ordre mondial</title>
		<link>https://dev.thetricontinental.org/fr/dossier-agitation-ordre-mondial/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[ariana]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jan 2024 08:00:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossier]]></category>
		<category><![CDATA[souveraineté]]></category>
		<category><![CDATA[Cinq Contrôles]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
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		<guid isPermaLink="false">https://thetricontinental.org/?p=104158</guid>

					<description><![CDATA[Ce dossier propose une radiographie du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) et analyse ses formes d&#8217;organisation et de lutte.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En janvier 2023, un journaliste de <em>Yomiuri Shimbun</em> a demandé à l’attachée de presse du ministère des Affaires étrangères du Japon, Hikariko Ono, une définition de l’expression « Sud global ». Elle a alors répondu : « Le gouvernement du Japon n’a pas de définition précise de l’expression Sud global, [mais] je considère qu’en général, elle se réfère aux pays émergents et en développement ».<a href="#_edn1" name="_ednref1"><sup>1</sup></a></p>
<p>Le gouvernement japonais s’est employé à trouver une analyse plus précise du Sud global, qu’il a cherché à présenter dans le <em>Livre bleu diplomatique 2023</em>. Dans une longue section sur l’idée des pays du Sud, les fonctionnaires japonais reconnaissent que l’ancien tiers monde semble avoir adopté un nouvel état d’esprit. Lorsque les pays du Nord global, menés par les États-Unis, ont exigé l’adoption par les pays du Sud global de la position de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) sur la guerre en Ukraine (visant à isoler la Russie), ces derniers ont refusé, accusant l’Occident de pratiquer deux poids, deux mesures, puisqu’il justifie sa propre guerre tout en contestant les guerres des autres. À la lumière de ce nouvel état d’esprit dans le Sud global, le ministère des Affaires étrangères du Japon a exprimé la nécessité d’une nouvelle attitude, avec une « approche inclusive qui surmonte les différences de valeurs et d’intérêts ». Comme l’a écrit le ministre des Affaires étrangères japonais, Yoshimasa Hayashi, dans la préface du <em>Livre bleu</em>, « le monde se trouve maintenant à un tournant de l’Histoire ».<a href="#_edn2" name="_ednref2"><sup>2</sup></a></p>
<p>Le fait que peu d’États du Sud global aient accepté de participer à l’isolement de la Russie, refusant, de fait, d’appuyer les résolutions occidentales à l’Assemblée générale des Nations Unies, est une illustration de ce tournant. Tous les États ayant refusé de rejoindre l’Occident dans sa croisade contre la Russie ne sont pas « anti-occidentaux » au sens politique ; beaucoup d’entre eux sont plutôt mus par des considérations pratiques, comme les prix de l’énergie moins chers de la Russie. Soit par lassitude de subir des pressions occidentales, soit parce qu’ils voient des opportunités économiques dans leur relation avec la Russie, des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine refusent de plus en plus de céder à la pression exercée par Washington pour qu’ils rompent leurs liens avec la Russie. C’est ce refus et cet évitement qui ont amené le président français Emmanuel Macron à admettre qu’il était « très impressionné par le recul de la confiance du Sud global [dans l’Occident] ».<a href="#_edn3" name="_ednref3"><sup>3</sup></a></p>
<p>Dans un panel de débat le 18 février 2023 à la Conférence de Munich sur la sécurité, trois dirigeants d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie ont exposé les causes de leur mécontentement face à la guerre en Ukraine et la campagne de pression pour qu’ils rompent leurs liens avec la Russie. Comme l’a dit la première ministre de la Namibie Saara Kuugongelwa-Amadhila : « Nous défendons une résolution pacifique du conflit [en Ukraine] de sorte que le monde entier et toutes les ressources mondiales puissent être consacrées à l’amélioration des conditions de la population dans le monde, au lieu d’être dépensées pour acquérir des armes, tuer des personnes, et engendrer finalement des hostilités ». Interrogée sur la raison de l’abstention de la Namibie lors du vote sur la guerre aux Nations Unies, Kuugongelwa-Amadhila a dit : « Notre attention se porte sur la résolution du problème… pas sur la culpabilisation des autres ». L’argent utilisé pour acheter des armes, a-t-elle ajouté, « serait mieux employé pour promouvoir le développement en Ukraine, en Afrique, en Asie, ailleurs, même en Europe, où beaucoup de gens vivent dans le dénuement ».<a href="#_edn4" name="_ednref4"><sup>4</sup></a></p>
<p>Une série de rapports publiés par les principales entreprises financières occidentales fait écho à l’anxiété de Macron concernant l’érosion de la crédibilité de l’Occident dans le Sud global. BlackRock remarque que nous entrons dans « un monde fragmenté avec des blocs concurrents », tandis que Credit Suisse souligne « les fractures profondes et persistantes » qui se sont ouvertes dans l’ordre mondial.<a href="#_edn5" name="_ednref5"><sup>5</sup></a> L’analyse que fait Credit Suisse de ces « fractures » les décrit précisément : « L’Ouest global (les pays développés occidentaux et leurs alliés) se sont éloignés de l’Est global (la Chine, la Russie et leurs alliés) en termes d’intérêts stratégiques centraux, tandis que le Sud global (le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, et la plupart des pays en développement) se réorganise pour poursuivre ses propres intérêts ».<a href="#_edn6" name="_ednref6"><sup>6</sup></a></p>
<p>Afin de comprendre ces changements majeurs qui ont lieu dans le monde et la perplexité du Nord global face au nouvel état d’esprit dans le Sud global, le Tricontinental, Institut de recherche sociale a produit le dossier n° 72, <em>L’agitation de l’ordre mondial</em>, fondé sur le travail de recherche mené avec Global South Insights et le document de travail que nous avons produit de manière collaborative, <em>Hyper-impérialisme : une nouvelle étape dangereuse et décadente</em> (janvier 2024).</p>
<hr class="single-post--content--separator-section">
<h2 style="margin:3em 0;">Des expressions Sud global et Nord global</h2>
<p>Les Nations Unies sont composées de 49 pays du Nord global et de 145 pays du Sud global. Dans ce dossier, nous utilisons les termes « aires » pour décrire le Nord global et « groupes » pour décrire le Sud global, selon les représentations dans les figures ci-dessous. Les aires du Nord global sont organisés autour des États-Unis et de leurs alliés les plus proches au centre, où chaque aire qui entoure ce centre, ou noyau dur, est composée d’États du Nord global qui, pour différentes raisons, ne font pas partie du noyau dur. Ces aires ne font état d’aucune fragmentation dans le Nord global, qui opère en tant que bloc. Le Sud global, quant à lui, ne constitue pas un bloc, mais un projet émergent formé par différents groupes, chacun avec sa propre logique, comme nous allons l’expliquer ci-dessous.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-94041 size-full img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_01.jpg" alt="" width="732" height="780" data-original-src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_01.jpg"></div>
<h3 style="margin:2em 0;">Le Nord global</h3>
<p>La guerre en Ukraine a mis en lumière et accéléré certains changements géopolitiques. D’un côté, un groupe de pays sous la direction des États-Unis a réagi à l’entrée des forces russes en Ukraine en tant que bloc militaire, économique et politique intégré. Ces pays participent à certaines plateformes, dont les plus significatives sont l’OTAN et le Groupe des sept (G7). Ceci reflète une dynamique qui est en place depuis la chute de l’Union soviétique en 1991, dans laquelle l’OTAN et le G7 ont agi ensemble pour promouvoir un programme largement défini par les États-Unis, l’Europe et le Japon étant des puissances secondaires dans cette alliance.</p>
<p>Au cours des dernières décennies, les contradictions entre les pays de l’OTAN et du G7 ont été gommées et reléguées en arrière-plan. Malgré des différences secondaires entre les positions et les capacités militaires, économiques et politiques de ces pays (comme le désaccord entre les États-Unis, le Royaume-Uni et la France concernant l’exportation de sous-marins à l’Australie en 2021), le Nord global peut être compris comme un bloc recherchant l’unité autour de questions centrales.<a href="#_edn7" name="_ednref7"><sup>7</sup></a></p>
<p>L’intellectuel égyptien Samir Amin évoquait en 1980 la « consolidation graduelle de la zone centrale du système capitaliste mondial (Europe, Amérique du Nord, Australie) ». Peu après, Amin a commencé à utiliser le terme Triade pour se référer à cette « zone centrale » de puissances impérialistes ayant émergé après la Seconde Guerre mondiale.<a href="#_edn8" name="_ednref8"><sup>8</sup></a> D’après lui, les classes dominantes en Europe et au Japon avaient subordonné leurs propres intérêts nationaux à ce que le gouvernement des États-Unis avait commencé à appeler leur « intérêt commun ». Nous appuyant sur la conception d’Amin, nous avons organisé la Triade en quatre aires, avec des modifications qui illustrent les tendances actuelles dans les relations internationales et régionales.</p>
<p>Ces quatre aires sont :</p>
<ol>
<li>Le noyau dur des États coloniaux anglo-américains impérialistes menés par les États-Unis, composé de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis (appartenant tous au Conseil de surveillance et d’examen des activités de renseignement du Groupe des cinq [<em>Five Eyes Intelligence Oversight and Review Council</em>, en anglais], un réseau d’agences de renseignement liées par des accords confidentiels), ainsi que d’Israël. Ces pays, s’appuyant sur des formes de suprématie blanche, sont les plus avancés dans les domaines militaire, économique et politique, les États-Unis exerçant une domination sur le groupe.</li>
<li>L’aire suivante est composée de neuf puissances impérialistes du noyau européen : la Belgique, le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège, l’Espagne et la Suède. Tous ces pays sont membres du réseau d’espionnage du Groupe des quatorze ([<em>Fourteen Eyes</em>, en anglais] formellement appelé <em>SIGINT Seniors Europe</em>), et tous sont membres de l’OTAN (l’adhésion de la Suède étant pratiquement garantie). Ces pays européens puissants se subordonnent néanmoins aux intérêts du noyau dur, opérant quasiment comme des États vassaux. Prenons le cas de l’Allemagne, qui, bien qu’ayant l’une des économies les plus importantes au monde et dominant l’Union européenne, a tout de même renoncé à sa capacité à protéger ses citoyens depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022 afin de ne pas mettre à mal l’hégémonie étatsunienne sur la politique extérieure européenne. Comme l’a décrit l’économiste Michael Hudson, c’est « la troisième fois en un siècle que les États-Unis sont vainqueurs de l’Allemagne ».<a href="#_edn9" name="_ednref9"><sup>9</sup></a></li>
<li>La troisième aire est composée du Japon et de puissances européennes secondaires, comme l’Autriche, la Finlande, la Grèce, l’Irlande, le Portugal et la Suisse. Bien que loyaux envers les États-Unis, ces pays n’ont pas autant d’influence sur l’ordre mondial que les puissances impérialistes européennes du fait de leurs capacités militaires, économiques et politiques. Certains d’entre eux, comme le Portugal, la Finlande et l’Islande, font partie de l’OTAN, mais sont moins intégrés à la stratégie militaire étatsunienne. Dans le cas du Portugal, par exemple, bien qu’étant une ancienne puissance coloniale, son PIB relativement faible est un facteur d’exclusion de l’aire du noyau européen.</li>
<li>La quatrième aire périphérique est composée de dix-neuf pays de l’ancien bloc d’Europe de l’Est. Ces pays, qui n’ont pas été des puissances coloniales, ont été attirés dans le camp impérialiste pendant la période post-guerre froide principalement à travers la subordination économique et avec l’expansion vers l’Est de l’OTAN. Certains de ces pays sont gouvernés par des régimes de droite favorables à l’OTAN (c’est-à-dire la Pologne, l’Ukraine et l’Estonie), qui jouent un rôle de première ligne dans les efforts occidentaux de contention de la Russie. D’autres cherchent à garder leurs distances avec l’OTAN (comme la Serbie), bien que la pression occidentale ne leur laisse souvent que peu de choix.</li>
</ol>
<p>En 1945, les États-Unis ont commencé à consolider leur hégémonie sur les pays du Nord global à travers trois axes majeurs :</p>
<ol>
<li>La domination militaire des États-Unis sur l’Europe grâce à l’OTAN et le déploiement de bases militaires étatsuniennes dans les forces de l’Axe vaincues (l’Allemagne, l’Italie et le Japon).</li>
<li>L’intégration économique du Japon, de l’Europe occidentale et des États coloniaux anglo-américains avec les États-Unis et leur dépendance à ces derniers. Ceci a débuté avec le Plan Marshall (1948) en Europe et l’occupation militaire initiale du Japon (1945-1952).</li>
<li>La subordination politique des élites d’Europe, du Japon et des États coloniaux blancs à la structure élitiste étatsunienne en sélectionnant quels partis politiques pourraient accéder au pouvoir. Ceci a été accompli à travers la création d’une élite mondiale favorable aux États-Unis en ouvrant par exemple les universités étatsuniennes aux étudiants d’élite de ces parties du monde et en formant un ensemble de réseaux (comme le groupe Bilderberg en 1954) qui cherchent à créer une compréhension commune du monde façonnée par les États-Unis.<a href="#_edn10" name="_ednref10"><sup>10</sup></a></li>
</ol>
<p>Outre la subordination du Nord global aux États-Unis selon ces trois axes, dont la réussite a supposé de nombreux efforts et luttes, trois autres facteurs sont essentiels pour comprendre à la fois le concept de Nord global et la logique des quatre aires entre lesquelles nous avons divisé ces pays.</p>
<p style="padding-left: 40px;">1.<strong> Une histoire commune de brutalité.</strong> L’expression Nord global n’est pas un terme géographique neutre. De fait, il n’est décidément pas géographique, étant donnée l’inclusion de pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande dans le noyau dur. L’expression Nord global est plutôt le synonyme d’autres termes comme Occident et pays avancés. Il s’agit là de dénominations polies pour l’expression adéquate : le bloc impérialiste. Il convient de remarquer que la plupart de ces pays – que ce soit les États impérialistes centraux (comme le Royaume-Uni et les États-Unis), le noyau européen (comme l’Allemagne et l’Italie), ou les puissances européennes secondaires (comme le Portugal et l’Autriche) – ont façonné le monde moderne à travers une histoire partagée de violence qui s’est ouverte avec le commerce triangulaire d’esclaves et s’est poursuivie par l’utilisation de bombes nucléaires contre les civils à Hiroshima et à Nagasaki, et encore le génocide en cours des Palestiniens. Il n’existe pas de décompte exhaustif des centaines de millions de personnes assassinées par le colonialisme.<a href="#_edn11" name="_ednref11"><sup>11</sup></a></p>
<p style="padding-left: 40px;">Le détournement de la richesse des régions colonisées du monde vers les puissances coloniales constitue une caractéristique centrale de cette violence. Ce détournement a non seulement rempli les coffres de ces puissances et payé pour l’infrastructure opulente qui existe encore aujourd’hui ; mais il a aussi modelé le système néocolonial qui continue à piller la richesse des États colonisés bien après le terme formel du colonialisme.</p>
<p style="padding-left: 40px;">2.<strong> Le détournement de la richesse du Sud vers le Nord.</strong> Bien que ne représentant que 14,2 % de la population mondiale, les 49 pays du Nord global concentrent 40,6 % du produit intérieur brut du monde, calculé en parité de pouvoir d’achat (PPA).<a href="#_edn12" name="_ednref12"><sup>12</sup></a> En contrôlant, grâce à l’héritage du colonialisme, le capital et la production de matières premières, la propriété intellectuelle, et la science et la technologie, les États du Nord global continuent à s’assurer l’accumulation d’une plus grande part de la richesse de la planète. Les près de 45 milliards de dollars détournés par les Britanniques en Inde entre 1765 et 1938, ce qui représente presque l’entièreté de la période du régime britannique dans le pays (1757-1947), sont un exemple du faramineux pillage colonial de richesse. Cette richesse a alimenté le système bancaire britannique, a permis l’accumulation de capital pour l’industrialisation britannique, et a créé des avantages intégrés qui durent depuis des générations.<a href="#_edn13" name="_ednref13"><sup>13</sup></a> Pendant ce temps, l’espérance de vie moyenne a chuté de 20 % entre 1870 et 1921 en Inde, et le taux d’alphabétisation lorsque le pays a gagné son indépendance en 1947, après trois-cents ans de colonialisme, n’était que de 12,2 %.<a href="#_edn14" name="_ednref14"><sup>14</sup></a></p>
<p style="padding-left: 40px;">Un article récent montre que, s’appuyant sur un échange inégal, 152 milliards de dollars ont été pillés dans le Sud global entre 1960 et 2017. Les auteurs soulignent que, rien qu’en 2017, le Nord global s’est approprié des marchandises pour une valeur de 2,2 milliards de dollars dans le Sud global, « suffisamment pour éliminer l’extrême pauvreté quinze fois ».<a href="#_edn15" name="_ednref15"><sup>15</sup></a> Imaginez si nous calculions le détournement total de richesse depuis les (anciennes) colonies et l’impact social que cela a eu sur leurs systèmes de santé et d’éducation.</p>
<p style="padding-left: 40px;">3. <strong>Une condition commune de militarisation et de renseignement.</strong> Le rôle des réseaux de renseignement est fréquemment sous-estimé dans l’évaluation de la puissance du Nord global. La catégorie « renseignement », ou « intelligence », n’est plus cantonnée à l’espionnage à l’ancienne, mais inclut désormais la surveillance et la guerre numériques (y compris les cyber-attaques contre l’infrastructure clé). Chacun des pays du Nord global participe à une coordination militaire de haut niveau et au partage de renseignement, menés par le noyau dur. Plus un pays est intégré au noyau dur, plus le niveau de synchronisation du renseignement et de la coordination militaire est élevé. Ceci ne signifie pas que les pays dans les aires périphériques ne sont intégrés aux systèmes du noyau dur, mais uniquement qu’ils ne sont pas invités dans le sanctuaire interne des systèmes d’information et d’armement. La structure des quatre aires est visible dans les réseaux de renseignement mondiaux, comme l’illustre la distinction entre les réseaux de renseignement des Groupes des cinq, des neuf et des quatorze [<em>Five Eyes</em>, <em>Nine Eyes</em> et <em>Fourteen Eyes</em>, respectivement, en anglais]. Le réseau de renseignement du Groupe des cinq (<em>Five Eyes</em>, composé de cinq des six pays du noyau dur, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis, Israël constituant <em>de facto</em> leur « sixième œil ») travaille étroitement avec les pays du Groupe des neuf (<em>Nine Eyes</em>) tout en maintenant une distinction avec eux (le Danemark, la France, les Pays-Bas et la Norvège, ajoutés aux pays du Groupe des cinq [<em>Five Eyes</em>]), puis enfin avec les pays du Groupe des quatorze (<em>Fourteen Eyes</em>, la Belgique, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Suède, ajoutés aux pays du Groupe des neuf [<em>Nine Eyes</em>]), qui ont accès à un niveau de plus en plus épuré de partage d’information selon leur distance du noyau dur.</p>
<h3 style="margin:2em 0;">Le Sud global</h3>
<p>Au contraire du Nord global, le Sud global ne constitue pas un bloc intégré. Les pays du Sud global ont des réalités économiques, des capacités militaires, des systèmes politiques et des gouvernements différents, souvent avec des traditions politiques contradictoires. Bien que nombre de ces pays partagent certaines caractéristiques et intérêts, le concept de Sud global n’est pas défini par leurs points communs, mais par un autre ensemble de facteurs. Cependant, ces pays ont en commun les éléments suivants :</p>
<ul>
<li>Ce sont d’anciennes colonies et semi-colonies qui ont été soumises à cinq-cents ans d’humiliation.</li>
<li>Dans certains cas, ils ont engagé et poursuivent toujours des projets socialistes, pour lesquels ils sont punis par le bloc impérialiste.</li>
<li>Ils sont, pour un éventail de raisons, victimes de l’interventionnisme impérialiste à travers l’utilisation de la force extra-économique, comme les coups d’État et les sanctions.</li>
<li>Ils se sont souvent rassemblés autour de divers intérêts communs, comme pour exiger l’allègement de la dette, établir leur droit à la construction d’une démocratie économique, et accéder à des mesures sanitaires mondiales, y compris aux vaccins durant la pandémie de COVID-19.</li>
</ul>
<p>Malgré ces points communs, il serait excessif de parler ici de bloc, comme nous l’avons fait pour le Nord global. Nous estimons plutôt que le Sud global se compose de six groupes avec des relations interconnectées (ainsi que des conflits antagonistes entre certains d’entre eux). Ces groupes sont :</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-93649 size-full img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_02.jpg" alt="" width="950" height="534" data-original-src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_02.jpg"></div>
<ol>
<li><strong> </strong><strong>États socialistes indépendants</strong>. Ce groupe comprend six pays (la Chine, le Viêt Nam, le Venezuela, le Laos, la République Populaire Démocratique de Corée, et Cuba) qui restent engagés dans la trajectoire socialiste, avec tous ses va-et-vient complexes. La Chine, un membre clé de ce groupe, possède le plus grand PIB (en PPA) au monde et une économie qui est presque trois fois supérieure à celle de l’Inde (un pays avec une population comparable).<a href="#_edn16" name="_ednref16"><sup>16</sup></a> Le peuple chinois a accompli la plus grande prouesse des temps modernes en termes de développement humain en tirant 800 millions de personnes de la pauvreté.<a href="#_edn17" name="_ednref17"><sup>17</sup></a></li>
<li><strong>États en forte recherche de souveraineté</strong>. Ce groupe est défini par les États qui ont, plus récemment et malgré les nombreuses différences internes entre eux, pris des mesures pour affirmer leur souveraineté sans pour autant établir un processus socialiste formel. Beaucoup de ces États, comme l’Érythrée et le Mali, appartiennent au Groupe des amis pour la défense de la Charte des Nations Unies, formé en juillet 2021 sous la conduite du gouvernement vénézuélien. En représailles, l’Occident a puni cette position en déployant une guerre hybride extrême.<a href="#_edn18" name="_ednref18"><sup>18</sup></a> La Russie, qui constitue un cas particulier dans ce groupe, est une cible privilégiée des tentatives de changement de régime et des mesures de coercition qui cherchent à la démembrer et la dénucléariser.</li>
<li><strong>États historiquement progressistes</strong>. Les sociétés dans ces pays ont été façonnées par des mouvements de libération nationale, comme la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, et par des mouvements d’opposition aux dictatures, comme au Brésil ; dont l’impact est profondément enraciné dans leurs cultures politiques. Malgré les limitations des gouvernements dans ce groupe, leurs contradictions internes sévères, et les difficultés d’émancipation du système capitaliste mondial, ils ne cèdent pas face à l’interférence étatsunienne. Néanmoins, aucun de ces pays n’a connu de révolution socialiste qui pourrait avoir affaibli leur bourgeoisie nationale grâce à une réforme foncière substantielle ou à la socialisation de secteurs avancés de l’économie, par exemple.</li>
<li><strong>Nouveaux États non-alignés</strong>. Ces pays, avec des PIB croissants, sont en train de dépasser leur dépendance envers l’Occident. La taille et l’échelle de leurs économies leur apportent une certaine indépendance pour poursuivre leurs intérêts économiques nationaux sans progresser activement en termes de souveraineté politique. Ils ont réalisé que la confiscation des réserves étrangères et l’utilisation de sanctions contre au moins 31,5 % de la population mondiale par les États-Unis étaient devenues des menaces sévères contre la majorité mondiale, et que ceux-ci n’étaient plus ni un marché de dernier recours, ni un fournisseur principal d’investissement direct étranger.<a href="#_edn19" name="_ednref19"><sup>19</sup></a></li>
<li><strong>Le Sud global divers</strong>. Ce groupe inclut 111 pays qui ne présentent pas d’unité politique, économique ou militaire claire. Leur degré d’alignement avec le Nord global est variable.</li>
<li><strong>Colonies militaires des États-Unis</strong>. Les deux pays qui constituent ce groupe, la République de Corée et les Philippines, sont effectivement des colonies militaires des États-Unis, bien que leurs populations luttent contre les limitations de la subordination aux besoins militaires et sécuritaires étatsuniens.</li>
</ol>
<p>L’ensemble de ces 145 pays (ainsi que deux pays non membres des Nations Unies) représente 85,8 % de la population mondiale et 59,4 % du PIB mondial (en PPA).<a href="#_edn20" name="_ednref20"><sup>20</sup></a> Comme nous le verrons dans la section finale, ces six groupes font partie de projets régionaux et internationaux majeurs (comme l’Organisation de coopération de Shanghai, l’Union des nations sud-américaines, les BRICS10 et le G77, respectivement) illustrant le nouvel état d’esprit du Sud global, qui se tourne vers le régionalisme et le multilatéralisme et prend ses distances avec la domination singulière façonnée par le bloc impérialiste.</p>
<h2 style="margin:3em 0;">De l’idée des cinq contrôles</h2>
<p>L’analyse marxiste de l’impérialisme au cours du siècle dernier a été influencée par les contributions théoriques et pratiques de Vladimir Lénine, ancrées dans l’expérience de la Révolution russe. Dans son ouvrage classique, <em>L’impérialisme, stade suprême du capitalisme</em> (1916), Lénine argumentait que dans son stade le plus concurrentiel, le capitalisme progressait pour produire des oligopoles dans d’importants secteurs, comme la finance, et que ces oligopoles s’opposaient les uns aux autres, poussant leurs États vers un conflit autour des marchés dans les colonies et vers des confrontations militaires directes entre eux. La vague de décolonisation formelle qui a commencé après la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, dont l’histoire comprend une étape préalable en Amérique latine dans les années 1800 mais a repris avec la Révolution cubaine (1959), a créé de nouvelles conditions pour l’impérialisme. La retraite territoriale des puissances impérialistes ne s’est en aucun cas traduite par une perte de leur contrôle sur l’économie mondiale. Au contraire, elles ont façonné ce que Kwame Nkrumah appelait le <em>néocolonialisme</em>.</p>
<p>On assiste cependant ces dernières années à la lente érosion du contrôle occidental sur l’économie mondiale et à la délégitimation graduelle de l’ensemble de la structure néocoloniale. Pour mieux comprendre cette érosion, nous avons adopté une méthode mise au point par Samir Amin il y a presque trente ans pour analyser la nature de la puissance impérialiste.<a href="#_edn21" name="_ednref21"><sup>21</sup></a> Amin a estimé que la structure néocoloniale n’avait pas besoin de sociétés transnationales basées en Occident pour posséder la plupart des actifs mondiaux. Il a expliqué que c’était plutôt le contrôle monopolistique de nombreux actifs dans des secteurs clés et l’assurance que le bénéficiaire final de ces actifs était la Triade, ou le Nord global, et ses classes dominantes, qui étaient nécessaires. Amin a identifié cinq formes de contrôle qui constituent le cœur de la structure néocoloniale :</p>
<ul>
<li>Contrôle des ressources naturelles</li>
<li>Contrôle des flux financiers</li>
<li>Contrôle de la science et la technologie</li>
<li>Contrôle de la puissance militaire</li>
<li>Contrôle de l’information</li>
</ul>
<p>Dans <em>The World Needs a New Socialist Development Theory</em> (juillet 2023), nous avons avancé que le contrôle de l’Occident des ressources naturelles, des flux financiers, et de la science et la technologie était mis au défi par l’émergence des principales économies du Sud global : la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Brésil, la Turquie et le Mexique, qui font partie des treize plus grandes économies au monde en termes de PIB (en PPA).<a href="#_edn22" name="_ednref22"><sup>22</sup></a> L’arrachement impressionnant à la pauvreté abjecte de la Chine a été central dans l’affaiblissement de la mainmise du Nord global sur ces trois premiers contrôles.</p>
<p>Deux exagérations de la part des États-Unis et du bloc impérialiste entre le milieu des années 1990 et les années 2010 ont aussi contribué à fragiliser cette emprise:</p>
<ol>
<li><strong>Les guerres étatsuniennes</strong>, depuis la guerre globale contre le terrorisme jusqu’aux guerres contre l’Afghanistan, l’Irak et la Libye.</li>
<li><strong>Les abus économiques étatsuniens</strong>, depuis le crédit excessif sur le marché immobilier étatsunien jusqu’à la réglementation permissive du système bancaire occidental.</li>
</ol>
<p>Ces guerres étatsuniennes et la crise économique de 2007-2008 ont ébranlé l’autorité du Nord global sur le système mondial. C’est dans ce contexte que le président russe Vladimir Poutine a dit lors de la Conférence de Munich sur la sécurité en 2007 que le monde n’avait pas besoin d’« un unique maître ».<a href="#_edn23" name="_ednref23"><sup>23</sup></a> Des doutes importants ont commencé à émerger dans le Sud global concernant le rôle des États-Unis en tant qu’acheteur de dernier recours, garant du système monétaire mondial et stabilisateur politique de l’ordre mondial.</p>
<p>De nouveaux développements en Chine et en Russie, qui ont eu lieu au même moment que ces guerres étatsuniennes et ce chaos dans le système capitaliste mondial, ont amorcé l’accélération de nouveaux changements:</p>
<ol>
<li><strong>Chine.</strong> DuRrant les dernières années du gouvernement de Hu Jintao (2003-2013), les dirigeants de la Chine ont commencé à réévaluer la dépendance du pays au marché et à la direction politique des États-Unis. La formation des BRICS en 2009 a rendu compte de cette nouvelle attitude. Cette réévaluation s’est ensuite traduite par un nouveau cadre politique sous la conduite de Xi Jinping. Ceci a inclus l’établissement d’alternatives au marché et à la direction étatsuniens, en créant par exemple un marché interne grâce à des investissements de capital à grande échelle, en éradiquant l’extrême pauvreté, et en construisant la Nouvelle route de la soie. En outre, la Chine a commencé à utiliser le processus des BRICS pour encourager la formation de nouveaux systèmes monétaires et de nouvelles élites politiques.</li>
<li><strong>Russie.</strong> Vers la fin des années 2000, le gouvernement russe a amorcé une réparation des dommages causés à son peuple par la destruction de l’Union soviétique. Le gouvernement, mené par Poutine, a tout d’abord commencé à reprendre le secteur de l’énergie aux « oligarques » et à organiser la base de l’économie autour de principes d’autonomie, y compris en retenant le capital dans le pays et en empêchant le transfert des bénéfices vers le système bancaire sous contrôle occidental. Le gouvernement a ensuite initié l’essor du rôle de la Russie dans l’OPEP+ (l’Organisation des pays exportateurs de pétrole) et renforcé son secteur énergétique afin de vendre du pétrole et du gaz naturel à l’Europe, dans un contexte où les guerres du Nord global contre l’Irak et la Libye et la guerre hybride à partir de sanctions contre l’Iran interféraient avec les principales sources d’énergie de l’Europe.</li>
</ol>
<p>Le magnétisme économique de la Chine et de la Russie, dans le contexte d’une crise économique de long terme dans le Nord global, a amené les pays de l’Union européenne à une plus grande intégration avec l’Eurasie. Ceci a eu lieu à deux niveaux: les pays européens ont commencé à dépendre de manière croissante de l’énergie russe (un tiers des besoins énergétiques de l’Allemagne était couvert par la Russie, par exemple) et de l’investissement et la technologie de la Chine (dix-huit pays de l’Union européenne ont rejoint la Nouvelle route de la soie, y compris l’Italie, la Pologne, le Portugal et la République tchèque).<a href="#_edn24" name="_ednref24"><sup>24</sup></a> L’intégration de l’Europe avec l’Asie a été historiquement logique et nécessaire et, avec l’essor de la Chine, a menacé la structure unipolaire générale du Nord global ainsi que la structure néocoloniale de l’économie mondiale. Incapables de désamorcer cette intégration ni l’essor de la Chine, les États-Unis, avec leurs alliés du Nord global, ont accéléré une guerre hybride contre la Chine et la Russie. Les lignes de front de cette guerre étaient initialement économiques (à travers une guerre commerciale, par exemple), mais se sont rapidement concentrées dans deux zones: l’Ukraine et Taïwan. La guerre en Ukraine a eu deux conséquences importantes sur l’ordre mondial : premièrement, elle a fait augmenter le coût de la nourriture et du combustible sur la planète, et deuxièmement, elle a été accueillie par le refus de nombreux pays en développement de plier face à l’Occident et d’adopter sa position envers la guerre. Ensemble, ces conséquences ont donné lieu à un nouvel état d’esprit dans le monde en développement et à l’émergence d’un nouveau non-alignement.</p>
<p>Cependant, le contrôle du Nord global sur la puissance militaire et l’information n’a pas faibli. À un moment d’apathie économique et de fragilité politique, le Nord global, dirigé par les États-Unis, continue à exercer ce qui reste de son pouvoir avec une grande force et, ce faisant, à mettre en danger l’existence de la planète. Comme le montre notre travail de recherche, les pays du Nord global, et particulièrement les États-Unis, dépensent des sommes significatives de leurs budgets dans le secteur militaire, construisant des systèmes qui menacent tous les aspects de la vie humaine et gâchent l’ingéniosité humaine en l’utilisant pour détruire la vie au lieu de la soutenir.</p>
<h2 style="margin:3em 0;">Le contrôle des armes</h2>
<p>Sans la capacité ni la volonté de construire un projet social et politique pour résoudre les dilemmes de l’humanité à l’échelle mondiale, les États-Unis et leur bloc ont plutôt poursuivi une stratégie pour maintenir leur emprise sur la planète. Cette domination a débuté avec l’effondrement de l’Union soviétique et du système des États communistes en Europe de l’Est en 1991, ainsi qu’avec l’affaiblissement du tiers-monde à travers la crise de la dette, qui avait commencé à s’emballer avec le défaut de paiement du Mexique en 1982. Des intellectuels aux États-Unis se sont mis à évoquer cette domination comme si elle allait durer éternellement, assénant l’idée de la « fin de l’Histoire » face à toute remise en cause de l’ordre étatsunien. Néanmoins, des failles ont commencé à apparaître dans ce récit lorsque le règne du G7, avec les États-Unis à sa tête, a été profondément ébranlé par ses excès militaires dans la guerre globale contre le terrorisme (particulièrement l’invasion illégale de l’Irak en 2003) et par la crise économique mondiale de 2007-2008 (déclenchée par l’effondrement des marchés immobiliers occidentaux).</p>
<p>Les États-Unis et leurs alliés ont déployé tous les efforts possibles durant la deuxième décennie du vingt-et-unième siècle pour réaffirmer leur contrôle de la planète. La guerre de l’OTAN contre la Libye en 2011 a envoyé un signal clair de la détermination occidentale, qui a constitué un prélude au débat sur l’utilisation d’un OTAN mondial comme plateforme de progression de l’agression militaire occidentale, depuis la mer de Chine méridionale jusqu’à la Caraïbe. Des sanctions ont cherché à punir quiconque franchirait les limites établies par les États-Unis et leurs alliés, excluant des pays du système financier international et privant ainsi des populations entières de l’accès aux médicaments, aux aliments et à d’autres biens de première nécessité. (Il convient de remarquer que les sanctions, qui ont augmenté de 933 % au cours des vingt dernières années, sont devenues une forme privilégiée d’intervention des États-Unis).<a href="#_edn25" name="_ednref25"><sup>25</sup></a> Enfin, le Fonds monétaire international (FMI) est revenu avec un programme d’austérité renouvelé, qui a même été approfondi pendant la pandémie, forçant des douzaines de pays pauvres à verser plus de fonds à de riches porteurs d’obligations qu’à leurs propres systèmes sanitaires et éducatifs.<a href="#_edn26" name="_ednref26"><sup>26</sup></a></p>
<p>En 2018, les États-Unis ont déclaré la fin de la guerre contre le terrorisme et ont clairement établi dans leur stratégie de défense nationale que leur principal problème était l’essor de la Chine et de la Russie. Le secrétaire d’État à la Défense Jim Mattis a ouvertement évoqué la nécessité de prévenir l’émergence de « rivaux quasi-pairs », c’est-à-dire la Chine et la Russie, et a suggéré que l’entièreté de la panoplie de la puissance étatsunienne soit déployée pour les mettre à genoux.<a href="#_edn27" name="_ednref27"><sup>27</sup></a></p>
<p>Les États-Unis disposent non seulement de centaines de bases militaires qui encerclent l’Eurasie, mais ils comptent aussi sur leurs alliés, depuis l’Allemagne jusqu’au Japon, qui leur fournissent des postes avancés contre la Russie et la Chine. En 2015 et 2019, respectivement, la flotte navale des États-Unis et de leurs alliés a engagé des exercices agressifs de « liberté de navigation » violant l’intégrité territoriale tant de la Chine (dans la mer de Chine méridionale) que de la Russie (principalement dans l’Arctique). Ces manœuvres, de même que l’intervention politique étatsunienne en Ukraine en 2014 et la vente d’armes massive des États-Unis à Taïwan en 2015, ont renforcé la menace contre la souveraineté de la Russie et de la Chine. Les États-Unis se sont alors unilatéralement retirés en 2018 du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), bouleversant le contrôle des armes nucléaires. Ce retrait, ainsi que les objectifs affichés par les États-Unis dans leur stratégie de défense nationale 2018, ont montré qu’ils considéraient l’utilisation d’« armes nucléaires tactiques » contre la Russie et contre la Chine.</p>
<p>Jusqu’ici, les alliés des États-Unis dans la région Asie-Pacifique, comme l’Australie et la République de Corée, ne se sont pas montrés avides d’autoriser des armes nucléaires à portée intermédiaire sur leur territoire, bien que ces armes puissent être positionnées dans des bases étatsuniennes ailleurs, depuis Guam jusqu’à Okinawa. Il est impossible de comprendre l’intervention de la Russie en Ukraine sans analyser cette histoire plus longue de menaces perçues par Moscou. Il n’est pas déraisonnable de craindre que les États-Unis puissent positionner leurs armes nucléaires à portée intermédiaire en Ukraine, que celle-ci rejoigne ou non l’OTAN.<a href="#_edn28" name="_ednref28"><sup>28</sup></a></p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-93649 size-full img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_03.jpg" alt="" width="950" height="534" data-original-src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_03.jpg"></div>
<p>Pour affirmer leur position de domination sur l’ordre mondial, les États-Unis et leurs alliés ont accru leurs dépenses militaires au-delà de l’entendement. L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) a calculé qu’en 2002, les dépenses militaires étatsuniennes étaient d’environ 877 milliards de dollars, soit autour de 39 % des dépenses militaires mondiales estimées.<a href="#_edn29" name="_ednref29"><sup>29</sup></a> Cependant, comme le montre un rapport récent publié dans <em>Monthly Review</em>, ce chiffre est largement sous-estimé : les véritables dépenses militaires des États-Unis sont proches de 1,537 billions de dollars, soit près du double du calcul du SIPRI et des chiffres officiels étatsuniens.<a href="#_edn30" name="_ednref30"><sup>30</sup></a> Si l’on y ajoute les dépenses estimées pour 2022 des autres États de l’OTAN (360 milliards de dollars) et de tous les pays sous domination étatsunienne qui sont leurs alliés militaires sans appartenir à l’OTAN ( 234 milliards de dollars), selon les chiffres officiels, on arrive à un total de 2,13 billions de dollars de dépenses militaires du bloc militaire dirigé par les États-Unis, bien que ce chiffre puisse être bien en-deçà de la réalité. Ce calcul donne 2,87 billions de dollars de dépenses militaires au niveau mondial en 2022. En d’autres termes, le bloc militaire sous domination étatsunienne représente 74,3 % des dépenses militaires mondiales, et les États-Unis ont des dépenses <em>per capita</em> 12,6 fois plus élevées que la moyenne mondiale (Israël, à la deuxième place, dépense 7,2 fois la moyenne mondiale <em>per capita</em>, et les autres puissances impérialistes dépensent deux à trois fois la moyenne mondiale).<a href="#_edn31" name="_ednref31"><sup>31</sup></a></p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-93649 size-full img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_04.jpg" alt="" width="950" height="534" data-original-src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_04.jpg"></div>
<p>La Chine, quant à elle, représente 10 % des dépenses militaires mondiales (292 milliards de dollars), et ses dépenses militaires <em>per capita</em> sont 22 fois inférieures à celles des États-Unis.<a href="#_edn32" name="_ednref32"><sup>32</sup></a> L’alarmisme concernant les dépenses militaires chinoises n’est pas étayé par les faits. Il est <em>en revanche</em> démontré factuellement que la Chine consacre une part plus importante de sa richesse sociale à l’infrastructure et à l’industrie qu’au gaspillage militaire. Pendant ce temps, d’après le Centre on Budget and Policies Priorities, les États-Unis assignent à peine 252 milliards de dollars à l’éducation, par exemple, mais 1,537 billions de dollars aux dépenses militaires, dont une partie sert à payer pour leurs 902 bases militaires estimées dans le monde.<a href="#_edn33" name="_ednref33"><sup>33</sup></a></p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-93649 size-full img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_05.jpg" alt="" width="950" height="534" data-original-src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_05.jpg"></div>
<p>La seule zone au monde qui est libre de l’appareil militaire des États-Unis est constituée de grandes sections de l’Eurasie: la Chine, l’Inde, l’Iran et la Russie. Depuis 1992, les États-Unis rêvent de conquérir cette région, y compris par l’usage de la force militaire. En 1997, Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller à la sécurité nationale du président étatsunien Jimmy Carter, a prévenu que «potentiellement, le scénario le plus dangereux serait une grande coalition de la Chine, la Russie, et peut-être l’Iran, une coalition ‘anti-hégémonique’ unie non par une idéologie mais par des revendications complémentaires». Brzezinski a écrit que «pour les États-Unis, le trophée géopolitique premier est l’Eurasie », qui, d’après lui, «est donc l’échiquier sur lequel la lutte pour la suprématie mondiale continue à se jouer».<a href="#_edn34" name="_ednref34"><sup>34</sup></a> Pour éviter ce scénario, Brzezinski et d’autres ont averti que les États-Unis devraient essayer de rallier la Chine ou la Russie pour isoler l’autre et ainsi dominer l’«échiquier» eurasien. Cependant, au cours des dernières décennies, les États-Unis ont fait tout le contraire, choisissant plutôt d’exercer une pression à la fois sur la Chine et sur la Russie à travers leur nouvelle guerre froide, qui a, comme Brzezinski l’avait prédit, rapproché ces deux pays dans une alliance bilatérale et multilatérale stratégique. En outre, les données du Service de recherche du Congrès des États-Unis rapportent que les forces armées des États-Unis ont été déployées dans 102 pays entre 1798 et 2023.<a href="#_edn35" name="_ednref35"><sup>35</sup></a> D’après le Military Intervention Project, entre 1776 et 2019, les États-Unis ont mené au moins 392 interventions militaires dans le monde entier. La moitié de ces opérations a eu lieu entre 1950 et 2019, et un quart d’entre elles durant la période suivant la guerre froide.<a href="#_edn36" name="_ednref36"><sup>36</sup></a> Rien qu’en 2022, 317 forces impérialistes ont été déployées dans des pays du Sud global, et 137 dans des pays alliés du Nord global, pour un total de 454 déploiements.<a href="#_edn37" name="_ednref37"><sup>37</sup></a></p>
<p>La meilleure preuve des plans raciaux, politiques, militaires et économiques des puissances occidentales qui se manifestent dans la nouvelle guerre froide est peut-être résumée par une déclaration récente de l’OTAN et de l’UE :</p>
<blockquote><p>L’OTAN et l’UE jouent des rôles complémentaires, cohérents et se renforçant mutuellement au service de la paix et de la sécurité au niveau international. Nous continuerons de mobiliser toute la gamme des moyens à notre disposition – qu’ils soient politiques, économiques ou militaires – pour favoriser la réalisation de nos objectifs communs, dans l’intérêt de la population de nos pays, soit un milliard de personnes.<a href="#_edn38" name="_ednref38"><sup>38</sup></a></p></blockquote>
<h2 style="margin:3em 0;"> De l’émergence de nouvelles organisations</h2>
<p>Lors de la dernière journée du sommet des BRICS à Johannesburg, en Afrique du Sud, en août 2023, les cinq États fondateurs (le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) ont accueilli six nouveaux membres : l’Argentine, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Bien que le nouveau gouvernement de l’Argentine mené par la droite sous la présidence de Javier Milei ait officiellement renoncé à rejoindre les BRICS le 29 décembre 2023, les dix pays des BRICS représentent désormais 45,5 % de la population mondiale, avec 35,6 % du PIB mondial (en PPA). En comparaison, bien que les États du G7 (le Canada, la France, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis) ne représentent que 10 % de la population mondiale, leur part du PIB mondial (en PPA) est de 30,4 %. Alors que les pays qui forment aujourd’hui les BRICS10 sont responsables de 44 % de la production industrielle mondiale, leurs homologues du G7 ne représentent que 21,6 %.<a href="#_edn39" name="_ednref39"><sup>39</sup></a> Tous les indicateurs disponibles, y compris les récoltes et le volume total de la production de métaux, démontrent la puissance immense des BRICS10 récemment étendus. Celso Amorin, conseiller du gouvernement brésilien et l’un des architectes des BRICS lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères du Brésil, <a href="https://epocanegocios.globo.com/mundo/noticia/2023/08/mundo-nao-pode-mais-ser-ditado-pelo-g7-e-interesse-no-brics-demonstra-nova-forca-diz-amorim.ghtml">a dit</a> à propos de cette nouvelle avancée que « le monde ne peut plus être prescrit par le G7 ».<a href="#_edn40" name="_ednref40"><sup>40</sup></a></p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-93649 size-full img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_06.jpg" alt="" width="950" height="534" data-original-src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_06.jpg"></div>
<p>Il ne fait aucun doute que les nations des BRICS10, malgré toutes leurs hiérarchies et leurs défis internes, représentent désormais une plus grande part du PIB mondial que le G7, qui continue à se comporter comme le corps dirigeant du monde. Vingt-trois pays se sont portés candidats avant le sommet en Afrique du Sud (dont sept des treize pays de l’OPEP), et plus de quarante ont fait part de leur intérêt à rejoindre les BRICS10, y compris l’Indonésie, le septième pays le plus important au monde en termes de PIB (en PPA).</p>
<p>Il est important de remarquer que les BRICS10 n’opèrent pas indépendamment des nouvelles formations régionales qui cherchent à établir des plateformes en dehors de l’emprise de l’Occident, comme la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC) et l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). L’appartenance aux BRICS10 a plutôt le potentiel de renforcer le régionalisme pour les pays déjà impliqués dans ces forums régionaux.</p>
<p>Pourquoi les BRICS ont-ils accueilli un groupe de pays aussi disparate, y compris deux monarchies, en leur sein ? Lorsqu’il a été interrogé sur le caractère des nouveaux États membres, le président du Brésil Luiz Inácio Lula da Silva <a href="https://www.reuters.com/world/brazils-lula-says-brics-pick-new-members-based-geopolitical-weight-not-ideology-2023-08-24/#:~:text=%22What%20matters%20is%20not%20the,join%20BRICS%2C%22%20he%20added.">a déclaré</a> : « Ce n’est pas la personne qui gouverne qui compte, mais l’importance du pays. Nous ne pouvons pas nier l’importance géopolitique de l’Iran et d’autres pays qui rejoindront les BRICS ».<a href="#_edn41" name="_ednref41"><sup>41</sup></a> Ceci illustre le critère selon lequel les pays fondateurs ont pris la décision d’étendre leur alliance.</p>
<p>Au moins trois questions clés sont au cœur de la croissance des BRICS : le contrôle de l’approvisionnement et des routes de l’énergie, le contrôle des systèmes mondiaux de finance et de développement, et le contrôle des institutions pour la paix et la sécurité.</p>
<h3 style="margin:2em 0;">Contrôle de l’approvisionnement et des routes de l’énergie</h3>
<p>Les BRICS10 ont maintenant créé un formidable groupe énergétique. L’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont également membres de l’OPEP et, avec la Russie, un membre clé de l’OPEP+, ils représentent actuellement 26,3 millions de barils de pétrole par jour, soit à peine moins de 30 % de la production quotidienne mondiale de pétrole.<a href="#_edn42" name="_ednref42"><sup>42</sup></a> C’est le rôle joué par la Chine dans le passage d’un accord entre l’Iran et l’Arabie saoudite en avril qui a permis à ces deux pays producteurs de pétrole de rejoindre les BRICS. L’Égypte, qui a aussi rejoint les BRICS10, bien que n’étant pas membre de l’OPEP, n’en demeure pas moins l’un des principaux producteurs de pétrole de l’Afrique, dont la part représente plus d’un quart de la production mondiale de pétrole.<a href="#_edn43" name="_ednref43"><sup>43</sup></a> Ce n’est pas seulement la production de pétrole qui est ici en jeu, mais bien l’établissement de nouvelles routes mondiales de l’énergie.</p>
<p>L’initiative de la Nouvelle route de la soie mise en place par la Chine, ainsi que la mise au point de la Vision 2030 de l’Arabie saoudite, ont déjà créé un réseau de plateformes de pétrole et de gaz naturel dans le Sud global, intégrées à l’expansion du port de Khalifa et aux terminaux de gaz naturel à Fujaïrah et Ruwais (dans les Émirats arabes unis). Tout indique que les BRICS10 vont commencer à coordonner leur infrastructure énergétique avec d’autres producteurs d’énergie. Par exemple, les tensions entre la Russie et l’Arabie saoudite concernant les volumes de pétrole se sont accrues en 2023 car la Russie a dépassé son quota pour essayer de compenser les sanctions occidentales dont elle a fait l’objet à cause de la guerre en Ukraine. Ces deux pays auront désormais un autre forum, en dehors de l’OPEP+ et avec la Chine autour de la table, pour construire un programme énergétique commun. Cette plateforme en expansion menace aussi de mettre à mal le système du pétrodollar, avec de nouveaux pays, comme l’Arabie saoudite, prêts à vendre du pétrole à la Chine en renminbi, ou RMB (les deux autres principaux fournisseurs de pétrole de la Chine, l’Irak et la Russie, recevant déjà des paiements en RMB).</p>
<h3 style="margin:2em 0;">Contrôle des systèmes mondiaux de finance et de développement</h3>
<p>Les débats lors du sommet des BRICS, tout comme leur communiqué final, se sont concentrés sur le besoin de renforcer une architecture de finance et de développement pour le monde qui ne serait pas gouvernée par le triumvirat constitué par le FMI, Wall Street et le dollar étatsunien. Cependant, les BRICS ne cherchent pas à contourner les institutions mondiales établies de commerce et de développement comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Banque mondiale et le FMI. Par exemple, dans la déclaration concluant le sommet, les BRICS ont réaffirmé l’importance du « système commercial multilatéral réglementé avec l’Organisation mondiale du commerce en son centre » et leur appui à « un dispositif mondial de sécurité financière solide, au centre duquel se trouve un Fonds monétaire international (FMI) fondé sur les quotes-parts et doté de ressources suffisantes ».<a href="#_edn44" name="_ednref44"><sup>44</sup></a> Leurs propositions ne constituent pas une rupture fondamentale avec le FMI ou l’OMC ; elles offrent plutôt une double feuille de route, proposant, en premier lieu, que les BRICS exercent plus de contrôle et de direction sur ces organisations, dont ils sont membres mais qui ont été soumises aux intérêts occidentaux, et, en second lieu, que les États des BRICS réalisent leurs aspirations de construction de leurs propres institutions parallèles (comme la Nouvelle banque de développement, ou NBD). Le fonds d’investissement de l’Arabie saoudite s’élève à lui seul à près d’1 billion de dollars, ce qui pourrait partiellement financer la NBD.<a href="#_edn45" name="_ednref45"><sup>45</sup></a></p>
<p>Comme l’a expliqué Cyril Ramaphosa, le président des BRICS en 2023, leur programme pour améliorer « la stabilité, la fiabilité et l’équité de l’architecture financière mondiale » est principalement mis en œuvre à travers « l’usage de monnaies locales, d’accords financiers et de systèmes de paiement alternatifs ».<a href="#_edn46" name="_ednref46"><sup>46</sup></a> Le concept de « monnaies locales » se réfère à la pratique des États consistant à utiliser leurs propres monnaies pour le commerce transfrontalier au lieu de dépendre du dollar. Bien qu’environ 150 monnaies soient reconnues comme moyens de paiement légaux dans le monde, les transactions transfrontalières dépendent presque toujours du dollar (qui, en 2021, représentait 40 % des flux du réseau de la Société de télécommunication financière interbancaire mondiale, ou SWIFT).<a href="#_edn47" name="_ednref47"><sup>47</sup></a></p>
<p>D’autres devises jouent un rôle limité, notamment le RMB chinois qui représente 2,5 % des paiements transfrontaliers.<a href="#_edn48" name="_ednref48"><sup>48</sup></a> Cependant, l’émergence des nouvelles plateformes mondiales de messagerie, comme le Système interbancaire de paiement transfrontalier de la Chine, l’Interface de paiements unifiés de l’Inde et le Système de messagerie financière de la Russie (SPFS), ainsi que des systèmes régionaux de monnaies numériques, promet un accroissement de l’utilisation de devises alternatives. Par exemple, les actifs en cryptomonnaie ont brièvement constitué une voie potentielle pour les nouveaux systèmes commerciaux avant le déclin de leur valorisation, et les BRICS10 ont récemment approuvé l’établissement d’un groupe de travail pour étudier une monnaie de référence des BRICS.</p>
<p>Suivant l’expansion des BRICS, la NBD a dit qu’elle aussi allait accueillir de nouveaux membres et que, comme cela est indiqué dans sa <em>Stratégie générale 2022-2026</em>, 30 % de l’ensemble de son financement serait en monnaies locales.<a href="#_edn49" name="_ednref49"><sup>49</sup></a> S’inscrivant dans son cadre pour un nouveau système de développement, sa présidente, Dilma Roussef, a déclaré que la NBD ne suivrait pas la politique du FMI d’imposition de conditions aux pays emprunteurs. Roussef a ainsi dit : « Nous rejetons toute forme de conditionnalité. Souvent, les prêts sont accordés à condition de la mise en œuvre de certaines politiques. Nous ne pratiquons pas cela. Nous respectons les politiques de chaque pays ».<a href="#_edn50" name="_ednref50"><sup>50</sup></a></p>
<p>L’entrée de l’Éthiopie et de l’Iran dans les BRICS10 montre l’ampleur de la réaction des États du Sud global à la politique occidentale de sanctions contre des douzaines de pays, y compris deux membres fondateurs des BRICS (la Chine et la Russie). La Chine a une longue trajectoire commerciale avec l’Éthiopie, dont la capitale, Addis-Abeba, est le siège de l’Union africaine. Inclure l’Éthiopie dans les BRICS garantit que ce grand pays (avec une population nombreuse et des terres agricoles importantes) ne retombera pas dans l’orbite occidentale.</p>
<h3 style="margin:2em 0;">Contrôle des institutions pour la paix et la sécurité</h3>
<p>Dans leur communiqué, les nations des BRICS ont évoqué l’importance d’une « réforme exhaustive des Nations Unies, y compris de leur Conseil de sécurité ».<a href="#_edn51" name="_ednref51"><sup>51</sup></a> Actuellement, le Conseil de sécurité des Nations Unies comprend quinze membres, dont cinq sont des membres permanents (la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis). Aucun pays d’Afrique ou d’Amérique latine n’est membre permanent, de même que l’Inde, le pays le plus peuplé au monde. Pour remédier à ces iniquités, les BRICS apportent leur soutien aux « aspirations légitimes des pays émergents et en développement d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, y compris le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, à jouer un rôle plus important dans les affaires internationales ».<a href="#_edn52" name="_ednref52"><sup>52</sup></a> Le refus de l’Occident de concéder à ces pays un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies n’a fait que renforcer leur engagement dans le processus des BRICS et amplifier leur rôle dans le G20.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-93649 size-full img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_07.jpg" alt="" width="950" height="534" data-original-src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2024/01/Web_D71_FR_Chart_07.jpg"></div>
<p>Trois plateformes interrégionales majeures, encore à un stade embryonnaire, définissent le nouveau régionalisme et multilatéralisme :</p>
<ol>
<li>Les <strong>BRICS10</strong> (une expansion de la formation des BRIC en 2009), qui sont principalement une puissance stratégique mais aussi économique, ont dix membres officiels et divers partenaires non officiels.</li>
<li>L’<strong>Organisation de coopération de Shanghai</strong> (2001), qui s’est principalement formée autour de questions de sécurité en Asie centrale, a évolué vers des débats sur le développement et le commerce.</li>
<li>Le <strong>Groupe des amis pour la défense de la Charte des Nations Unies</strong> (2021), qui est principalement une plateforme politique, réunit vingt États membres des Nations Unies qui font les frais de sanctions illégales des États-Unis, depuis l’Algérie jusqu’au Zimbabwe. Parmi eux, beaucoup ont participé au sommet des BRICS en tant qu’invités et souhaitent rejoindre les BRICS10 en tant que membres permanents.</li>
</ol>
<p>Ce n’est pas un hasard si trois pays, les principales cibles des campagnes de pression du bloc impérialiste, appartiennent à ces trois organisations : la Chine, l’Iran et la Russie.</p>
<p>Divers défis et opportunités partagés ont émergé dans le Sud global et rapproché de nombreux pays autour du besoin d’un cadre commun de débat et de collaboration. Ces intérêts communs incluent les besoins suivants :</p>
<ul>
<li><strong>Un multilatéralisme et un régionalisme</strong> axés sur la création d’une coopération ancrée dans le Sud global.</li>
<li><strong>Une nouvelle modernisation</strong> centrée sur la construction d’économies régionales et continentales qui utilisent des monnaies locales plutôt que le dollar pour le commerce et les réserves.</li>
<li><strong>Une souveraineté</strong>, qui poserait des limites à l’intervention occidentale. Cela inclut un frein aux engagements militaires et au colonialisme numérique, qui facilitent les interventions des services de renseignement des États-Unis.</li>
<li><strong>Des réparations</strong>, qui impliqueraient une négociation collective pour compenser un siècle de pièges de la dette tendus par l’Occident et l’abus du budget carbone excessif, ainsi que l’héritage bien plus long du colonialisme.</li>
</ul>
<hr class="single-post--content--separator-section">
<p>Des changements tectoniques se produisent dans le monde, accélérés par les guerres en Ukraine et l’escalade rapide du génocide en Palestine. Ces changements sont façonnés, d’une part, par la perte de puissance économique du Nord global parallèlement à sa militarisation accrue et, d’autre part, par le nouvel état d’esprit du Sud global concernant la souveraineté et le développement économique. Ce dossier constitue un exercice préliminaire, s’appuyant sur un travail de recherche et d’analyse original, pour donner un sens à ces changements et, par conséquent, au nouvel état d’esprit dans le Sud global.</p>
<hr class="single-post--content--separator-section single-post--content--separator-section-end">
<h3 class="single-post--content--citations-title" style="margin:2em 0;">Notes</h3>
<div class="single-post--content--citations-block">
<p><a href="#_ednref1" name="_edn1"><sup>1</sup></a> Ministère des Affaires étrangères du Japon, conférence de presse de l’attachée de presse Ono Hirariko, 25 janvier 2023, <a href="https://www.mofa.go.jp/press/kaiken/kaiken24e_000202.html">https://www.mofa.go.jp/press/kaiken/kaiken24e_000202.html</a>.</p>
<p><a href="#_ednref2" name="_edn2"><sup>2</sup></a> Ministère des Affaires étrangères du Japon, <em>Diplomatic Bluebook 2023: Japanese Diplomacy and International Situation in 2022</em>, 29 septembre 2023, <a href="https://www.mofa.go.jp/policy/other/bluebook/2023/pdf/en_index.html">https://www.mofa.go.jp/policy/other/bluebook/2023/pdf/en_index.html</a>, i and 3.</p>
<p><a href="#_ednref3" name="_edn3"><sup>3</sup></a> Emmanuel Macron (Président de la France), « France in the World », Conférence de Munich sur la sécurité, Allemagne, 17 février 2023, <a href="https://securityconference.org/en/medialibrary/collection/munich-security-conference-2023">https://securityconference.org/en/medialibrary/collection/munich-security-conference-2023</a>/.</p>
<p><a href="#_ednref4" name="_edn4"><sup>4</sup></a> Saara Kuugongelwa-Amadhila (première ministre de la Namibie), Francia Márquez (vice-présidente de la Colombie), Mauro Luiz Iecker Vieira (ministre des Affaires étrangères du Brésil), Enrique Manalo (secrétaire aux Affaires étrangères des Philippines), et Christoph Heusgen (modérateur, ancien ambassadeur de l’Allemagne auprès des Nations Unies; président de la Conférence de Munich sur la sécurité), « Defending the UN Charter and the Rules-Based International Order », Conférence de Munich sur la sécurité, Allemagne, 18 février 2023, <a href="https://securityconference.org/en/medialibrary/collection/munich-security-conference-2023/">https://securityconference.org/en/medialibrary/collection/munich-security-conference-2023/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref5" name="_edn5"><sup>5</sup></a> BlackRock Investment Institute, <em>2023 Global Outlook: A New Investment Playbook</em> (New York : BlackRock, 2 octobre 2023, <a href="https://www.blackrock.com/ca/institutional/en/literature/market-commentary/bii-2023-global-outlook-ca.pdf?switchLocale=y&amp;siteEntryPassthrough=true">https://www.blackrock.com/ca/institutional/en/literature/market-commentary/bii-2023-global-outlook-ca.pdf?switchLocale=y&amp;siteEntryPassthrough=true</a>, 13 ; Credit Suisse, <em>Investment Outlook 2023: A Fundamental Reset</em> (Zurich : Credit Suisse, 2022), <a href="https://www.credit-suisse.com/about-us-news/en/articles/news-and-expertise/investment-outlook-2023-a-fundamental-reset-202211.html#:~:text=We%20now%20expect%20the%20euro,manages%20to%20avoid%20a%20recession">https://www.credit-suisse.com/about-us-news/en/articles/news-and-expertise/investment-outlook-2023-a-fundamental-reset-202211.html#:~:text=We%20now%20expect%20the%20euro,manages%20to%20avoid%20a%20recession</a>, 14.</p>
<p><a href="#_ednref6" name="_edn6"><sup>6</sup></a> Credit Suisse, <em>Investment Outlook 2023</em>, 14.</p>
<p><a href="#_ednref7" name="_edn7"><sup>7</sup></a> Flavia Krause-Jackson, Ania Nussbaum, et Kitty Donaldson, « How France Can Respond to Australia, US, UK Submarine Deal », <em>Bloomberg</em>, 22 septembre 2021, <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-09-22/how-france-can-respond-to-australia-u-s-u-k-submarine-deal">https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-09-22/how-france-can-respond-to-australia-u-s-u-k-submarine-deal</a>.</p>
<p><a href="#_ednref8" name="_edn8"><sup>8</sup></a> Samir Amin, <em>Class and Nation, Historically and in the Current Crisis</em> (New York : Monthly Review Press, 1980), 104 ; Tricontinental, Institut de recherche sociale, <em>Resurrecting the Concept of the Triad</em>, newsletter n° 22, 1<sup>er</sup> juin 2023, <a href="https://dev.thetricontinental.org/newsletterissue/triad/">https://dev.thetricontinental.org/newsletterissue/triad/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref9" name="_edn9"><sup>9</sup></a> Michael Hudson, « America Defeats Germany for the Third Time in a Century », <em>Counterpunch</em>, 1<sup>er</sup> mars 2022, <a href="https://www.counterpunch.org/2022/03/01/america-defeats-germany-for-the-third-time-in-a-century/">https://www.counterpunch.org/2022/03/01/america-defeats-germany-for-the-third-time-in-a-century/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref10" name="_edn10"><sup>10</sup></a> Vijay Prashad, <em>Washington Bullets: A History of the CIA, Coups, and Assassinations</em> (New Delhi : LeftWord Books, 2020).</p>
<p><a href="#_ednref11" name="_edn11"><sup>11</sup></a> Cependant, il est prouvé qu’en 1600, au moins 56 millions de personnes autochtones dans les Amériques étaient déjà mortes du fait de la violence coloniale et de l’introduction de pathogènes mortels ; au moins 15,5 millions d’Africains ont été capturés et vendus dans le commerce triangulaire d’esclaves ; au moins 10 millions de personnes sont mortes au Congo entre 1515 et 1865 à cause de la rapacité du colonialisme belge ; et uniquement entre 1880 et 1920 (un court moment du colonialisme britannique en Inde), au moins  165 millions d’Indiens sont morts du fait de la violence coloniale britannique. Voir Alexander Koch et al., « Earth System Impacts of the European Arrival and Great Dying in the Americas after 1492 », <em>Quaternary Science Reviews</em> 207 (1<sup>er</sup> mars 2019) : 13–36, <a href="https://doi.org/10.1016/j.quascirev.2018.12.004">https://doi.org/10.1016/j.quascirev.2018.12.004</a> ; Steven J. Micheletti et al., « Genetic Consequences of the Transatlantic Slave Trade in the Americas », <em>The American Journal of Human Genetics</em> 107, n° 2 (6 août 2020) : 265–77, <a href="https://doi.org/10.1016/j.ajhg.2020.06.012">https://doi.org/10.1016/j.ajhg.2020.06.012</a> ; Adam Hochschild, <em>King Leopold’s Ghost: A Story of Greed, Terror, and Heroism in Colonial Africa</em>, (Boston : Houghton Mifflin, 1999) ; Fritz Blackwell, « The British Impact on India, 1700–1900 », <em>Association for Asian Studies</em> 13, n° 2 (automne 2008), <a href="https://www.asianstudies.org/publications/eaa/archives/the-british-impact-on-india-1700-1900/">https://www.asianstudies.org/publications/eaa/archives/the-british-impact-on-india-1700-1900/</a> ; et Dylan Sullivan et Jason Hickel, « Capitalism and Extreme Poverty: A Global Analysis of Real Wage, Human Height, and Mortality since the Long 16th Century », <em>World Development</em> 161 (janvier 2023) : 12.</p>
<p><a href="#_ednref12" name="_edn12"><sup>12</sup></a> Élaboration propre de Global South Insights à partir de données des « Indicateurs du développement dans le monde » [IDM], Banque mondiale, consulté le 20 octobre 2022, <a href="https://datatopics.worldbank.org/world-development-indicators/">https://datatopics.worldbank.org/world-development-indicators/</a> ; et « Perspectives de l’économie mondiale » [PEM], Fonds monétaire international (FMI), consulté le 20 octobre 2022, <a href="https://www.imf.org/en/Publications/WEO/weo-database/2029/October">https://www.imf.org/en/Publications/WEO/weo-database/2029/October</a>.</p>
<p><a href="#_ednref13" name="_edn13"><sup>13</sup></a> Utsa Patnaik, « Revisiting the ’Drain‘, or Transfers from India to Britain in the Context of Global Diffusion of Capitalism », <em>Agrarian and Other Histories – Essays for Binay Bhushan Chaudhuri</em>, éd. Shubhra Chakrabarti et Utsa Patnaik (New Delhi : Tulika Press, 2019).</p>
<p><a href="#_ednref14" name="_edn14"><sup>14</sup></a> Jason Hickel et Dylan Sullivan, « Capitalism and Extreme Poverty: A Global Analysis of Real Wages, Human Height, and Mortality Since the Long 16th Century », <em>World Development</em> 161 (septembre 2023), <a href="https://doi.org/10.1016/j.worlddev.2022.106026">https://doi.org/10.1016/j.worlddev.2022.106026</a> ; Navinchandra R. Shah, « Literacy Rate in India », <em>International Journal of Research in All Subjects in Multi Languages </em>1, n° 7 (octobre 2013) : 12–16, <a href="https://www.raijmr.com/ijrsml/wp-content/uploads/2017/11/IJRSML_2013_vol01_issue_07_04.pdf">https://www.raijmr.com/ijrsml/wp-content/uploads/2017/11/IJRSML_2013_vol01_issue_07_04.pdf</a>.</p>
<p><a href="#_ednref15" name="_edn15"><sup>15</sup></a> Jason Hickel, Dylan Sullivan, et Huzaifa Zoomkawala, « Plunder in the Post-Colonial Era: Quantifying Drain from the Global South Through Unequal Exchange, 1960–2018 », <em>New Political Economy </em>26, n° 6 (2021).</p>
<p><a href="#_ednref16" name="_edn16"><sup>16</sup></a> Élaboration propre de Global South Insights à partir des PEM, FMI.</p>
<p><a href="#_ednref17" name="_edn17"><sup>17</sup></a> Tricontinental, Institut de recherche sociale, « Serve the People: The Eradication of Extreme Poverty in China », <em>Studies on Socialist Construction</em> 1, 23 juillet 2021, <a href="https://dev.thetricontinental.org/studies-1-socialist-construction/">https://dev.thetricontinental.org/studies-1-socialist-construction/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref18" name="_edn18"><sup>18</sup></a> Pour en savoir plus sur la guerre hybride, consultez Tricontinental, Institut de recherche sociale, <em>Twilight: The Erosion of US Control and the Multipolar Future</em>, dossier n° 36, 4 janvier 2021, <a href="https://dev.thetricontinental.org/dossier-36-twilight/">https://dev.thetricontinental.org/dossier-36-twilight/</a> et <em>Venezuela and Hybrid Wars in Latin America</em>, dossier n° 17, 3 juin 2019, https://dev.thetricontinental.org/dossier-17-venezuela-and-hybrid-wars-in-latin-america/.</p>
<p><a href="#_ednref19" name="_edn19"><sup>19</sup></a> Élaboration propre de Global South Insights à partir de « Perspectives de la population mondiale 2022 », Département des affaires économiques et sociales, Nations Unies, 1<sup>er</sup> juillet 2022, <a href="https://population.un.org/wpp/">https://population.un.org/wpp/</a> et « What are Sanctions? », SanctionsKill Campaign, septembre 2022, <a href="https://sanctionskill.org">https://sanctionskill.org</a>.</p>
<p><a href="#_ednref20" name="_edn20"><sup>20</sup></a> Élaboration propre de Global South Insights à partir des PEM, FMI.</p>
<p><a href="#_ednref21" name="_edn21"><sup>21</sup></a> Samir Amin, « The Challenge of Globalisation », <em>Review of International Political Economy</em> 3, n° 2 (été 1996) : 216–259. Voir aussi Tricontinental, Institut de recherche sociale, <em>Globalisation and Its Alternative: An Interview with Samir Amin, </em>cahier n° 1, 29 octobre 2018, <a href="https://dev.thetricontinental.org/globalisation-and-its-alternative/">https://dev.thetricontinental.org/globalisation-and-its-alternative/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref22" name="_edn22"><sup>22</sup></a> Élaboration propre de Global South Insights à partir des PEM, FMI ; Tricontinental, Institut de recherche sociale,<em> The World Needs a New Socialist Development Theory</em>, dossier n° 66, 4 juillet 2023, <a href="https://dev.thetricontinental.org/dossier-66-development-theory/">https://dev.thetricontinental.org/dossier-66-development-theory/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref23" name="_edn23"><sup>23</sup></a> Vladimir Poutine, discours à la Conférence de Munich sur la sécurité, Munich, Allemagne, 10 février 2007, <a href="http://en.kremlin.ru/events/president/transcripts/24034">http://en.kremlin.ru/events/president/transcripts/24034</a>.</p>
<p><a href="#_ednref25" name="_edn25"><sup>25</sup></a> Francisco R. Rodríguez, « The Human Consequences of Economic Sanctions », Centre for Economic Policy Research, 4 mai 2023, <a href="https://cepr.net/press-release/new-report-finds-that-economic-sanctions-are-often-deadly-and-harm-peoples-living-standards-in-target-countries/">https://cepr.net/press-release/new-report-finds-that-economic-sanctions-are-often-deadly-and-harm-peoples-living-standards-in-target-countries/</a> ; <em>The Treasury Sanctions Review 2021</em>, Département du Trésor des États-Unis, 18 octobre 2021, <a href="https://home.treasury.gov/system/files/136/Treasury-2021-sanctions-review.pdf">https://home.treasury.gov/system/files/136/Treasury-2021-sanctions-review.pdf</a>, 2.</p>
<p><a href="#_ednref26" name="_edn26"><sup>26</sup></a> <em>A World of Debt</em>, Nations Unies, 12 juillet 2023, <a href="https://unctad.org/publication/world-of-debt">https://unctad.org/publication/world-of-debt</a>. Pour en savoir plus sur la crise de la dette, consultez Tricontinental, Institut de recherche sociale, <em>Life or Debt: The Stranglehold of Neocolonialism and Africa’s Search for Alternatives</em>, dossier n° 63, 11 avril 2023, <a href="https://dev.thetricontinental.org/dossier-63-african-debt-crisis/">https://dev.thetricontinental.org/dossier-63-african-debt-crisis/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref27" name="_edn27"><sup>27</sup></a> Jim Mattis, « Remarks by Secretary Mattis on the National Defence Strategy », Département de la Défense des États-Unis, 19 janvier 2018, <a href="https://www.defense.gov/News/Transcripts/Transcript/Article/1420042/remarks-by-secretary-mattis-on-the-national-defense-strategy/">https://www.defense.gov/News/Transcripts/Transcript/Article/1420042/remarks-by-secretary-mattis-on-the-national-defense-strategy/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref28" name="_edn28"><sup>28</sup></a> Pour en savoir plus sur l’Ukraine, voir : Tricontinental, Institut de recherche sociale, <em>This Is Not the Age of Certainty. </em><em>We Are in the Time of Contradictions</em>, newsletter n° 14. 7 avril 2022, <a href="https://dev.thetricontinental.org/newsletterissue/ukraine-2/">https://dev.thetricontinental.org/newsletterissue/ukraine-2/</a> ; Tricontinental, Institut de recherche sociale, <em>We Are in a Period of Great Tectonic Shifts</em>, newsletter n° 11, 17 mars 2022, <a href="https://dev.thetricontinental.org/newsletterissue/shifting-world-order/">https://dev.thetricontinental.org/newsletterissue/shifting-world-order/</a> ; Tricontinental, Institut de recherche sociale, <em>In These Days of Great Tension, Peace Is a Priority</em>, newsletter n° 9, 3 mars 2022, <a href="https://dev.thetricontinental.org/newsletterissue/ukraine/">https://dev.thetricontinental.org/newsletterissue/ukraine/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref29" name="_edn29"><sup>29</sup></a> « World Military Expenditure Reaches New Record High as European Spending Surges », Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, 24 avril 2023, <a href="https://www.sipri.org/media/press-release/2023/world-military-expenditure-reaches-new-record-high-european-spending-surges">https://www.sipri.org/media/press-release/2023/world-military-expenditure-reaches-new-record-high-european-spending-surges</a>.</p>
<p><a href="#_ednref30" name="_edn30"><sup>30</sup></a> Gisela Cernadas et John Bellamy Foster, « Actual US Military Spending Reached $1.53 trillion in 2022 – More than Twice Acknowledged Level: New Estimates Based on US National Accounts », <em>Monthly Review</em>, 1<sup>er</sup> novembre 2023, <a href="https://monthlyreview.org/2023/11/01/actual-u-s-military-spending-reached-1-53-trillion-in-2022-more-than-twice-acknowledged-level-new-estimates-based-on-u-s-national-accounts/">https://monthlyreview.org/2023/11/01/actual-u-s-military-spending-reached-1-53-trillion-in-2022-more-than-twice-acknowledged-level-new-estimates-based-on-u-s-national-accounts/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref31" name="_edn31"><sup>31</sup></a> Élaboration propre de Global South Insights d’après les chiffres ajustés de « SIPRI Military Expenditure Database », Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), consulté en octobre 2023, <a href="https://www.sipri.org/databases/milex">https://www.sipri.org/databases/milex</a>; et Monthly Review.</p>
<p><a href="#_ednref32" name="_edn32"><sup>32</sup></a> Élaboration propre de Global South Insights d’après les chiffres ajustés de SIPRI et Monthly Review.</p>
<p><a href="#_ednref33" name="_edn33"><sup>33</sup></a> « Policy Basics: Where Do Our Federal Tax Dollars Go? », Centre on Budget and Policy Priorities, 28 septembre 2023, https://www.cbpp.org/research/policy-basics-where-do-our-federal-tax-dollars-go ; « USA’s Military Empire: A Visual Database », <em>World BEYOND War</em>, consulté le 27 novembre 2023, <a href="https://worldbeyondwar.org/no-bases/">https://worldbeyondwar.org/no-bases/</a>. Pour en savoir plus sur les bases militaires étatsuniennes, consultez Tricontinental, Institut de recherche sociale, « Defending Our Sovereignty: US Military Bases in Africa and the Future of African Unity », dossier n° 42, 5 juillet 2021, <a href="https://dev.thetricontinental.org/dossier-42-militarisation-africa/">https://dev.thetricontinental.org/dossier-42-militarisation-africa/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref34" name="_edn34"><sup>34</sup></a> Zbigniew Brzezinski, <em>The Grand Chessboard: American Primacy and Its Geostrategic Imperatives</em> (New York : Basic Books, 1997), 55 ; 30–31.</p>
<p><a href="#_ednref35" name="_edn35"><sup>35</sup></a> « Instances of Use of United States Armed Forces Abroad, 1798–2023 », Service de recherche du Congrès des États-Unis, 7 juin 2023, <a href="https://crsreports.congress.gov/product/pdf/R/R42738">https://crsreports.congress.gov/product/pdf/R/R42738</a>.</p>
<p><a href="#_ednref36" name="_edn36"><sup>36</sup></a> Sidita Kushi et Monica Duffy Toft, « Introducing the Military Intervention Project: A New Dataset on US Military Interventions, 1776–2019 », <em>Journal of Conflict Resolution </em>67, n° 4 (2023) : 752–779. <a href="https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/00220027221117546?icid=int.sj-full-text.citing-articles.1">https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/00220027221117546?icid=int.sj-full-text.citing-articles.1</a><u>. </u></p>
<p><a href="#_ednref37" name="_edn37"><sup>37</sup></a> <em>The Military Balance 2023</em>, International Institute for Security Studies, 15 février 2023, <a href="https://www.iiss.org/en/publications/the-military-balance/">https://www.iiss.org/en/publications/the-military-balance/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref38" name="_edn38"><sup>38</sup></a> Jens Stoltenberg, Ursula von der Leyen, et Charles Michel, « Joint Declaration on EU-NATO Cooperation », Organisation du traité de l’Atlantique Nord, 10 janvier 2023, <a href="https://www.nato.int/cps/en/natohq/official_texts_210549.htm">https://www.nato.int/cps/en/natohq/official_texts_210549.htm</a>.</p>
<p><a href="#_ednref39" name="_edn39"><sup>39</sup></a> Élaboration propre de Global South Insights à partir des IDM, Banque mondiale, et des PEM, FMI.</p>
<p><a href="#_ednref40" name="_edn40"><sup>40</sup></a> « BRICS’ Credibility Growing as World Not Willing to Live by G7 Dogma – Brazilian Adviser », <em>TASS</em>, 22 août 2023, <a href="https://tass.com/world/1663753?utm_source=google.com&amp;utm_medium=organic&amp;utm_campaign=google.com&amp;utm_referrer=google.com">https://tass.com/world/1663753?utm_source=google.com&amp;utm_medium=organic&amp;utm_campaign=google.com&amp;utm_referrer=google.com</a>.</p>
<p><a href="#_ednref41" name="_edn41"><sup>41</sup></a> Anthony Boadle, « Brazil’s Lula Says BRICS to Pick New Members Based On Geopolitical Weight », <em>Reuters</em>, 25 août 2023, <a href="https://www.reuters.com/world/brazils-lula-says-brics-pick-new-members-based-geopolitical-weight-not-ideology-2023-08-24/#:~:text=%22What%20matters%20is%20not%20the,join%20BRICS%2C%22%20he%20added">https://www.reuters.com/world/brazils-lula-says-brics-pick-new-members-based-geopolitical-weight-not-ideology-2023-08-24/#:~:text=%22What%20matters%20is%20not%20the,join%20BRICS%2C%22%20he%20added</a>.</p>
<p><a href="#_ednref42" name="_edn42"><sup>42</sup></a> Sean Hill et Owen Comstock, « What Is OPEC+ and How Is It Different from OPEC? », Agence d’information sur l’énergie des États-Unis, 9 mai 2023, <a href="https://www.eia.gov/todayinenergy/detail.php?id=56420#:~:text=OPEC%20and%20OPEC%2B%20countries%20combined,instability%20in%20crude%20oil%20output">https://www.eia.gov/todayinenergy/detail.php?id=56420#:~:text=OPEC%20and%20OPEC%2B%20countries%20combined,instability%20in%20crude%20oil%20output</a>.</p>
<p><a href="#_ednref43" name="_edn43"><sup>43</sup></a> « Egypt: Oil Production », <em>The Global Economy</em>, consulté le 15 novembre 2023, <a href="https://www.theglobaleconomy.com/Egypt/oil_production/#:~:text=Oil%20production%2C%20thousand%20barrels%20per%20day&amp;text=The%20latest%20value%20from%202022,423.53%20thousand%20Barrels%20Per%20Day">https://www.theglobaleconomy.com/Egypt/oil_production/#:~:text=Oil%20production%2C%20thousand%20barrels%20per%20day&amp;text=The%20latest%20value%20from%202022,423.53%20thousand%20Barrels%20Per%20Day</a>.</p>
<p><a href="#_ednref44" name="_edn44"><sup>44</sup></a> <em>BRICS and Africa: Partnership for Mutually Accelerated Growth, Sustainable Development, and Inclusive Multilateralism</em>, Déclaration II du XV Sommet des BRICS, Johannesburg, Afrique du Sud, 23 août 2023, <a href="https://brics2023.gov.za/wp-content/uploads/2023/08/Jhb-II-Declaration-24-August-2023-1.pdf">https://brics2023.gov.za/wp-content/uploads/2023/08/Jhb-II-Declaration-24-August-2023-1.pdf</a>, 3.</p>
<p><a href="#_ednref45" name="_edn45"><sup>45</sup></a> Abeer Abu Omar and Vivian Nereim, « Saudi Sovereign Fund Targets $1.1 Trillion in Assets by 2025 », <em>Bloomberg</em>, 24 janvier 2021, <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-01-24/saudi-sovereign-fund-targets-1-1-trillion-in-assets-by-2025?leadSource=uverify%20wall">https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-01-24/saudi-sovereign-fund-targets-1-1-trillion-in-assets-by-2025?leadSource=uverify%20wall</a> ; Jiaxing Li, « Saudi’s US$700 Billion Wealth Fund Is a Fan of Alibaba, Pinduoduo, Flat Glass Stocks as Middle East-China Ties Spur New Deals », <em>South China Morning Post</em>, 23 juin 2023, <a href="https://www.scmp.com/business/markets/article/3224986/saudis-us700-billion-wealth-fund-fan-alibaba-pdd-flat-glass-stocks-middle-east-china-ties-spur-new">https://www.scmp.com/business/markets/article/3224986/saudis-us700-billion-wealth-fund-fan-alibaba-pdd-flat-glass-stocks-middle-east-china-ties-spur-new</a>.</p>
<p><a href="#_ednref46" name="_edn46"><sup>46</sup></a> Cyril Ramaphosa, conférence de presse annonçant les résultats du XV Sommet des BRICS, Johannesburg, Afrique du Sud, 24 août 2023, <a href="https://brics2023.gov.za/2023/08/24/brics-chair-president-cyril-ramaphosas-media-briefing-remarks-announcing-the-outcomes-of-the-xv-brics-summit/">https://brics2023.gov.za/2023/08/24/brics-chair-president-cyril-ramaphosas-media-briefing-remarks-announcing-the-outcomes-of-the-xv-brics-summit/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref47" name="_edn47"><sup>47</sup></a> Hector Perez-Saiz, Longmei Zhang, et Roshan Iyer, « Currency Usage for Cross-Border Payments », <em>IMF Working Papers</em> 72, 24 mars 2023, <a href="https://www.elibrary.imf.org/view/journals/001/2023/072/article-A001-en.xml">https://www.elibrary.imf.org/view/journals/001/2023/072/article-A001-en.xml</a>.</p>
<p><a href="#_ednref48" name="_edn48"><sup>48</sup></a> Perez-Saiz, Zhang, et Iyer, « Currency Usage ».</p>
<p><a href="#_ednref49" name="_edn49"><sup>49</sup></a> <em>General Strategy for 2022–2026: Scaling up Development Finance for a Suitable Future</em>, Nouvelle Banque de développement, consulté le 15 novembre 2023, <a href="https://www.ndb.int/about-ndb/general-strategy/">https://www.ndb.int/about-ndb/general-strategy/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref50" name="_edn50"><sup>50</sup></a> Michael Scott, « BRICS Bank Strives to Reduce Reliance on the Dollar », <em>Financial Times</em>, 22 août 2023, <a href="https://www.ft.com/content/1c5c6890-3698-4f5d-8290-91441573338a">https://www.ft.com/content/1c5c6890-3698-4f5d-8290-91441573338a</a>.</p>
<p><a href="#_ednref51" name="_edn51"><sup>51</sup></a> <em>BRICS and Africa</em>, XV Sommet des BRICS, 2.</p>
<p><a href="#_ednref52" name="_edn52"><sup>52</sup></a> <em>BRICS and Africa</em>, XV Sommet des BRICS, 3.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Défendre notre souveraineté : Les bases militaires américaines en Afrique et l&#8217;avenir de l&#8217;unité africaine</title>
		<link>https://dev.thetricontinental.org/fr/dossier-42-militarisation-afrique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[ariana]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Jul 2021 17:44:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossier]]></category>
		<category><![CDATA[China]]></category>
		<category><![CDATA[migration]]></category>
		<category><![CDATA[Thomas Sankara]]></category>
		<category><![CDATA[Democratic Republic of the Congo]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://thetricontinental.org/?p=106815</guid>

					<description><![CDATA[Fondé sur un travail de recherche original mené avec Global South Insights, le dossier n° 72 analyse les changements structurels en cours dans le monde et le nouvel état d’esprit dans le Sud global.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="single-post--content--editors-note">Publié en collaboration avec le groupe de recherche du Mouvement socialiste du Ghana</p>
<p>Comment peut-on visualiser l’empreinte de l’Empire ?</p>
<p>Les images de ce dossier cartographient certaines des bases militaires de l’AFRICOM sur le continent africain, qu’elles soient « durables » ou « non durables », en vertu de leur appellation officielle. Les photos satellites ont été rassemblées par Josh Begley, artiste de données (<em>data artist</em>), qui a dirigé un <strong>projet</strong> de cartographie visant à répondre à la question suivante : « Comment mesurer l’empreinte militaire ? »</p>
<p>Pour ce dossier, l’Institut Tricontinental de recherche sociale a projeté physiquement les images et les coordonnées de ces sites cachés sur une carte de l’Afrique, reconstituant ainsi visuellement l’appareil de militarisation d’aujourd’hui.</p>
<p>Les épingles et les fils qui relient ces lieux nous rappellent les « salles de guerre » de la domination coloniale. L’ensemble de ces images témoigne visuellement de la poursuite de la « fragmentation et de la subordination des peuples et des gouvernements du continent », comme nous l’écrivons dans ce dossier.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-106831 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_2-1.jpg" alt="" width="950" height="637" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_2-1.jpg 950w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_2-1-300x201.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_2-1-768x515.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px"></div>
<div class="single-post--content--epigraph">
<p>Refuser l’état de survie, desserrer les pressions, libérer nos campagnes d’un immobilisme moyenâgeux ou d’une régression, démocratiser notre société, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l’avenir. Briser et reconstruire l’administration à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler incessamment que sans formation patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance. Tel est notre programme politique.</p>
<p class="single-post--content--epigraph--byline">Thomas Sankara (Président, Burkina Faso) aux Nation Unies, le 4 octobre 1984.</p>
</div>
<p>Le 30 mai 2016, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine a tenu sa 601e réunion. Bien que l’ordre du jour fût chargé, les membres du CPS sont arrivés à la réunion préoccupés par une série de conflits : l’effondrement de l’État libyen et son impact sur le Sahel, les luttes en cours dans la région du lac Tchad avec la persistance de Boko Haram, et les guerres qui ont marqué la région des Grands Lacs (avec la perte de souveraineté de la République démocratique du Congo sur son flanc oriental). La « responsabilité première d’assurer une prévention efficace des conflits », <strong>notait</strong> le CPS, ” incombe aux États membres », à savoir les cinquante-cinq pays du continent africain, de l’Algérie au Zimbabwe.</p>
<p>Le CPS n’a besoin d’aucune leçon sur l’étendue de ses propres limites, qui sont doubles :</p>
<ol>
<li>La fragmentation interne. Quelques mois seulement avant la réunion de mai, le CPS autorisa le déploiement de 5 000 soldats de la Mission africaine de prévention et de protection au Burundi. Cela s’explique en partie par les causes persistantes du conflit de longue date dans les Grands Lacs, qui comprend la guerre civile burundaise (1993-2005) ainsi que la crise politique provoquée par l’étouffement du système politique opéré par le président Pierre Nkurunziza, qui a conduit à des manifestations publiques et à la répression d’État en 2015. Le président Nkurunziza a poussé les chefs de gouvernement africains à bloquer la décision du CPS. L’UA conclua que la situation au Burundi s’était calmée, bien que les Nations unies aient pu réunir des preuves indiquant l’existence de crimes contre l’humanité. Il s’agit là d’un exemple de la fragmentation des dirigeants africains, qui a empêché le CPS de faire avancer les choses.</li>
<li>Les pressions extérieures. En février-mars 2011, le CPS s’est réuni pour élaborer une véritable feuille de route visant à apaiser le conflit en Libye. Une mission du CPS s’est réunie à Nouakchott, en Mauritanie, pour se rendre à Tripoli, en Libye, et ouvrir des négociations sur la base du paragraphe 7 du communiqué du CPS. Ce paragraphe – connu sous le nom de « feuille de route » – contenait une élégante feuille de route en quatre points, comprenant la cessation des hostilités, l’acheminement de l’aide humanitaire par le biais de la coopération, la protection des ressortissants étrangers, ainsi que l’adoption et la mise en œuvre de réformes politiques visant à éliminer les causes de la crise. Le gouvernement libyen et l’opposition ont d’abord rejeté la feuille de route, mais les voies du dialogue sont restées ouvertes, raison pour laquelle une mission du CPS était prête à se rendre à Tripoli. La veille du départ de la mission du CPS, la France et les États-Unis ont commencé à bombarder la Libye. Ces bombardements se font sous l’égide de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU (votée par trois pays africains : le Gabon, le Nigeria et l’Afrique du Sud). L’« intervention humanitaire » a rapidement dépassé le mandat de protection des citoyens de l’ONU, s’orientant vers un changement de régime en recourant à une immense violence qui a fait des victimes parmi les civils. Le mépris affiché par les États de l’Atlantique Nord à l’égard de l’Union africaine et du CPS est passé pratiquement inaperçu.</li>
</ol>
<p>Après la guerre de l’OTAN contre la Libye, la région du Sahel a connu un certain nombre de conflits, dont beaucoup étaient le résultat de l’émergence de formes de militantisme, de piraterie et de contrebande. Prenant pour prétexte ces conflits, et enflammés par la guerre de l’OTAN, la France et les États-Unis sont intervenus militairement dans l’ensemble du Sahel. En 2014, la France a <a href="https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/securite-desarmement-et-non-proliferation/crises-et-conflits/l-action-de-la-france-au-sahel/">mis en place le G-5 Sahel</a>, un dispositif militaire comprenant le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, et a agrandi ou ouvert de nouvelles bases militaires à Gao (Mali), N’Djamena (Tchad), Niamey (Niger) et Ouagadougou (Burkina Faso). Les États-Unis, pour leur part, <a href="https://theintercept.com/2018/08/21/us-drone-base-niger-africa/">ont construit une énorme base de drones à Agadez</a>, au Niger, d’où ils effectuent des frappes de drones et une surveillance aérienne dans le Sahel et le désert du Sahara. Il s’agit de l’une des <a href="https://theintercept.com/2020/02/27/africa-us-military-bases-africom/">nombreuses bases</a> américaines sur le continent africain. Les États-Unis disposent de vingt-neuf installations militaires connues dans quinze pays du continent, tandis que la France possède des bases dans dix pays. Aucun autre pays extérieur au continent ne possède autant de bases militaires en Afrique.</p>
<p>Le nombre de bases militaires étrangères sur le continent africain a alarmé le CPS, qui <a href="https://www.peaceau.org/en/article/the-601th-meeting-of-the-au-peace-and-security-council-on-early-warning-and-horizon-scanning">en a fait une question importante</a> lors de sa réunion de mai 2016 :</p>
<blockquote><p>Le Conseil a noté avec une vive préoccupation l’existence de bases militaires étrangères et la création de nouvelles bases dans certains pays africains, ainsi que l’incapacité des Etats membres concernés à contrôler efficacement les flux d’armes à destination et en provenance de ces bases militaires étrangères. A cet égard, le Conseil a souligné la nécessité pour les Etats membres de faire preuve de circonspection chaque fois qu’ils concluent des accords susceptibles de conduire à l’établissement de bases militaires étrangères dans leurs pays.</p></blockquote>
<p>Depuis 2016, peu de progrès ont été réalisés par rapport à la déclaration du CPS. Il est révélateur que le CPS n’ait pas nommé les pays qui ont le plus de bases sur le continent, une question de quantité qui a un impact sur la capacité d’étouffement de la souveraineté africaine. Si le CPS avait désigné les États-Unis et la France comme les principaux pays possédant des bases militaires en Afrique, il aurait dû reconnaître les raisons particulières pour lesquelles les États-Unis et la France continuent à avoir besoin d’une présence militaire pour parvenir à leurs fins.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106851" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106851" class="wp-image-106851 size-full img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_3-1.jpg" alt="" width="950" height="760" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_3-1.jpg 950w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_3-1-300x240.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_3-1-768x614.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px"><p id="caption-attachment-106851" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Arba Minch, Ethiopie 6.040864 | 37.588118; Source: Google Maps</small></p></div>
</div>
<p>Il est important de reconnaître que ces développements ne sont ni la norme dans l’histoire moderne africaine, ni inévitables. En 1965, l’ancien président du Ghana, Kwame Nkrumah, publiait un livre intitulé <em>Le néo-colonialisme : dernier stade de l’Impérialisme ;</em> ouvrage important dans lequel il réfléchit au phénomène des bases militaires. Celles-ci étaient monnaie courante à l’époque du haut colonialisme, avec des bases réparties sur tout le continent, de la base britannique de Salisbury dans l’ancienne Rhodésie (aujourd’hui Harare, Zimbabwe) à la base française de Mers El Kébir, en Algérie. Les armées britannique et américaine disposaient de bases en Libye ; de la base aérienne de Wheelus aux postes militaires de Tobrouk et d’El Adem. En échange du terrain et du droit de caser des troupes dans ces endroits, le Royaume-Uni et les États-Unis ont fourni à la Libye une « aide », dont Nkrumah a dit à juste titre qu’elle était une compensation pour la perte de la souveraineté. Voici donc son <a href="https://www.marxists.org/subject/africa/nkrumah/neo-colonialism/neo-colonialism.pdf">analyse </a>concernant ces bases en Afrique :</p>
<blockquote><p>Une puissance mondiale ayant décidé, sur la base de principes de stratégie globale, qu’il est nécessaire d’avoir une base militaire dans tel ou tel pays nominalement indépendant, doit s’assurer que le pays où la base est située est amical. Voilà une autre raison de la balkanisation. Si la base peut être située dans un pays dont la situation économique est telle qu’il ne peut survivre sans une « aide » substantielle de la part de la puissance militaire qui possède la base, alors, dit-on, la sécurité de la base peut être assurée. Comme tant d’autres hypothèses sur lesquelles repose le néocolonialisme, celle-ci est fausse. La présence de bases étrangères suscite plus rapidement et plus sûrement que toute autre chose l’hostilité de la population aux accords néocoloniaux qui les autorisent, et dans toute l’Afrique, ces bases disparaissent. La Libye peut être citée comme exemple de l’échec de cette politique.</p></blockquote>
<p>En 1964, l’Égyptien Gamal Abdel Nasser demanda la fermeture de ces bases, et en 1970, après que le colonel Mouammar Kadhafi eut renversé la monarchie, les bases ont été fermées. Cinq ans auparavant, Nkrumah avait correctement évalué l’état d’esprit du peuple libyen. Cet état d’esprit, qui date de 1965, perdure jusqu’à aujourd’hui. Depuis sa création en 2007, le commandement du gouvernement états-unien pour l’Afrique (AFRICOM) n’a pas réussi à s’implanter sur le continent africain ; le siège de l’AFRICOM se trouve à Stuttgart, en Allemagne. Les populations africaines continuent de faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils ne cèdent pas aux demandes américaines de transférer le siège de l’AFRICOM de l’Europe vers l’Afrique.</p>
<p>Le néocolonialisme, note Nkrumah, cherche à fragmenter l’Afrique, à affaiblir les institutions étatiques africaines, à empêcher l’unité et la souveraineté africaines et, par conséquent, à subordonner les aspirations du continent à la consolidation panafricaine. Ni l’Organisation de l’unité africaine (1963-2002) ni l’Union africaine (à partir de 2002) n’ont été en mesure de réaliser les deux principes les plus importants du panafricanisme : l’unité politique et la souveraineté territoriale. La présence durable de bases militaires étrangères ne symbolise pas seulement l’absence d’unité et de souveraineté ; elle renforce également la fragmentation et la subordination des peuples et des gouvernements du continent.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106841" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106841" class="size-full wp-image-106841 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_4-1.jpg" alt="" width="950" height="760" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_4-1.jpg 950w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_4-1-300x240.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_4-1-768x614.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px"><p id="caption-attachment-106841" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Nzara, Soudan du Sud 4.634998 | 28.26727; Source: Google Maps</small></p></div>
</div>
<h2 style="margin:3em 0;">Le renoncement à notre souveraineté</h2>
<p>En 2018, le ministère de la Défense des États-Unis a proposé au Ghana de conclure un accord avec les États-Unis sur le statut des forces (<em>Status of Forces Agreement, SOFA</em>) ; un accord de 20 millions de dollars qui permettrait à l’armée américaine d’étendre sa présence au Ghana. En mars, le mécontentement généralisé à l’égard de cet accord <a href="https://apnews.com/article/de39fee7644347498cd0df049afce2b4">a fait descendre</a> une grande partie de la population dans la rue ; les partis d’opposition, qui s’inquiétaient de la possibilité que les États-Unis construisent une base militaire dans le pays, ont fait part de leurs objections au parlement. En avril, le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, <u>déclara</u> que son gouvernement n’avait « pas offert de base militaire et n’offrirait pas de base militaire aux États-Unis d’Amérique ». L’ambassade des États-Unis à Accra <a href="https://gh.usembassy.gov/statement-status-forces-agreement/">a répété</a> cette déclaration, affirmant que « les États-Unis n’ont pas demandé et n’ont pas l’intention d’établir une ou plusieurs bases militaires au Ghana ». <a href="https://www.state.gov/wp-content/uploads/2019/02/18-531-Ghana-Defense-Status-of-Forces.pdf">L’accord</a> SOFA a été signé en mai 2018.</p>
<p>Il n’est pas nécessaire de lire attentivement le texte de l’accord pour savoir qu’il existe effectivement une possibilité que les États-Unis construisent une base dans le pays. L’article 5, par exemple, stipule :</p>
<blockquote><p>Le Ghana fournit par la présente un accès et une utilisation sans entrave des installations et zones convenues aux forces des États-Unis, aux prestataires des États-Unis et à d’autres personnes, comme convenu mutuellement. Les installations et zones convenues, ou des parties de celles-ci, fournies par le Ghana sont désignées comme étant soit à usage exclusif des forces des États-Unis, soit à usage conjoint des forces des États-Unis et du Ghana. Le Ghana fournit également l’accès et l’utilisation d’une piste d’atterrissage répondant aux besoins des forces américaines.</p></blockquote>
<p>En vertu de cet article, les États-Unis sont autorisés à créer leurs propres installations militaires au Ghana. Par définition, cela signifie qu’ils peuvent établir une base. Le renoncement à la souveraineté du Ghana est également mis en évidence lorsque l’accord SOFA stipule (article 6) que les États-Unis « auront la priorité dans l’accès et l’utilisation des installations et des zones agréées » et que cette utilisation et cet accès par d’autres « peuvent être autorisés avec le consentement exprès des forces ghanéennes et américaines ».</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106861" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106861" class="size-full wp-image-106861 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_5-1.jpg" alt="" width="950" height="760" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_5-1.jpg 950w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_5-1-300x240.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_5-1-768x614.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px"><p id="caption-attachment-106861" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Ouagadougou, Burkina Faso 12.361688 | -1.511828; Source: Google Maps</small></p></div>
</div>
<p>En outre, l’article 3 stipule que les troupes américaines « peuvent posséder et porter des armes au Ghana lorsqu’elles sont en service officiel » et qu’elles bénéficient « des privilèges, exemptions et immunités équivalents à ceux accordés au personnel administratif et technique d’une mission diplomatique ». En d’autres termes, les troupes américaines peuvent être armées et, si elles sont accusées d’un crime, elles ne seront pas jugées par les tribunaux ghanéens.</p>
<p>En mars 2018, le ministre ghanéen de la défense, Dominic Nitiwul, a été interpellé sur une station de radio par Kwesi Pratt du Forum Socialiste du Ghana (Socialist Forum Ghana-SFG). Nitiwul a déclaré que cet accord n’avait rien de particulier, puisque d’autres pays africains – comme le Sénégal – avaient <a href="https://sn.usembassy.gov/governments-senegal-u-s-sign-defense-cooperation-agreement/">signé </a>de tels accords. Selon lui, le Ghana a signé des accords similaires avec les États-Unis en 1998 et en 2007, mais ces accords ont été conclus en secret parce qu’il n’y avait pas d’exonération fiscale. M. Pratt avertit que le Ghana « renoncerait à sa souveraineté » en concluant cet accord. Le sentiment général dans le pays était opposé à la base, c’est pourquoi le gouvernement ghanéen et les États-Unis ont tous deux nié le projet de construction d’une base.</p>
<p>Pratt avait raison. La présence américaine à l’aéroport international de Kotoka à Accra est devenue le cœur du réseau logistique de l’armée américaine en Afrique de l’Ouest. En 2018, des vols hebdomadaires en provenance de la base aérienne de Ramstein en Allemagne ont atterri à Accra avec des fournitures (y compris des armes et des munitions) pour au moins 1 800 soldats des forces spéciales américaines répartis dans toute l’Afrique de l’Ouest. Le général de brigade Leonard Kosinski <a href="https://www.defenseone.com/policy/2019/02/africom-adds-logistics-hub-west-africa-hinting-enduring-us-presence/155015/">a déclaré</a> en 2019 que ce vol hebdomadaire était « en fait une ligne de bus ». À l’aéroport de Kotoka, les États-Unis disposent de locaux de sécurité coopérative (<em>Cooperative Security Location</em>). En réalité, c’est une base qui ne dit pas son nom.</p>
<h2 style="margin:3em 0;">L’empreinte états-unienne</h2>
<p>Le continent africain ne compte pas un nombre exceptionnellement élevé de bases militaires étrangères. On en trouve dans le monde entier ; des bases américaines au Japon aux bases britanniques en Australie. Aucun pays n’a une plus grande <a href="https://www.ufrgs.br/ufrgsmun/2014/files/DIS1.pdf">empreinte militaire</a> dans le monde que les États-Unis. Selon le Plan d’opérations commerciales de la défense nationale des États-Unis (2018-2022), l’armée américaine <a href="https://cmo.defense.gov/Portals/47/Documents/Publications/NBDOP/TAB%20A%20FY18-22%20NDBOP%20(CMO%20signed%2005_18_18).pdf?ver=2018-05-25-131454-700">gère</a> un « portefeuille mondial composé de plus de 568 000 actifs (bâtiments et structures), répartis sur près de 4 800 sites dans le monde entier ».</p>
<p>En 2019, l’AFRICOM a dressé une <a href="https://theintercept.com/2020/02/27/africa-us-military-bases-africom/">liste</a> de certaines de ses bases militaires connues sur le continent africain, en distinguant celles qui ont une « empreinte durable » (une base permanente) et celles qui ont une « empreinte non durable » ou des « nénuphars » (une base semi-permanente) :</p>
<div class="single-post--table-responsive--wrapper">
<table class="single-post--table single-post--table-responsive">
<thead>
<tr>
<th>Bases à empreinte durable</th>
<th>Bases à empreinte non durable</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr>
<td>1. Chebelley, Djibouti</td>
<td>1. Chebelley, Djibouti</td>
</tr>
<tr>
<td>2. Camp Lemonnier, Djibouti</td>
<td>2. Camp Lemonnier, Djibouti</td>
</tr>
<tr>
<td>3. Entebbe, Ouganda</td>
<td>3. Entebbe, Ouganda</td>
</tr>
<tr>
<td>4. Mombasa, Kenya</td>
<td>4. Mombasa, Kenya</td>
</tr>
<tr>
<td>5. Baie de Manda, Kenya</td>
<td>5. Baie de Manda, Kenya</td>
</tr>
<tr>
<td>6. Libreville, Gabon</td>
<td>6. Libreville, Gabon</td>
</tr>
<tr>
<td>7. St. Helene, Ile de l’Ascension</td>
<td>7. St. Helene, Ile de l’Ascension</td>
</tr>
<tr>
<td>8. Accra, Ghana</td>
<td>8. Accra, Ghana</td>
</tr>
<tr>
<td>9. Ouagadougou, Burkina Faso</td>
<td>9. Ouagadougou, Burkina Faso</td>
</tr>
<tr>
<td>10. Dakar, Sénégal</td>
<td>10. Dakar, Sénégal</td>
</tr>
<tr>
<td>11. Agadez, Niger</td>
<td>11. Agadez, Niger</td>
</tr>
<tr>
<td>12. Niamey, Niger</td>
<td>12. Niamey, Niger</td>
</tr>
<tr>
<td>13. N’Djamena, Tchad</td>
<td>13. N’Djamena, Tchad</td>
</tr>
<tr>
<td></td>
<td>14. Kismayo, Somalia</td>
</tr>
<tr>
<td></td>
<td>15. Mogadishu, Somalia</td>
</tr>
<tr>
<td></td>
<td>16. Wajir, Kenya</td>
</tr>
<tr>
<td></td>
<td>17. Kotoka, Ghana</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</div>
<p>La liste ne contient pas les bases où les États-Unis utilisent des « installations du pays hôte », comme à Singo, en Ouganda, et à Thiès, au Sénégal.</p>
<p>La présence importante des forces armées américaines sur le continent africain n’est pas une surprise. Les États-Unis disposent de la plus grande force militaire de la planète, tant en termes de ressources que les États-Unis consacrent à leur armée qu’en termes de portée de l’armée grâce à sa structure de base et à sa capacité navale et aérienne. Aucune autre force militaire au monde n’égale celle des États-Unis, qui <a href="https://www.sipri.org/sites/default/files/2021-04/fs_2104_milex_0.pdf">dépensent </a>plus pour leur budget militaire que les onze pays suivants réunis. La Chine, qui suit les États-Unis en matière de dépenses militaires, ne dépense qu’un tiers de ce que les États-Unis dépensent par an.</p>
<p>L’empreinte de l’armée américaine sur le continent africain n’est pas seulement quantitativement plus importante que celle des bases de tout autre pays non africain sur le continent, mais l’ampleur même de la présence et des activités militaires lui confère un caractère qualitativement différent ; ce caractère inclut la capacité des États-Unis à défendre leurs intérêts sur le continent et à tenter d’empêcher toute concurrence sérieuse à leur contrôle des ressources et des marchés. L’armée américaine remplit deux missions sur le continent:</p>
<ol>
<li><strong>Fonctions de gendarme.</strong> L’armée américaine n’opère pas seulement pour procurer un avantage aux États-Unis et à ses élites dirigeantes, mais elle fonctionne – avec les armées des autres pays de l’OTAN, y compris la France – comme le garant des intérêts des entreprises occidentales et des principes du capitalisme. Nkrumah est arrivé à la même conclusion en 1965, en déclarant que « les matières premières de l’Afrique sont un élément important dans le renforcement militaire des pays de l’OTAN… Leurs industries, en particulier les usines stratégiques et nucléaires, dépendent largement des matières premières qui proviennent des pays les moins développés ». Les rapports de l’armée américaine décrivent régulièrement la responsabilité de ses forces armées pour assurer un flux constant de matières premières pour les entreprises – en particulier l’énergie – et pour maintenir une circulation sans entrave des marchandises par les voies maritimes. Parmi ces rapports, citons « la politique énergétique nationale » (National Energy Policy), datant de mai 2001, du groupe de développement de la politique énergétique nationale, dirigé par l’ancien vice-président Dick Cheney, et « évaluation et renforcement de la base industrielle de fabrication et de défense et de la résilience de la chaîne d’approvisionnement des États-Unis » (Assessing and Strengthening the Manufacturing and Defense Industrial Base and Supply Chain Resiliency of the United States), datant de septembre 2018 et publié par le groupe de travail interagences, en application du décret 13806. En ce sens, l’armée américaine – aux côtés de ses partenaires de l’OTAN – opère en tant que gendarme non pas pour la communauté mondiale, mais pour les bénéficiaires du capitalisme. Aux côtés des États-Unis se trouve la France, dont la présence militaire au Niger est étroitement liée aux impératifs du secteur énergétique français, qui a besoin de l’uranium extrait à Arlit (Niger). Une ampoule française sur trois est alimentée par l’uranium de cette ville nigérienne, où des troupes françaises sont en garnison.</li>
<li><strong>La nouvelle guerre froide.</strong> Tandis que les intérêts commerciaux privés et publics de la Chine se sont accrus sur le continent africain et que les entreprises chinoises ont régulièrement supplanté les entreprises occidentales [dans le cadre d’appels d’offres], la pression exercée par les États-Unis pour contenir la Chine sur le continent s’est accentuée. La Nouvelle stratégie pour l’Afrique du gouvernement états-unien (2019) caractérise la situation en termes de concurrence : « Les grandes puissances concurrentes, à savoir la Chine et la Russie, étendent rapidement leur influence financière et politique à travers l’Afrique. Ils ciblent délibérément et agressivement leurs investissements dans la région pour obtenir un avantage concurrentiel sur les États-Unis ». L’Union européenne lui a emboité le pas avec un rapport intitulé vers une stratégie globale avec l’Afrique (2020), qui, sans mentionner directement la Chine, s’inquiète de la « concurrence pour les ressources naturelles ».</li>
</ol>
<p>Ces deux points – la fonction de gendarme et la nouvelle guerre froide – méritent d’être développés.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106872" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106872" class="size-full wp-image-106872 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_6-1.jpg" alt="" width="950" height="760" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_6-1.jpg 950w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_6-1-300x240.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_6-1-768x614.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px"><p id="caption-attachment-106872" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Agadez, Niger 16.950278 | 8.013889; Source: Google Maps</small></p></div>
</div>
<h2 style="margin:3em 0;">L’exploitation des ressources</h2>
<p>L’Afrique est <a href="https://www.worldometers.info/world-population/#region">la deuxième</a> plus grande masse continentale du monde avec la deuxième population continentale la plus importante (1,34 milliard de personnes en 2020) – plus que les populations d’Amérique du Nord et d’Europe réunies (1,1 milliard de personnes). L’Asie est le continent le plus vaste et le plus peuplé (4,64 milliards d’habitants).</p>
<p>Le sous-sol africain <a href="https://www2.bgs.ac.uk/mineralsuk/download/world_statistics/2010s/WMP_2015_2019.pdf">recèle </a>d’importantes ressources naturelles : 98 % du chrome, 90 % du cobalt, 90 % du platine, 70 % du coltan, 70 % du tantalite, 64 % du manganèse, 50 % de l’or et 33 % de l’uranium, ainsi qu’une part importante des réserves mondiales d’autres minéraux tels que la bauxite, les diamants, le tantale, le tungstène et l’étain. Le continent <a href="https://www.unep.org/regions/africa/our-work-africa">détient </a>30 % de toutes les réserves minérales, 12 % des réserves connues de pétrole, 8 % des réserves connues de gaz naturel et 65 % des terres arables du monde. Le Programme des Nations unies pour l’environnement <a href="https://www.unep.org/regions/africa/our-work-africa">estime </a>que le capital naturel de l’Afrique représente entre 30 et 50 % de la richesse totale des pays africains. En 2012, les Nations unies <a href="https://web.unep.org/sites/all/themes/Amcen6/AMCEN15Docs/AMCEN-15-3%20-%20e-pdf.pdf">ont estimé</a> que les ressources naturelles représentaient 77 % du total des exportations et 42 % du total des recettes publiques.</p>
<p>La dépendance des États africains à l’égard des exports de matières premières de toutes sortes – en raison du pouvoir des multinationales et du manque d’industrialisation dans un certain nombre de pays africains – les a placés dans une position de dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers. Cette situation de dépendance a été structurée par les politiques des dirigeants coloniaux, qui ont maintenu une activité économique en Afrique basée sur l’extraction et la croissance de la production de matières premières qui ont ensuite été vendues par le biais de concessions coloniales aux pays de leurs dirigeants. Cette dépendance a été héritée par des générations d’élites postcoloniales, qui en ont tiré des rentes et n’ont rien fait pour modifier la structure. Les États africains dépendent donc des recettes extérieures provenant des exportations de matières premières, des programmes d’aide des gouvernements occidentaux et de l’aide institutionnelle.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106882" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106882" class="size-full wp-image-106882 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_7-1.jpg" alt="" width="950" height="760" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_7-1.jpg 950w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_7-1-300x240.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_7-1-768x614.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px"><p id="caption-attachment-106882" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Entebbe CSL, Uganda 0.046175 | 32.45588; Source: Google Maps</small></p></div>
</div>
<p>Cette dépendance ouvre la voie à des manipulations abusives de la part des gouvernements étrangers qui ont des intérêts permanents en Afrique. Les gouvernements en place utilisent les ressources naturelles dont ils sont dotés pour obtenir l’aide de partenaires étrangers sans prêter une attention particulière aux exigences et aux conditions de l’aide. Ces conditions d’aide privent les pays africains des revenus dont ils ont besoin. Par exemple, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique <a href="https://unctad.org/news/unctad-uneca-help-african-countries-measure-illicit-financial-flows">signale </a>qu’au cours des cinquante dernières années, les flux financiers illicites ont entraîné la perte d’au moins 1 000 milliards de dollars, « une somme presque équivalente à toute l’aide publique au développement que le continent a reçue au cours de la même période ». Ce sont des fonds précieux qui pourraient être utilisés pour diversifier les économies africaines, construire les infrastructures manquantes et améliorer les salaires sur le continent. La dépendance économique réduit les options des gouvernements africains, qui deviennent de plus en plus subordonnés aux intérêts et aux puissances étrangères. Parmi les gouvernements économiquement subordonnés, la volonté politique de résister aux interventions militaires – qu’il s’agisse d’établir de nouvelles bases étrangères ou de permettre aux armées étrangères d’opérer d’une myriade d’autres manières – est négligeable.</p>
<p>Plusieurs plateformes panafricaines ont vu le jour au cours de la dernière décennie pour remédier à cette dépendance, notamment le Cadre alternatif africain pour les programmes d’ajustement structurel en vue du redressement et de la transformation socio-économiques (1989), la Vision minière de l’Afrique (2008), la Déclaration de Gaborone pour le développement durable en Afrique (2012), la déclaration d’Arusha sur la stratégie africaine pour le développement durable après Rio+20 (2012), le communiqué du Forum africain de développement lors du huitième sommet (2014), et enfin l’adoption par l’Union africaine du premier plan décennal de mise en œuvre (2014-2023), présenté dans le troisième document de l’Agenda 2063 : L’Afrique que nous voulons (2015). Chacun de ces documents – avec des niveaux d’insistance différents – souligne la nécessité de rompre la dépendance à l’égard des exportations de matières premières, de mieux gérer les contrats signés avec les entreprises multinationales et d’utiliser les ressources tirées des exportations pour améliorer les conditions de la vie sociale, comme le prévoient les accords de l’ONU sur les objectifs de développement durable.</p>
<p>L’incapacité à exploiter correctement les ressources et à mettre en œuvre un programme de développement axé sur les populations crée un contexte social propice aux conflits politiques et militaires, y compris aux insurrections qui se cristallisent souvent sur des lignes ethniques et religieuses, ainsi qu’à l’expansion des migrations sur le continent et vers l’Europe. Ces deux résultats de la crise économique profonde des États africains – les conflits et les migrations – constituent l’excuse superficielle que des pays comme les États-Unis et la France utilisent pour établir des bases militaires sur le continent.</p>
<ul>
<li><strong>Conflit</strong>. Le gouvernement états-unien a établi des relations militaires régulières – y compris des bases nénuphars [à empreinte non durable] – à São Tomé et Príncipe, dans le Golfe de Guinée. D’une part, les explications de la présence états-unienne dans cette région n’hésitent pas à dire directement qu’il s’agit de l’acheminement du pétrole nigérian et du pétrole du golfe de Guinée vers les États-Unis ; le Nigeria, membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, est le onzième producteur de pétrole au monde. D’autre part, le gouvernement des Etats-Unis affirme qu’il a une présence militaire dans le golfe de Guinée pour endiguer la croissance du militantisme islamique, en particulier de Daech et d’Al-Qaïda, même si les représentants du gouvernement conviennent que ces groupes n’ont pas une présence menaçante dans cette région.<br>
En Afrique centrale, l’AFRICOM est engagé depuis plus d’une décennie dans la formation de l’armée de la République démocratique du Congo (RDC), en particulier à Camp Base, une base militaire située aux abords immédiats de Kisangani. Selon un <a href="https://www.africom.mil/article/7196/us-and-drc-in-partnership-to-train-model-congolese">communiqué </a>de l’AFRICOM en 2010, la formation militaire ferait « partie d’un partenariat multilatéral à long terme entre les Etats-Unis et la RDC pour promouvoir la réforme du secteur de la sécurité dans le pays, [qui] assistera le gouvernement de la RDC dans ses efforts continus pour transformer les forces armées de la RDC ». Ces relations entre la RDC et l’AFRICOM <a href="https://www.africom.mil/pressrelease/33448/us-africa-command-leaders-visit-drc">se sont approfondies depuis.</a><br>
En 2007, une importante découverte de pétrole (<a href="https://www.climatechangenews.com/2021/03/19/totals-play-ugandan-oil-tests-climate-commitment-international-banks/">estimée</a> à 1,7 milliard de barils) a été faite à la frontière entre le Congo et l’Ouganda, dans la région du lac Albert. Il n’est donc pas surprenant que cette région soit devenue fortement militarisée. Cela est particulièrement évident dans la ville de Beni, au Nord-Kivu. Beni est l’épicentre de nombreux meurtres horribles souvent attribués au groupe rebelle ougandais appelé Forces démocratiques alliées (Allied Democratic Forces- ADF), qui opère au Congo depuis le début des années 1990. Le 27 janvier 2021, une délégation d’officiers de l’AFRICOM est arrivée en RDC pour <a href="https://www.africom.mil/pressrelease/33444/us-africa-command-senior-leaders-strengthen-foundation-of-partnership-with-african-countri">discuter </a>avec les militaires congolais de la nécessité d’une « coopération et d’engagements, d’efforts de sécurité et de stabilité, et de travailler ensemble pour professionnaliser davantage l’armée de la RDC et renforcer les liens ».<br>
Le 10 mars 2021, le département d’État américain a <a href="https://www.state.gov/state-department-terrorist-designations-of-isis-affiliates-and-leaders-in-the-democratic-republic-of-the-congo-and-mozambique/">désigné </a>les ADF comme « organisation terroriste étrangère » et « terroristes mondiaux spécialement ciblés », bien que les organisations locales et le groupe d’experts des Nations unies sur la RDC <a href="https://reliefweb.int/report/democratic-republic-congo/final-report-group-experts-democratic-republic-congo-s2019469">affirment </a>qu’il n’existe aucune preuve permettant de relier les ADF à Daech [l’Etat Islamique]. Le département d’État états-unien a adopté cette position sur la base d’<a href="https://www.reuters.com/article/us-usa-africa-islamic-state-idUSKBN2B30QJ">une déclaration</a> de la Foundation Bridgeway, la branche caritative de la société d’investissement Bridgeway Capital Management, basée au Texas. Cette désignation permet d’accroître la présence militaire états-unienne au Congo. La zone principale de cette présence sera adjacente aux réserves de pétrole. L’armée états-unienne continuera également à assurer la stabilité des hommes forts africains, qui en sont venus à compter sur le soutien des États-Unis pour assurer leur longévité.</li>
<li><strong>Migration.</strong> Les programmes d’austérité menés par le FMI et l’incapacité des États africains à gérer les ventes de ressources de manière à assurer une vie décente à la population ont entraîné des migrations à grande échelle sur le continent. Un quart des quelque 41,3 millions de migrants déplacés en raison de la violence et des conflits <a href="https://publications.iom.int/system/files/pdf/wmr_2020.pdf">ont tenté</a> d’émigrer vers l’Europe, tandis que le reste s’est déplacé à l’intérieur du continent. Les migrants qui souhaitent se rendre en Europe traversent le désert du Sahara jusqu’en Libye, ravagée par la guerre de l’OTAN, puis traversent la mer Méditerranée. Le voyage est dangereux, mais lorsque les Nations unies <a href="https://news.un.org/en/story/2019/10/1049641">ont interrogé</a> ceux qui ont réussi à traverser les sables et les eaux, plus de 90 % des migrants ont déclaré qu’ils recommenceraient.<br>
Les tentatives de l’Europe pour endiguer le flux de migrants à travers la mer Méditerranée ont été vaines. Les armées étrangères ont été utilisées au Sahel pour limiter les migrations et maintenir les migrants aussi loin que possible de la frontière européenne. C’est en partie pour cette raison que la France a mis sur pied l’initiative du G5 Sahel et que les États-Unis ont construit la grande base de drones d’Agadez, qui assure une surveillance aérienne importante des migrations dans la région. Ce que les pays européens ont fait, c’est exporter leurs frontières loin de leur propre territoire et s’assurer que l’interdiction sévère des réfugiés et des migrants se fasse hors de portée de leurs propres médias. Il s’agit d’une sorte d’externalisation de la crise des réfugiés : l’Occident peut mener ses terribles politiques anti-migratoires tout en donnant l’impression d’être innocent pendant que ses sous-traitants font le sale boulot. L’Europe a déplacé sa frontière méridionale de la bordure nord de la mer Méditerranée à la lisière sud du désert du Sahara, aujourd’hui parsemé de bases militaires de la Mauritanie au Tchad.</li>
</ul>
<p>Les arguments superficiels concernant la prévention des conflits et la gestion des flux migratoires sont monnaie courante. Mais, de temps à autre, des motivations plus profondes sont explicitées par certains responsables américains. Comme l’<a href="https://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:cO_KeRhesrYJ:https://www.economist.com/middle-east-and-africa/2008/04/10/americans-go-a-wooing+&amp;cd=1&amp;hl=en&amp;ct=clnk&amp;gl=se">a déclaré</a> en 2008 le commodore [rang militaire] John Nowell, qui dirige la station de partenariat avec l’Afrique de l’AFRICOM, « nous ne serions pas ici si ce n’était pas dans l’intérêt [des États-Unis] ». Par « ici », le commodore Nowell voulait dire le continent africain.</p>
<h2 style="margin:3em 0;">La nouvelle guerre froide</h2>
<p>En 2006, les auteurs de la revue quadriennale de défense du gouvernement états-unien, <a href="https://archive.defense.gov/pubs/pdfs/QDR20060203.pdf">ont écrit</a> que « parmi les grandes puissances et les puissances émergentes, la Chine est celle qui a le plus grand potentiel de rivaliser militairement avec les États-Unis et de mettre en œuvre des technologies militaires perturbatrices qui pourraient, avec le temps, contrebalancer les avantages traditionnels des États-Unis ». En fait, la capacité militaire de la Chine est essentiellement défensive, puisque la Chine a développé ses capacités militaires afin de défendre son littoral et son territoire. Le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, <a href="https://www.fmprc.gov.cn/mfa_eng/zxxx_662805/t1871430.shtml">a souligné</a> que son pays était attaché au multilatéralisme : « La Chine ne cherche jamais l’hégémonie mondiale », a-t-il déclaré le 24 avril 2021. Ce que les planificateurs américains indiquent plus précisément, c’est qu’ils n’aimeraient pas voir la puissance commerciale et politique chinoise remettre en cause l’hégémonie globale des États-Unis. Comme l’a dit le commodore Nowell, les intérêts états-uniens sont la raison de la présence du pays dans la région ; toute menace à ces intérêts doit être sapée par tous les moyens nécessaires.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106892" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106892" class="size-full wp-image-106892 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_8-1.jpg" alt="" width="950" height="760" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_8-1.jpg 950w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_8-1-300x240.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_8-1-768x614.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px"><p id="caption-attachment-106892" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Camp Lemonnier, Djibouti 11.544409 | 43.14707; Source: Google Maps</small></p></div>
</div>
<p>En 2013, le gouvernement chinois a inauguré l’initiative des « Nouvelles Routes de la Soie » (Belt and Road Initiative-BRI). Avant la formalisation de la BRI, le Forum sur la coopération sino-africaine a été mis en place en 2000 entre Pékin et, initialement, quarante-quatre pays africains (cinquante-trois des cinquante-cinq pays du continent ont depuis <a href="http://www.focac.org/eng/ltjj_3/ltffcy/">établi </a>des relations avec la Chine dans le cadre du Forum). Depuis 2013, la Chine a investi dans la quasi-totalité des pays africains, qui ont tous – à l’exception de l’Eswatini (ex-Swaziland) – rompu leurs liens avec Taïwan et reconnu la République populaire de Chine.</p>
<p>Au fil des ans, la Chine a signé plusieurs protocoles d’accord avec l’Union africaine, dont un en 2015 dans le cadre de l’Agenda 2063 pour soutenir la construction d’infrastructures. La Chine a investi d’importantes sommes d’argent dans des infrastructures clés telles que le projet ferroviaire Mali-Guinée et la ligne de chemin de fer Soudan-Sénégal ; dans des infrastructures énergétiques, telles que le projet hydroélectrique Mambilla de 2 600 MW au Nigeria et le barrage Bui de 400 MW au Ghana ; et dans des télécommunications, tels que des équipements de télécommunications pour l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya et le Soudan. En décembre 2020, <a href="https://www.scmp.com/news/china/diplomacy/article/3114052/after-us-retreat-china-breaks-ground-africa-cdc-headquarters">la construction</a> du nouveau siège des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, financé par la Chine à hauteur de 80 millions de dollars, a débuté au sud d’Addis-Abeba, en Éthiopie. À l’heure actuelle, environ 600 <a href="https://www.globaltimes.cn/page/202101/1213279.shtml">projets </a> ont été menés à bien à travers le monde, dans le cadre des nouvelles routes de la soie.</p>
<p>L’aide chinoise – contrairement à l’aide du FMI, aux investissements commerciaux occidentaux et à l’aide internationale au développement – n’est pas assortie de conditionnalités débilitantes. Les divers accords signés par la Chine témoignent de conditions plus favorables, mais surtout de la théorie chinoise du <a href="https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2989833">capital patient</a>, qui a jusqu’à présent été adoptée à l’intérieur des frontières de la Chine, mais qui s’est lentement imposée – par l’intermédiaire des banques d’État chinoises – comme un investisseur majeur en dehors de son territoire. La Chine est aujourd’hui <a href="https://unctad.org/system/files/official-document/wir2017_en.pdf">le deuxième pays</a> investisseur au monde, avec la Banque d’exportation et d’importation de Chine et la Banque de développement de Chine comme principaux investisseurs. Les prêts accordés par ces agences d’État sont des investissements à long terme et ne sont pas assortis de calendriers de remboursement à court terme. La Chine comprend parfaitement que ses prêts sont accordés pour éliminer les goulets d’étranglement au niveau des infrastructures et pour soutenir le développement social. Les pays emprunteurs bénéficient d’une certaine flexibilité car les bénéfices sont prévus à long terme. Par exemple, 30 % de l’investissement en Asie centrale et 80 % de <a href="https://www.ft.com/content/e83ced94-0bd8-11e6-9456-444ab5211a2f">l’investissement</a> au Pakistan ne seront pas récupérés.</p>
<p>Plutôt que de développer une politique commerciale et d’aide au développement humaine qui bénéficierait aux populations africaines, les États-Unis ont ouvert une « nouvelle guerre froide » contre la Chine sur le continent africain. Le développement de l’AFRICOM en 2007 ainsi que l’escalade des bases militaires américaines et alliées au Sahel, dans la Corne de l’Afrique et ailleurs font partie de cette nouvelle guerre froide. Fondamentalement, la nouvelle guerre froide a été structurée par une guerre de la « désinformation », qui se compose de deux éléments principaux :</p>
<ol start="1">
<li><strong>Le nouveau ‘colonialisme’ chinois</strong>. Il est étonnant de constater que les anciennes puissances coloniales, qui poursuivent une politique néocoloniale à l’égard de l’Afrique – comme l’avait souligné Nkrumah ; une politique néocoloniale évidente dans sa structure de base – tournent maintenant leur regard vers la Chine et <a href="https://www.justice.gov/opa/speech/transcript-attorney-general-barr-s-remarks-china-policy-gerald-r-ford-presidential-museum">l’accusent</a> d’être une puissance coloniale. La principale rhétorique utilisée dans cette guerre de désinformation est que la Chine utiliserait ses ressources financières pour faire tomber des États dans le piège de la dette, ce qui les obligerait à céder leurs ressources à bas prix. L’expression « diplomatie du piège de la dette » est utilisée contre la Chine, alors que ce n’est pas elle qui a mis en œuvre les prêts d’ajustement structurel qui ont entraîné la plupart des pays africains dans un piège cataclysmique de la dette qui n’a fait que s’aggraver au cours de la pandémie. Ce n’est pas la Chine, mais le FMI, qui a mis en place un cadre politique dicté par le département du Trésor des États-Unis. Alors que les États-Unis accusent la Chine de « refuser de renégocier les conditions [des prêts], puis de prendre le contrôle de l’infrastructure elle-même », la réalité est que les prêteurs chinois ont annulé, reporté et restructuré les conditions des prêts existants (avant et pendant la pandémie) et n’ont jamais saisi les actifs souverains d’un pays. Deux professeurs états-uniens de haut niveau ont publié <a href="https://www.theatlantic.com/international/archive/2021/02/china-debt-trap-diplomacy/617953/">un article</a> dans <em>The Atlantic</em> en février 2021 sous le titre révélateur « le piège de la dette chinoise est un mythe » (<em>The Chinese “Debt Trap” is a Myth »)</em>. L’accusation de colonialisme à l’encontre de la Chine est portée par des pays qui ont une histoire bien documentée de colonialisme et de néocolonialisme en Afrique.</li>
<li><strong>La puissance militaire chinoise</strong>. Les anciennes puissances coloniales accusent la Chine de renforcer sa présence militaire en Afrique. Ravivant une idée fausse et dépassée, le commandant de l’AFRICOM, le général Townsend, a récemment affirmé <a href="https://www.theafricareport.com/87554/us-cause-in-africa-not-helped-after-africoms-comments/">sans preuves</a> que la Chine cherchait à construire une base navale sur la côte de l’Afrique de l’Ouest. En fait, la présence militaire de la Chine est négligeable par rapport à celle de l’Occident. En 2008, la Chine a participé aux manœuvres de lutte contre la piraterie dans la Corne de l’Afrique et le golfe d’Aden ; ces opérations étaient basées sur <a href="https://digitallibrary.un.org/record/627953?ln=en">la résolution 1816</a> (2008) du Conseil de sécurité des Nations unies, qui demandait aux États membres de l’ONU de fournir au gouvernement de transition en Somalie « tous les moyens nécessaires pour réprimer les actes de piraterie et les vols à main armée ». Dix ans après le début de ces opérations, la Chine <a href="http://english.chinamil.com.cn/news-channels/pla-daily-commentary/2016-04/12/content_7002833.htm">a développé</a> sa première base militaire à l’étranger, à Djibouti. L’objectif de cette base était double : d’une part, fournir un soutien logistique aux navires d’escorte des pétroliers chinois dans le golfe d’Aden et, d’autre part, soutenir les campagnes multinationales de lutte contre la piraterie. Parallèlement, dans la région hautement militarisée de la Corne de l’Afrique, le gouvernement chinois <a href="https://www.globaltimes.cn/content/1013888.shtml">a financé</a> la construction du chemin de fer électrique éthiopien-djiboutien dans le cadre d’un projet de 4 milliards de dollars, tandis que la Banque d’exportation et d’importation de Chine <a href="https://china.aiddata.org/projects/30888">a financé</a> à hauteur de plus de 300 millions de dollars un aqueduc destiné à acheminer de l’eau potable d’Éthiopie à Djibouti. En matière de paix, <a href="https://theconversation.com/chinas-approach-to-peace-in-africa-is-different-how-and-why-129467">l’approche</a> de la Chine est qualitativement différente de celle des activités militaires étrangères occidentales qui se concentrent sur leur rôle de gendarme et de fournisseur d’armes, choisissant plutôt de se concentrer sur un développement économique basé sur la construction d’infrastructures et la réduction de la pauvreté.</li>
</ol>
<h2 style="margin:3em 0;">L’Union Africaine</h2>
<p>En 2016, l’Union africaine (UA) a soulevé la question des bases militaires étrangères sur le continent africain. La discussion n’a pas été approfondie depuis lors. La dépendance de l’Union africaine aux financements et ressources externes pour ses opérations, y compris le maintien de la paix, a limité sa liberté de prendre des décisions indépendantes, stratégiques et tactiques dans le cadre de ses opérations. Pour le maintien de la paix, par exemple, les États africains ne financent que 2 % du coût des opérations de paix et de sécurité de l’UA, tandis que les bailleurs de fonds étrangers – tels que l’Union européenne – <a href="https://cedricdeconing.net/2017/03/28/can-the-au-finance-its-own-peace-operations-and-if-so-what-would-the-impact-be/">fournissent</a> 98 % des fonds. Cette situation a limité la capacité du Conseil de paix et de sécurité à mener son propre agenda et explique pourquoi l’UA n’a pas été en mesure de poursuivre efficacement le débat sur les bases militaires étrangères.</p>
<p>Le 15 octobre 2003, Nile Gardiner et James Carafano de la Fondation Heritage aux États-Unis ont publié <a href="https://www.heritage.org/africa/report/us-military-assistance-africa-better-solution">un livre blanc</a> intitulé <em>Aide militaire des Etats-Unis pour l’Afrique : une meilleure solution</em> (<em>US Military Assistance for Africa : A Better Solution</em>). Selon ces auteurs, le gouvernement américain devrait créer un commandement américain pour l’Afrique qui interviendrait en Afrique « lorsque les intérêts nationaux vitaux [des États-Unis] sont menacés », à l’instar de ce qui a été fait en Amérique latine et dans les Caraïbes avec la création du commandement américain pour le Sud [US Southern Command] en 1963. Ce projet est devenu réalité en 2007. Deux pays africains, le Botswana et le Liberia, <a href="https://issafrica.org/iss-today/africom-may-be-looking-for-a-new-home">ont indiqué</a> qu’ils seraient heureux d’accueillir le siège de l’AFRICOM. À l’époque, l’Afrique du Sud s’était opposée à l’installation de l’AFRICOM sur le continent. Grâce à l’intervention de l’UA, le Botswana et le Liberia ont fait marche arrière.</p>
<p>La volonté d’empêcher le siège de l’AFRICOM d’être basé sur le continent est toujours aussi forte au sein de la population africaine. Cela n’a pas suffi à dissuader les États-Unis et certains chefs d’État africains. Le 27 avril 2021, lors d’une réunion avec Anthony Blinken, le secrétaire d’État des États-Unis, le président nigérian Muhammadu Buhari a demandé aux États-Unis de <a href="https://www.cfr.org/blog/reversal-nigeria-wants-us-africa-command-headquarters-africa">transférer </a>le siège de l’AFRICOM de Stuttgart, en Allemagne, sur le continent africain afin de contribuer à la lutte contre les insurrections. La pression croissante exercée par les dissidents, dont les dissidents islamiques, ainsi que l’instabilité accrue au Nigeria, ont peut-être contribué à l’appel du président Buhari, bien qu’il n’ait pas proposé le Nigeria comme pays d’accueil de l’AFRICOM. La position du Nigeria constitue un changement majeur par rapport à sa position initiale qui, il y a dix ans, s’opposait à la présence de l’AFRICOM en Afrique. Néanmoins, les bases militaires américaines ont proliféré après cette date. L’UA a fait référence au danger de cette prolifération en 2016 mais, même à ce moment-là, tout ce que l’UA a pu rassembler, ce sont les mots tièdes suivants : « préoccupation » et « circonspection ».</p>
<p>Malgré ces mots, l’AFRICOM s’est insinué dans l’UA avec un attaché au Conseil de paix et de sécurité et du personnel dans la Division de la prévention des conflits et de l’alerte précoce de l’UA, ainsi que dans la Division des opérations de soutien à la paix. Avec l’entrée de l’AFRICOM dans l’UA au nom de l’«interopérabilité» pour relier les forces militaires américaines aux forces de maintien de la paix de l’UA, les États-Unis ont commencé à façonner plus directement le cadre de sécurité de l’UA.</p>
<p>Dans son livre sur le néocolonialisme en Afrique, Nkrumah écrit :</p>
<blockquote><p>Le danger pour la paix mondiale ne vient pas de l’action de ceux qui cherchent à mettre fin au néocolonialisme, mais de l’inaction de ceux qui le laissent perdurer. … Si l’on veut éviter une guerre mondiale, il faut l’empêcher par une action positive. Cette action positive est à la portée des peuples des régions du monde qui souffrent actuellement du néo-colonialisme, mais elle n’est à leur portée que s’ils agissent immédiatement, avec résolution et dans l’unité.</p></blockquote>
<p>Ces mots de 1965 sont toujours d’actualité.</p>
<div class="single-post--content--media-block single-post--content--image" style="text-align:center; margin:3em 0;">
<div id="attachment_106902" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-106902" class="size-full wp-image-106902 img-responsive" src="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_9-1.jpg" alt="" width="950" height="760" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_9-1.jpg 950w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_9-1-300x240.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2021/07/01072021-Dossier-42_images_9-1-768x614.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px"><p id="caption-attachment-106902" class="wp-caption-text" style="text-align:center;"><small>Camp Simba, Kenya -2.171847 | 40.897016; Source: Google Maps</small></p></div>
</div>
<h3 class="single-post--content--citations-title" style="margin:2em 0;"><span style="color: #ba2025;">Bibliographie:</span></h3>
<div class="single-post--content--citations-block">
<p>Campbell, Horace G. ‘The Quagmire of US Militarism in Africa’, <em>Africa Development</em> 45, no. 1 (2020): 73-116.</p>
<p>Charbonneau, Bruno. ‘De Serval à Barkhane: les problèmes de la guerre contre le terrorisme au Sahel’, <em>Les Temps Modernes</em> 2 (2017): 322-340.</p>
<p>de Montclos, Marc-Antoine Pérouse. ‘La politique de la France au Sahel: une vision militaire’, <em>Hérodote</em> 172, no.1 (2019): 137-152.</p>
<p>Enloe, Cynthia. <em>Bananas, Beaches and Bases: Making Feminist Sense of International Politics</em>. Berkeley: University of California Press, 1990.</p>
<p>Evrard, Camille. ‘Policier le désert. Ordre colonial, &lt;&lt;guerriers nomades&gt;&gt; et État postcolonial (Niger et Mauritanie, 1946-1963)’, <em>Vingtiéme Siècle. Revue d’Histoire </em>4, no. 140, (2018): 15-28.</p>
<p>Gwatiwa, Tshepo, and Justin van der Merwe, eds. <em>Expanding US Military Command in Africa: Elites, Network, and Grand Strategy</em>. New York: Routledge, 2020.</p>
<p>Klin, Tomasz. ‘The Significance of Foreign Military Bases as Instruments of Spheres of Influence’, <em>Croatian International Relations Review</em> 26, no. 87 (2020): 120-144.</p>
<p>Lutz, Catherine, and Cynthia Enloe, eds. <em>The Bases of Empire: The Global Struggle against U.S. Military Posts.</em> New York: New York University Press, 2009.</p>
<p>Luzzani, Telma. <em>Territorios vigilados: Como opera la red de bases militares norteamericanas en Sudamérica</em>. Buenos Aires: Debate, 2012.</p>
<p>Nkrumah, Kwame. <em>Neo-colonialism: The Last Stage of Imperialism</em>. New York: International Publishers, 1965.</p>
<p>Sun, Degan, and Yahia Zoubir. ‘Sentry Box in the Backyard: Analysis of French Military Bases in Africa’, <em>Journal of Middle Eastern and Islamic Studies (in Asia)</em> 5, no. 3 (2011): 82-104.</p>
<p>Turse, Nick. ‘Pentagon’s Own Map of US Bases in Africa Contradictions Its Claim of “Light” Footprint’, <em>The Intercept</em>, 27 February 2020.</p>
<p>United States Government Accountability Office. <em>DOD Needs to Reassess Options for Permanent Location of US Africa Command: Report to Congressional Committee</em>. Washington, DC: GAO 13/646, 2013.</p>
<p>United States Africa Command Public Affairs Office. <em>Fact Sheet: United States Africa Command. </em>15 April 2013.</p>
<p>Wang, Lei. ‘China and the United States in Africa. Competition or Cooperation?’, <em>China Quarterly of International Strategic Studies</em> 6, no. 1 (2020): 1–19.</p>
<p>Vine, David. ‘No Bases? Assessing the Impact of Social Movements Challenging US Foreign Military Bases’, <em>Current Anthropology</em> 60, no. S19 (February 2019): S158-S172.</p>
<p>Vine, David. <em>Base Nation: How U.S. Military Bases Abroad Harm America and the World. </em>New York: Metropolitan Books, 2015.</p>
<p>Yeo, Andrew. ‘The Politics of Overseas Military Bases.’ <em>Perspectives on Politics</em> 15, no. 1 (March 2017): 129-136.</p>
<p>Yeo, Andrew. <em>Activists, Alliances, and Anti-U.S. Base Protests</em>. New York: Cambridge University Press, 2011.</p>
</div>
<div class="single-post--content--acknowledgments">Traduit par la Ligue-Panafricaine-Umoja (LP-U).</div>
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		<item>
		<title>Incendies dans l’Amazonie brésilienne.</title>
		<link>https://dev.thetricontinental.org/fr/incendies-dans-lamazonie-bresilienne/</link>
		
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		<pubDate>Fri, 04 Oct 2019 05:12:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[La présence durable de bases militaires étrangères en Afrique continue de fragmenter et d&#8217;affaiblir les institutions étatiques africaines, d&#8217;entraver l&#8217;unité et la souveraineté du continent et de subordonner ses aspirations à la consolidation panafricaine.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-10597 img-responsive" src="https://www.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/10/191011_Red-Alert_Site_FR-1-e1570805257366.jpg" alt="" width="700" height="368"></p>
<p class="p1">A l’Assemblée générale des Nations Unies, Jair Bolsonaro a ouvert la réunion par un commentaire étrange: il a dit que l’Amazonie (qui brûle depuis plusieurs semaines) est “pratiquement intacte” et que des “médias menteurs et sensationnalistes” font de désinformation. L’Amazonie, dont 60% se trouve au Brésil, n’est pas, selon Bolsonaro, “l’héritage de l’humanité”. Il estime que c’est un territoire brésilien, et que si le Brésil veut la détruire, alors qu’il en soit ainsi. Des protestations ont eu lieu à travers le monde contre les incendies en Amazonie, puisqu’il est bien connu qu’il s’agit d’un des plus grands puits de carbone sur Terre. Le point de non-retour sera atteint s’il y a une déforestation de 25% de l’Amazonie. Dans ce cas, la végétation perdrait sa capacité de régénération et deviendrait probablement un désert. Nous sommes de nouveau dans une période extrêmement dangereuse, une période qui nécessite d’être courageux.</p>
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		<title>Le taux d&#8217;explotation: le cas de l&#8217;iPhone</title>
		<link>https://dev.thetricontinental.org/fr/le-taux-dexplotation-le-cas-de-liphone/</link>
		
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		<pubDate>Sun, 22 Sep 2019 22:02:06 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Marx]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="embed-responsive embed-responsive-16by9"><div class="iframe-container"><iframe loading="lazy" class="embed-responsive-item" title="Le taux d'explotation: le cas de l'iPhone" width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/8987DFFbzLE?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div></div>
<p class="p1">Notre deuxième carnet analyse le processus de production de l’iPhone d’Apple. Nous partons de celui-ci pour examiner les mécanismes de profit et de l’exploitation.  Nous nous intéressons non seulement à Apple et à l’iPhone, mais faisons plus particulièrement une analyse marxiste du taux d’exploitation en jeu dans la production de ces appareils électroniques sophistiqués. Il est nécessaire, à notre avis, d’apprendre à mesurer le taux d’exploitation. Nous pouvons ainsi mesurer combien les travailleurs contribuent à la richesse sociale totale produite chaque année.</p>
<p> </p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Dossier 15: L&#8217;art de la révolution sera internacionaliste</title>
		<link>https://dev.thetricontinental.org/fr/lart-de-la-revolution-sera-internacionaliste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[celina]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Apr 2019 00:31:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossier]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
		<category><![CDATA[Revolution]]></category>
		<category><![CDATA[cuba]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-7455 img-responsive" src="https://www.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/04/008_Che.jpg" alt="" width="467" height="700" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/04/008_Che.jpg 2000w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/04/008_Che-200x300.jpg 200w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/04/008_Che-768x1152.jpg 768w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/04/008_Che-683x1024.jpg 683w" sizes="auto, (max-width: 467px) 100vw, 467px"></p>
<p class="p1">Ce dossier retrace l’histoire de la production graphique dans le Cuba post-révolutionnaire, en particulier avec l’OSPAAAL. Cuba, qui avait été auparavant un allié favoris des Etats-Unis, parvint à forger son propre chemin pour atteindre le socialisme. Un des héritages de l’époque pré-révolutionnaire était un système sophistiqué de communication de masse et la force de travail  en charge de celui-ci, qui avait été formée aux Etats-Unis. La transformation fut fulgurante: très vite, ces experts de la publicité et ces étudiants d’Art devinrent les artistes de la Révolution cubaine. Comme les artistes du Cuba révolutionnaire, il est impératif que les travailleurs des domaines culturels soient encouragés à rêver, imaginer et construire un monde nouveau qui est si urgent.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Dossier 13: Le nouvel intellectuel</title>
		<link>https://dev.thetricontinental.org/fr/le-nouvel-intellectual/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[celina]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Feb 2019 23:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossier]]></category>
		<category><![CDATA[cuba]]></category>
		<category><![CDATA[Marx]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.thetricontinental.org/?p=3988</guid>

					<description><![CDATA[Le Nouvel Intellectual nous propose de nous poser les questions suivantes: qu&#8217;est-ce qu&#8217;un(e) intellectuel (-le) aujourd&#8217;hui, et comment devrait-il/elle réagir face aux crises actuelles? En s&#8217;inspirant sur la &#8220;Bataille des idées&#8221; de Castro et des méditations de Gramsci sur la vie intellectuelle, nous vous proposons un bilan de ce qu&#8217;est le travail intellectuel et son rôle [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4003 img-responsive" src="https://www.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/02/fr.jpg" alt="" width="1500" height="1471" srcset="https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/02/fr.jpg 1500w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/02/fr-300x294.jpg 300w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/02/fr-768x753.jpg 768w, https://dev.thetricontinental.org/wp-content/uploads/2019/02/fr-1024x1004.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 1500px) 100vw, 1500px"></p>
<p class="p1">Le Nouvel Intellectual nous propose de nous poser les questions suivantes: qu’est-ce qu’un(e) intellectuel (-le) aujourd’hui, et comment devrait-il/elle réagir face aux crises actuelles? En s’inspirant sur la “Bataille des idées” de Castro et des méditations de Gramsci sur la vie intellectuelle, nous vous proposons un bilan de ce qu’est le travail intellectuel et son rôle dans les transformations sociales. Ce dossier est un bref message de la part du Tricontinental: Institut de recherche sociale par rapport à notre rapport à ce type de travail et à ses liens avec la lutte politique organisée, dans l’optique d’une véritable émancipation de la condition humaine.</p>
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		<item>
		<title>Dossier 12: Les communistes indiens et les élections de 2019 : seule une alternative peut battre la droite</title>
		<link>https://dev.thetricontinental.org/fr/dossier-12-les-communistes-indiens-et-les-elections-de-2019-seule-une-alternative-peut-battre-le-droite-dossier-n-12-institut-tricontinental-de-recherche-sociale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[celina]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jan 2019 11:55:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossier]]></category>
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					<description><![CDATA[Avant les élections de 2019 en Inde &#8211; le plus grand exercice de démocratie électorale au monde -, Brinda Karat du Parti communiste indien (marxiste) discute du contexte politique actuel dans le pays et de la résistance de la gauche à l&#8217;attaque croissante contre les droits humains fondamentaux menée par la droite.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1">
</p><div class="embed-responsive embed-responsive-16by9"><div class="iframe-container"><iframe loading="lazy" class="embed-responsive-item" title="India’s Communists and the Elections of 2019" width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/LeEU6OMDDGo?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div></div>

<p class="p1">Avant les élections de 2019 en Inde – le plus grand exercice de démocratie électorale au monde -, Brinda Karat du Parti communiste indien (marxiste) discute du contexte politique actuel dans le pays et de la résistance de la gauche à l’attaque croissante contre les droits humains fondamentaux menée par la droite.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Dossier 11: La politique faite maison de Abahlali baseMjondolo, le mouvement des habitants des bidonvilles en Afrique du Sud</title>
		<link>https://dev.thetricontinental.org/fr/dossier-11-la-politique-faite-maison-de-abahlali-basemjondolo-le-mouvement-des-habitants-des-bidonvilles-en-afrique-du-sud/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[celina]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Dec 2018 11:54:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossier]]></category>
		<category><![CDATA[housing]]></category>
		<category><![CDATA[slum]]></category>
		<category><![CDATA[African National Congress]]></category>
		<category><![CDATA[abahlali]]></category>
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					<description><![CDATA[Le mouvement des habitants des bidonvilles &#8211; Abahlali base Mjondolo, ou AbM &#8211; fait partie des organisations des pauvres et des déshérités du monde qui se battent pour la réforme agraire et la dignité. Malgré des vagues de répression de la part de l&#8217;État, le nombre de membres de l&#8217;AbM s&#8217;élève maintenant à plus de [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="embed-responsive embed-responsive-16by9"><div class="iframe-container"><iframe loading="lazy" class="embed-responsive-item" title="The Homemade Politics of Abahlali baseMjondolo" width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/164LC6A8vw8?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div></div>
<p class="p1">Le mouvement des habitants des bidonvilles – Abahlali base Mjondolo, ou AbM – fait partie des organisations des pauvres et des déshérités du monde qui se battent pour la réforme agraire et la dignité. Malgré des vagues de répression de la part de l’État, le nombre de membres de l’AbM s’élève maintenant à plus de 50 000 dans les implantations du pays depuis sa fondation en 2006. Dans un entretien accordé à Tricontinental Institute, Zikode parle de l’essence même de l’AbM: ses objectifs, son identité, ce  qui a été accompli et ce que nous pouvons en apprendre.</p>
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			</item>
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